Dès la seconde moitié des années 1930 les Britanniques comprirent l’intérêt de monter des tourelles électriques semi-automatique supportant des mitrailleuses jumelées dans l’optique de tirer vers l’arrière et dans une moindre mesure sur les côtés. Les premiers montages sur des bombardiers comme l’Avro Manchester ou encore le Short Stirling démontrèrent la réussite du concept. À l’inverse leur usage sur des chasseurs comme le Blackburn Roc embarqué ou le Boulton Paul Defiant terrestre en affirma les limites. L’un des avions les plus surprenants à posséder un tel équipement ne dépassa pas le stade expérimental : le Westland Wendover.
Au cours de l’été 1940 les services de renseignement britannique informèrent le cabinet de Winston Churchill que les Allemands prévoyaient un vaste débarquement sur les côtes méridionales et orientales de l’Angleterre. Baptisée opération Seelöwe, lion de mer en français, celle-ci devait permettre une conquête rapide de la Grande Bretagne. Depuis la chute de la France le premier ministre britannique craignait plus que tout une telle option, sachant que l’île serait difficile à défendre face au rouleau compresseur nazi.
Churchill prenait Seelöwe très au sérieux.
Il demanda, il ordonna pour être exact, à la British Army, à la Royal Navy, et à la Royal Air Force d’étudier différents programmes de matériels dans l’optique de ce débarquement allemand à repousser. La RAF en avisa l’intégralité des avionneurs britanniques.
Une des solutions les plus originales vint de Westland, et plus particulièrement de deux de ses principaux cadres. L’ingénieur en chef William Petter et le pilote d’essais Harald Penrose avaient dans l’idée de concevoir à partir de l’avion de coopération terrestre Westland Lysander une machine prévue pour mitrailler les soldats allemands lors de leur sortie des barges de débarquement.
Désigné programme P.12 par la Royal Air Force le futur avion reçut la désignation temporaire, et totalement fallacieuse, de Lysander Mk-V.
Dans les ateliers de l’avionneur britannique le P.12 commençait à prendre forme. Et l’architecture générale choisit par William Petter est totalement novatrice… de ce côté ci de la Manche. Par chance un ingénieur français qui la maîtrisait fort bien se trouvait à Londres, ayant répondu à l’appel du 18 juin du général De Gaulle : Marcel Delanne. Le concepteur du très innovant Arsenal Delanne 10C2 apporta son concours aux équipes de Westland et permis même à Harald Penrose d’essayer l’avion avec lequel il avait traversé la Manche quelques semaines auparavant, le Delanne 20T.
Passé la difficulté de voler sur un biplan en tandem le pilote d’essais britannique se rendit compte qu’un tel avion permettait des vols lents et particulièrement stables, y compris à basse altitude. Exactement ce qu’il fallait au P.12.
En gros celui-ci était appelé à être un doux mélange entre un Westland Lysander et un Arsenal Delanne 10C2, le tout doté d’une tourelle électrique semi-automatique en position arrière. C’est elle qui devait permettre de mitrailler en grande cadence de tirs les fantassins allemands dès lors qu’ils mettraient un pied sur les plages du Devon, du Dorset, ou encore du Kent.
L’industriel Boulton Paul, spécialiste en la matière, fut chargé de développer la dite tourelle électrique. Celle-ci devait supporter quatre mitrailleuses de calibre 7,7 millimètres, exactement comme sur le chasseur Defiant. Cependant elle n’avait nullement l’obligation de tirer vers le haut, et totalement vers le bas avec un débattement de plus ou moins 45 degrés à gauche et à droite.
Afin de mener ses essais l’industriel utilisa un vieux bombardier biplan Overstrand de sa conception, récupéré auprès de la Royal Air Force, et employé depuis lors comme soutien aux essais en vol.
Le prototype du P.12, entre temps rebaptisé Wendover, fut construit sans la tourelle Boulton Paul. Une maquette à l’échelle 1 de celle-ci, lestée afin de simuler les mitrailleuses, fut installée sur l’avion. Clairement cet étrange machine volante ne pouvait nier ni son asendence avec le Lysander ni sa parenté avec les travaux français de Marcel Delanne.
Extérieurement le Westland Wendover se présentait sous la forme d’un biplan en tandem construit en tubes de métal à revêtement en contreplaqué et disposant d’un train d’atterrissage classique fixe. Les roues à l’avant disposaient de jambes de train carénées tandis que la roulette de queue était nue. Le plan arrière de voilure soutenait la tourelle ainsi que l’empennage double dérive. Il était animé par un moteur à neuf cylindres en étoile Bristol Mercury XXX de 870 chevaux entraînant une hélice tripale en métal. Son équipage était limité à un pilote et un servant de mitrailleuses. Le Wendover n’avait pas été prévu pour emporter d’armes en position de chasse.
L’avion, codé K6127 et arborant le P de prototype, réalisa son premier vol au début de février 1941.
Comme l’avaient pressentis William Petter et Marcel Delanne le Westland Wendover se révéla très vite être un avion particulièrement agréable à piloter. Autant en vitesse de croisière haute que lente le biplan en tandem était facile à faire voler. Il virait relativement aisément. Sa seule zone d’ombre était l’atterrissage rendu délicat par le positionnement de la tourelle. Cette dernière reçut d’ailleurs ses mitrailleuses en juin 1941.
Le Wendover fut officiellement présenté à Winston Churchill au mois d’août. Le premier ministre de Sa Majesté, avec sa verve légendaire qualifia l’avion de «Flying Cart» soit en français la «charrette volante».
Au fur et à mesure que les essais en vol s’accumulaient l’hypothèse d’une opération Seelöwe semblait s’éloigner. Les services du renseignement britannique étaient moins catégorique le concernant. Et quand en décembre 1941 les États-Unis entrèrent en guerre contre le Japon, et par effet de ricochet contre l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, ce débarquement devint carrément hypothétique. Pourtant le développement de l’avion se poursuivait même si un avion de défense côtière n’était plus vraiment une priorité.
La machine de guerre industrielle américaine, rationnelle et terriblement efficace, stoppa net le développement du Westland Wendover. La Royal Air Force n’avait plus besoin de lui, même pas comme chasseur de nuit ou encore comme remorqueur de cibles volantes comme cela fut un temps envisagé. Pour autant il ne fut pas ferraillé. Le Wendover continua de voler comme plastron vol pour les essais en vol de son constructeur participant notamment au développement du chasseur à haute altitude Welkin.
Le Wendover s’écrasa au retour d’un vol d’entraînement en juillet 1944, et ne fut pas réparé.
Même si son aventure technologique n’est pas la plus connue de l’Histoire le Westland Wendover demeure un des avions expérimentaux britanniques les plus célèbres. Du fait de sa destruction il ne reste plus rien de lui de nos jours.
On remarquera tout de même son architecture très inhabituelle qui ne laisse forcément personne indifférent.
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