Dans les années 1930 le nom de Vladimir Gribovsky était connu de tous les spécialistes de l’aéronautique pour ses monomoteurs de record. Construits généralement à un seul exemplaire ils n’avaient pour d’autres fonctions que de réussir des premières dans le domaine technologique de l’aviation. Les plus fameux étaient alors le monoplan à ailes hautes G-10 de 1933, ou encore les monoplans à ailes basses G-20 et G-23 de respectivement 1935 et 1936. Pourtant l’Histoire a retenu ce constructeur pour une machine volante très différente, construite elle en série durant la Seconde Guerre mondiale : le planeur d’assaut G-11.
À l’instar de l’Antonov A-7 il vit son développement lancé dans l’urgence de l’opération Barbarossa, c’est à dire le retournement en juin 1941 des forces armées allemandes contre leur ancien allié soviétique. La Wermacht progressait vite, trop vite même généralement pour l’Armée Rouge qui se retrouva bien souvent encerclée et dont les combattants étaient promis à la mort ou à la détention en Allemagne.
Gribovsky se lança alors dans le développement du planeur d’assaut G-29. Ses traits étaient assez similaires à ceux de l’engin d’Antonov même si l’ingénieur russe choisit de renforcer le train d’atterrissage classique fixe en remplaçant sa roulette de queue par un patin.
Vladimir Gribovsky et ses ingénieurs travaillèrent très vite, plus vite encore qu’Oleg Antonov et les siens. Aussi le prototype du G-29 fut prêt avant celui de l’A-7. Il vola en septembre 1941 tracté par un bombardier Ilyushin DB-3. Et contrairement à l’A-7 quelques semaines plus tard le planeur de Gribovsky ne nécessitait aucune retouche. Son prototype préfigurait pleinement les engins de série.
De construction mixte en bois entoilé et contreplaqué le G-29 était prévu pour être manœuvré par un seul pilote et pour accueillir dix soldats armés et équipés ou bien jusqu’à 1200 kilogrammes de fret. Les pièces métalliques se limitaient aux crochets d’ancrage ou encore à certains éléments du poste de pilotage. La voilure haute presque deux fois supérieur à la longueur du planeur lui offrait une portance remarquable et autonomie pouvant atteindre 300 kilomètres après largage par son avion remorqueur.
Les premiers exemplaires du Gribovsky G-29 entrèrent en service en novembre 1941. Par un mécanisme purement administratif ce planeur d’assaut fut transformé en G-11. Un fonctionnaire moscovite un peu zélé estima que cela convenait mieux à l’appareil, étant donné qu’il accueillait onze personnes : son pilote et ses dix passagers. Il ne se soucia pas qu’en 1933 ait volé un prototype de planeur monoplace lui-même désigné Gribovsky G-11. Le G-29 venait de disparaitre, en dehors de la nomenclature du constructeur.
L’une des premières actions d’envergure du Gribovsky G-11 fut l’intervention sur le front de Kalinine dès mars 1942. Les planeurs d’assaut déposaient troupes et matériels derrières les lignes allemandes et permettait une reprise progressive des territoires. Cependant la technique avait ses limites : la Flak, la célèbre DCA allemande, mais aussi les chasseurs de la Luftwaffe. Les G-11 représentaient des cibles faciles pour les Messereschmitt Bf 109 et Bf 110 allemands. Pourtant ils furent employés à Kalinine jusqu’à la fin des opérations en octobre 1943.
Dès l’automne 1942 les G-11 firent également leur apparition à Stalingrad. Contrairement aux Antonov A-7 qui ravitaillaient les soldats isolés eux devaient livrer antigel et munitions aux équipages de tanks de l’Armée Rouge. Ce qu’ils firent jusqu’à la victoire de février 1943, au prix là encore de lourdes pertes.
Partout où les Soviétiques avaient besoin de ravitaillement discret, par les airs, les Gribovsky G-11 étaient là. Outre les Ilyushin DB-3 ils pouvaient être remorqués par des Lisunov Li-2 et des Tupolev SB. Le train d’atterrissage du planeur avait été tellement bien pensé que dès le printemps 1943 l’Aviation du Front se prit au jeu de faire redécoller ses appareils, à condition qu’un avion remorqueur passe par là plutôt que les abandonner sur place. Selon les historiens une vingtaine de G-11 aurait ainsi été sauvée de la destruction.
L’invasion de l’Allemagne et la course jusqu’à Berlin au printemps 1945 figurent la fin de la carrière opérationnelle du Gribovsky G-11. Au moins trois d’entre eux se sont posés dans les rues de Berlin lors de la capture de la capitale allemande. Ils permirent la dépose de commandos soviétiques chargés de mettre la main sur les secrets industriels et technologiques des nazis avant l’arrivée des Américains.
Si à bien des égards il ressemble à l’Antonov A-7 le Gribovsky G-11 a été construit en plus d’exemplaires, aux alentours de 650. Dans son emploi par contre on peut le rapprocher du célèbre DFS 230 allemand et du plus méconnu Maeda Ku-1 japonais, puisqu’il se spécialisa dans la dépose de ce que l’on ne nommait pas encore des forces spéciales.
De nos jours il ne reste plus rien du G-11.
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