Apparu durant la première guerre mondiale, avec notamment le bombardier lourd Caproni Ca.5, la formule dite en trimoteur s’imposa dès la seconde moitié des années 1920 et durant toute les années 1930. Permettant un gain de puissance substantielle vis-à-vis des bimoteurs elle fut la spécialité de constructeurs comme Ford aux États-Unis, Junkers en Allemagne, ou encore Savoia-Marchetti en Italie. Ce dernier constructeur en développa aussi bien des avions civils que militaires, et notamment des bombardiers qui firent les belles heures de la Regia Aeronautica durant la Seconde Guerre mondiale. Un des exemples les plus avancés fut le SM.84 Piccione.
Tirant les enseignements de l’emploi du SM.79 Sparvieiro durant la guerre d’Espagne dans l’Aviazione Legionaria, aux côtés des troupes franquistes, les ingénieurs de Savoia-Marchetti décidèrent de dévélopper un nouveau bombardier moyen. Comme lui il devait avoir des capacités secondaires réelles de torpilleur, cette fonction étant une des spécialité de la Regia Aeronautica. L’ingénieur en chef Alessandro Marchetti commença les premières études au mois d’août 1939.
L’Italie fasciste ayant décidé de demeurer neutre par rapport au conflit qui éclata quelques jours plus tard entre d’un côté l’Allemagne hitlérienne et de l’autre côté la France et la Grande Bretagne les travaux de l’avionneur transalpin ne furent pas impactés par la jeune Seconde Guerre mondiale.
Alessandro Marchetti et ses équipes choisir de nommer le nouvel avion SM.84 Piccione. Pour autant celui-ci n’était pas totalement un appareil nouveau. Il reprenait les grandes lignes de son prédécesseur mais avec un fuselage légèrement agrandi, un poste de pilotage biplace côte à côte repensé pour les seuls missions de bombardement et de torpillage, une soute à bombes redessiné, et surtout une puissance moteur augmentée grâce au recours à trois Piaggio P.XI R.C.40 à quatorze cylindres en étoile d’une puissance unitaire de 1000 chevaux. L’armement se composait de trois mitrailleuses mobiles de 12,7 millimètres de facture italiennes installés pour l’une en tourelle dorsale et pour les deux autres de part et d’autre du fuselage. La charge offensive s’élevait à 2000 kilogrammes de bombes. En mission de torpillage il pouvait emporter une arme longue de 1100 kilogrammes ou deux plus courtes de 750 chacune.
Contrairement au SM.79 le SM.84 ne dérivait donc pas d’un bimoteur civil mais avait bien été pensé ab initio comme un avion d’arme !
Son prototype vola pour la première fois le 5 juin 1940, et la Regia Aeronautica en commanda immédiatement 330 exemplaires. Cinq jours après ce vol inaugural l’Italie fasciste déclarait la guerre à la France et au Royaume-Uni et entrait ainsi dans la Seconde Guerre mondiale.
Les premiers exemplaires de série sont entrés en service en décembre 1940 et immédiatement affectés à des missions de bombardement contre les positions britanniques en Méditerranée. Au cent vingtième exemplaire de série on parla du SM.84Bis doté de quelques améliorations et notamment d’une quatrième mitrailleuse Scotti de 12,7 millimètres en position ventrale.
Bombardier de l’ombre le Savoia-Marchetti SM.84 Piccione n’eut pas beaucoup de missions médiatisées. Une des rares eut lieu en représailles de l’opération Halberd mené par la Royal Navy sous les ordres de l’amiral Somerville. Un des bombardiers italiens réussit le 26 septembre 1941 a ajusté un tir de torpille de 750 kilogrammes contre le cuirassé HMS Nelson, navire amiral de l’opération. Le lendemain son équipage réussit à rejoindre Gibraltar où le puissant navire de guerre fut immobilisé durant neuf mois. Six marins du bord avaient été tués et trente-neuf autres blessés.
En septembre 1943 au lendemain de l’armistice de Cassibile plusieurs Savoia-Marchetti SM.84 Piccione tombèrent entre les mains de l’Aviazione Cobelligerante Italiana. Celle-ci était rattachée aux Alliés et combattait donc les forces fascistes. Cependant la carrière en son sein des bombardiers trimoteurs fut courte, bientôt remplacés par des Martin B-26 Marauder fournis par les Américains. Cela réduisait ainsi les risques de tirs fratricides de la part des DCA alliées. En filigrane se dessinait surtout un SM.84 désormais totalement obsolète par rapport aux avions développés et produits aux États-Unis.
Pourtant ce bombardier moyen vola dans le camp fasciste jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. L’Aeronautica Nazionale Repubblicana, qui avait succédé à la Regia Aeronautica, mena son dernier raid sur SM.84 Piccione le 30 avril 1945, trois jours seulement avant la reddition des dernières troupes italiennes aux Alliés. Huit bombardiers trimoteurs tentèrent un dépôt de carburant de l’US Army, aucun n’en revînt. Les North American P-51D Mustang de l’US Army Air Force les attendaient.
Ironie de l’Histoire la jeune Aeronautica Militare exploita une quinzaine de Savoia-Marchetti SM.84 Piccione modifiés pour le transport de fret de l’été 1946 au printemps 1949. Lui qui ne dérivait pas d’un avion de ligne termina sa carrière comme avion cargo. Une version SM.84Ter articulé autour d’une nouvelle motorisation plus puissante fut étudiée en 1943 mais ne dépassa pas le stade de la présérie. L’avion était déjà dépassé.
Il ne reste aujourd’hui plus rien de cet étonnant bombardier torpilleur italien.
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