Dans l’histoire aéronautique les plantages sont très nombreux, certains ayant même réussi à se payer le luxe de déboucher sur des prototypes ayant marqué leur temps. D’autres sont rapidement retombés dans les oubliettes de l’Histoire. Tel est notamment le cas d’Open-Ocean Sonar Seaplane qui aurait du déboucher sur le dernier amphibie de reconnaissance maritime de l’US Navy. Finalement il fut sans suite, sauf peut-être pour les deux malheureux avionneurs qui y répondirent !

Le Martin P7M avant montage de ses moteurs.

Pour autant rien à voir avec le Martin P6M Seamaster qui fut bel et bien le dernier amphibie de patrouille maritime bien avant l’avènement des seuls avions.
En 1955 le programme Open-Ocean Sonar Seaplane prévoyait le développement d’un nouvel amphibie à propulsion mixte (moteurs à pistons et turboréacteurs) capable de tracter et de mettre en œuvre un sonar plongeant afin de traquer les sous-marins soviétiques. Sauf que le nouvel appareil n’était pas censé être armé, il devait juste amerrir à proximité des zones supposées de patrouille des submersibles ennemis et relever leur position afin d’en avertir Washington et l’OTAN.

Malgré un concept assez surprenant et pour le moins dépassé deux avionneurs majeurs relevèrent le défi : Convair et Martin qui reçurent des subventions de l’US Navy afin de développer le XP6Y pour le premier et le XP7M pour le second. Dans le même temps certains amiraux tentèrent de faire fléchir leur état-major devant le ridicule du programme Open-Ocean Sonar Seaplane. Ils soulignèrent que les Lockheed P2V Neptune pouvaient déjà le faire tout en chassant en même temps les submersibles soviétiques, et ce grâce à leur détecteur d’anomalie magnétique (aussi connu sous l’acronyme anglophone de MAD) installé derrière l’empennage.

Antérieur au P7M Submaster, le Lockheed P2V pourtant plus moderne.

Finalement début 1956 c’est Martin qui fut sélectionné et un prototype du XP7M fut commandé sous le patronyme de Submaster. Mais devant l’insistance des détracteurs de plus en plus nombreux du programme l’aéronavale américaine demanda d’abord à Martin de lui construire une maquette à l’échelle 1 de son futur amphibie.
Entre temps dans les couloirs du Navy Yard on s’attelait à faire échouer ce dispendieux programme Open-Ocean Sonar Seaplane qui avait déjà engouffré plusieurs millions de dollars aux contribuables américains.

Et les détracteurs avaient une arme parfaite à opposer à cet anachronique Martin P7M Submaster : le futur Lockheed P3V-1 alors en cours de développement et bien plus moderne que son prédécesseur. Ce quadrimoteur à turbopropulseurs pouvait voler plus vite et plus longtemps que lui. Mais surtout il avait la capacité de repérer et frapper seul n’importe quel type de sous-marins ennemis. Le Lockheed P3V représentait donc pour les amiraux américains à la fois la fin de ce programme Open-Ocean Sonar Seaplane et celle du concept de hunter-killer si souvent employé par les équipages de P2V Neptune.
Il ne restait plus qu’à convaincre le haut état-major de l’US Navy de l’inutilité du P7M Submaster. Et finalement il ne fut pas difficile à convaincre : à la seule vue de la maquette on pouvait comprendre que cette machine n’avait pas d’avenir.

Lockheed P2V et P3V, les deux avions qui tuèrent le programme Open-Ocean Sonar Seaplane !

À la mi-1958 il fut décidé de mettre définitivement un terme à Open-Ocean Sonar Seaplane. Seulement voilà, voulant absolument éviter un scandale l’aéronavale américaine demanda aux deux avionneurs de rembourser les avances faites au titre du développement. Ce qui mit fortement les deux constructeurs dans l’embarras. Cela obligea par exemple Martin à stopper définitivement un de ses programmes majeurs de l’époque, le bombardier supersonique tactiques tous-temps XB-68 destiné à l’US Air Force et dont la conception fut financée en partie par les aides de l’US Navy.

Pour mémoire en septembre 1962 le Lockheed P3V devient juste P-3, un avion… légendaire.

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