L’annonce a été faite par la ministre des armées, madame Florence Parly elle-même, ce mercredi 28 février 2018. Cependant devant le flou absolu de cette communication on peut se demander jusqu’où ce projet est abouti. L’Armée de l’Air se préparerait à commander trois jets d’affaires auprès Dassault Aviation afin de remplacer à l’horizon 2025 les deux Transall C.160G Gabriel de guerre électronique. Cependant le ministère des armées s’est révélé incapable de donner ne serait-ce que le type d’avion, se bornant à parler d’un Falcon ! Il serait peut-être bon de rappeler à ces gens que tous les avions d’affaires de l’avionneur francilien, en dehors du Mystère XX, sont vendus en tant que Falcon.

Officiellement ce programme d’acquisition s’appelle CUGE, pour Capacité Universelle de Guerre Électronique. Développé conjointement par le ministère des armées, Dassault Aviation et Thalès il devrait permettre le remplacement d’ici donc sept ans des bimoteurs à turbopropulseurs Transall C.160G Gabriel. Pour mémoire ces avions, dérivé du célèbre avion-cargo franco-allemand, sont en service dans l’Armée de l’Air depuis la fin de la guerre froide et ont volé à peu partout où la République Française avait besoin d’eux depuis les 25 dernières années ! Alors en effet ils peuvent sembler fatigués.

Du coup le recours à des jets d’affaires semble plutôt une bonne idée, et plutôt dans l’air du temps. Seulement voilà sur la base de quel type d’avion vont-ils baser leurs futurs espions volants ? Le biréacteur Falcon 2000 semble assez petit, même si deux exemplaires ont récemment été vendus à la Corée du sud pour des missions similaires. Le Falcon 900 également vendu comme espion volant au BND (ou Bundesnachrichtendienst, les services de renseignement militaires et extérieurs allemands) pour des missions ultraconfidentielles.
Alors certes ce dernier a le bénéfice d’avoir une taille et un rayon d’action qui pourraient permettre d’assurer les missions CUGE sauf qu’il devrait cesser d’être en production sous dix ans maxi !

Du coup il ne reste plus que deux modèles d’avions : le Falcon 7X et le Falcon 8X. Gageons qu’au ministère des armées ils n’auront pas eu l’amateurisme de faire confiance à un Falcon 6X qui n’existe actuellement que sous la forme de travaux d’ingénieries, de maquettes, et de vue d’artistes ! Et pour le coup le 7X et 8X représentent en terme de rayon d’action et de capacités de développement une vraiment très très bonne base de travail. À condition qu’à Balard ils pensent à écouter les désidératas des aviateurs et non uniquement de la DGSE et de la DRM il se pourrait que ces futurs avions de guerre électronique soient capables d’être ravitaillés en vol ! Un peu comme les Transall Gabriel…

Dassault Aviation Falcon 8X.

Quoiqu’il en soit ces futurs Falcon CUGE viendront s’ajouter aux Super King Air 350 ALSR (dont on commence à entendre chuchoter qu’ils pourraient être commandés en plus grande quantité) ainsi qu’aux drones MQ-9 Reaper. Pour autant pas encore de quoi rattraper le retard pris par l’Armée de l’Air sur la Royal Air Force depuis plus de quarante ans. En même temps j’imagine mal madame Parly décider d’acheter des Airseeker ou bien demander à Airbus Defense & Space de développer un avion similaire.

Alors une fois n’est pas coutume mais devant l’empressement de la ministre des armées à communiquer sur un fait majeur sans cependant donner de détail particulier vous me permettrez d’être assez circonspect sur ce futur (hypothétique?) programme CUGE et sur son aboutissement. L’avenir me donnera peut-être tort, et je serais le premier à le reconnaitre.

Photos © Wikimédia Commons.

5 COMMENTAIRES

  1. Je ne pense pas que le 8x sera choisi mais plutôt entre le 2000 et le 7x, les deux étant déjà en service dans nos force l’armée. Le choix du 2000 serait économique mais limité et celui du 7x un parfait compromis. Quant au 8x, trop chère et trop récent et tout comme le 7x reste une très bonne plateforme pour ce genre de mission mais en mieux grâce à son fuselage agrandi.

    • Sauf qu’en 2025 le 7x aura deja 20 ans. Après, ces deux avions se calquent sur le Raytheon Sentinel britannique qui est toutefois plus grand de 7 mètres !

  2. 7X ou 8X pour parer au côté non ravitaillable de ces vecteurs comparé au Gabriel, à moins que les 500nm du plus du 8X ne soient pas décisifs
    Il est à noter que ces Falcon sont plus flexibles niveau aéroport et insertion dans le traffic comparés aux liners, et que leur silhouette se fond parmi les autres bizjets pour plus de discrétion

  3. Voyons les choses de façon pragmatique : 2 Transall Gabriel contre 3 Falcon XX + les Super King Air + la capacité ISR sur Reaper, l’AdA augmentera très sensiblement à terme ses faibles capacités ELINT, ce qui est une très bonne nouvelle qui va à contre-courant du cours usuel des choses (remplacer par moins de matériel plus moderne).

    Pour l’heure effectivement on ne sait pas grand-chose du programme, mais je pense qu’à l’instar du King Air, SAAB 2000 Erieye, et plus encore du Sentinel Britannique qui lui ressemblera sans doute le plus (mais dont le rôle reste différent car c’est un appareil de surveillance type JSTARS), cette militarisation d’appareils civil de toutes tailles est dans l’air du temps sous nos cieux, on optimise les plateformes éprouvées pour faire de l’AWACS, ravitaillement, surveillance maritime, guerre électronique, opérations spéciales, j’en passe… Les USA étaient coutumiers du fait de longue date avec notamment la lignée des -135 dérivés du 707, ils réitèrent avec le P-8, mais en Europe c’est un fait plutôt récent de développer des appareils neufs sur une base civile.
    Quant à la capacité d’emport du matériel sensible, depuis le C160G l’on a sans doute fait pas mal de progrès en miniaturisation, et je ne me fais guère de souci là-dessus ; à mission similaire, les Falcons seront sans doute plus rentables qu’un appareil plus gros type Airseeker (j’ai lu ça et là qu’un A320 modifié avait été envisagé). Par contre, équipage réduit par rapport au Gabriel, c’est certain, vu les contraintes de place.

    J’espère toutefois que le futur Falcon EPICURE (oui, on reste doués en acronymes ^^) sera ravitaillable en vol contrairement au Sentinel britannique, une capacité de longue endurance me semble la moindre des choses pour une mission aussi sensible que le renseignement / guerre électronique.

    • Petite nuance concernant le 707 et le C-135, ils étaient issus du prototype Dash80, chacun avait évolué dans son propre chemin, ils sont cousins si l’on peut dire

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