Les îles Aléoutiennes, le front oublié de la guerre du Pacifique

Les îles Aléoutiennes, le front oublié de la guerre du Pacifique


En ce 70ème anniversaire de la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’océan Pacifique évoque surtout la confrontation des forces aéronavales nippones et américaines ainsi que de sanglantes batailles pour le contrôle d’îles tropicales aussitôt transformées en tremplins aériens par l’United States Army Air Force (USAAF). Aujourd’hui, peu se souviennent du sacrifice des militaires ayant combattu pour le contrôle des îles Aléoutiennes en Alaska. Archipel volcanique d’environ 2 000 km de long, séparant la mer de Behring et l’océan Pacifique, les Aléoutiennes furent pourtant l’enjeu d’âpres combats entre juin 1942 et août 1943.

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Quelquefois appelée la «bataille oubliée», elle reste encore aujourd’hui dans l’ombre des affrontements pour le contrôle des îles de Midway et de Guadalcanal qui se déroulaient simultanément. Pourtant, les hommes ayant participé à cette campagne ont dû confronter non seulement des adversaires déterminés, mais une nature parfois tout aussi hostile. Dans un cas comme dans l’autre, les forces aéronavales et aériennes y ont joué un rôle déterminant.

L’importance stratégique de ces îles tenait au contrôle de la future route aérienne du grand cercle Pacifique entre l’Asie et l’Amérique. C’est la raison pour laquelle le général Billy Mitchell déclara au Congrès américain dès 1935 : «Je crois que dans l’avenir, celui qui détient l’Alaska tiendra le monde». Le Canada avait d’ailleurs entrepris dès 1935 la construction d’un chapelet d’aérodromes dans le nord-ouest canadien afin de concrétiser cette éventuelle route commerciale vers l’Asie. À compter de 1942, ces aérodromes deviendront plutôt l’épine dorsale du Northwest Staging Route, une vaste opération d’acheminement d’avions militaires américains vers l’allié soviétique.

Le prélude

Face à la tension croissante entre les deux puissances du Pacifique, les Japonais estimèrent que le contrôle des Aléoutiennes préviendrait une éventuelle attaque américaine sur leur flanc Nord. De même, les États-Unis craignaient que ces îles deviennent des tremplins pour des attaques aériennes contre la Côte Ouest canadienne et américaine.

Malgré les paroles prémonitoires du général Mitchell, ce n’est qu’en 1941 que les Américains commencèrent à sérieusement renforcer la défense aérienne de l’Alaska. En février 1941, la première unité de combat fut dépêchée de la Californie vers la base d’Elmendorf Air Field récemment construite près d’Anchorage en Alaska, soit le 18th Pursuit Squadron doté d’appareils Curtiss P-36 Hawk. Équipé de bombardiers Douglas B-18 Bolo, le 36th Bombardment Squadron arriva un mois plus tard. Les blizzards et le froid sibérien en hiver, le dense brouillard imprévisible en été et les violents vents catabatiques nommés Williwaws, mettront rapidement les hommes et les machines à rude épreuve, sans compter les vastes espaces sauvages de l’Alaska encore mal cartographiés et dépourvus de radiophares.

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Appareils Curtiss P-36 Hawk, Anchorage, Alaska
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Douglas B-18 Bolo en Alaska

Suite à l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, la défense aérienne de l’Alaska fut rapidement renforcée par l’envoi d’avions plus modernes, soit des chasseurs Curtiss P-40 Warhawk et quelques bombardiers Boeing B-17 Flying Fortress. Ne voulant pas diviser leurs maigres forces aéronavales, la défense aérienne de l’Alaska fut laissée aux mains de l’USAAF. Afin de défendre la base navale de Dutch Harbor sur l’île d’Unalaska contre une éventuelle attaque japonaise, deux aérodromes sont construits à la hâte et dans le plus grand secret. Afin de dissimuler la nature militaire de ces chantiers, ils se feront sous le couvert d’entreprises fictives nommées Blair Packing Company et Saxton & Company afin de laisser croire à l’implantation d’usines de transformation de produits marins. Grâce à l’utilisation des «Marston Mats», une récente et ingénieuse invention consistant à des planches métalliques perforées s’emboîtant les unes aux autres, les pistes de ces aérodromes seront rapidement aménagés malgré le terrain difficile.

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Utilisation de «Marston Mats» en Alaska

Dès le printemps 1942, ils reçoivent leurs premiers avions. Les Martin B-26 Marauder du 73d Bombardment Squadron seront ainsi déployés au Fort Randall Army Airfield à Cold Bay, alors que les Consolidated B-24 Liberator du 21st Bombardment Squadron feront leur nid au Fort Glenn Army Airfield sur l’île d’Umnak. Chaque aérodrome reçoit également un escadron de chasseurs P-40 Warhawk. L’organisation des forces aériennes s’améliore aussi avec la mise sur pied de l’Air Force Alaskan Defense Command qui prendra le nom d’Eleventh Air Force en février 1942 et dont le siège opérationnel sera implanté au Fort Morrow Army Airfield sur l’île Kodiak.

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Bombardier Martin B-26 Marauder avec torpille, Alaska
L’attaque de Dutch Harbor

Le 5 mai 1942, une armada de 200 navires japonais, incluant huit porte-avions, prend le large en direction de Midway. À mi-chemin, les porte-avions légers Ryūjō et Jun’yō changent de cap en direction des Aléoutiennes, accompagnés de six croiseurs et de treize destroyers. Le groupe aéronaval du Jun’yō compte 18 chasseurs Mitsubishi A6M Zero et autant de bombardiers en piqué Aichi D3A Val, alors que le Ryūjō emporte 12 appareils Zero et 18 bombardiers torpilleurs Nakajima B5N Kate.

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Patrouille d’un Consolidated PBY Catalina en Alaska

Les Américains ayant décrypté le code secret des communications radio de la marine japonaise, dépêchent des hydravions Consolidated PBY Catalina dans le ciel des Aléoutiennes à la recherche des porte-avions japonais. Dans l’après-midi du 2 juin, la flotte japonaise est finalement localisée à plus de 800 kilomètres au sud-ouest de Dutch Harbor, mais le mauvais temps qui s’installe empêche les bombardiers américains de prendre l’air.

Les 3 et 4 juin, les Japonais vont effectuer trois raids aériens contre le port de Durch Harbor et l’attenant Fort Mears. Les sous-marins et navires auparavant en mouillage dans le port ayant déjà pris le large, les seules cibles d’importance stratégique détruites furent les réservoirs de carburant. Lors de ces attaques, les chasseurs P-40 Warhawk abattirent cinq avions japonais. Endommagé par la DCA, un appareil Zero fut aussi contraint d’effectuer un atterrissage forcé sur la petite île d’Akutan, à une trentaine de kilomètres de là.

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Bombardiers torpilleurs Nakajima B5N Kate du porte-avions Ryujo en mission en Alaska

Ayant localisé de nouveau la flotte ennemie, les Américains tentèrent sans succès de couler les porte-avions japonais. Des Chasseurs Zero abattirent un bombardier B-26 Marauder, alors qu’un Boeing B-17 fut détruit par la DCA. Surpris par la riposte aérienne américaine, et inquiète des sous-marins ennemis sûrement en direction de sa flotte, l’amirauté japonaise ordonna la retraite.

Aucun navire ne fut coulé durant ces échanges et les pertes d’avions s’élevèrent à 11 côté américain et à 10 chez les Japonais. La perte du Zéro d’Akutan va toutefois se révéler désastreuse pour le Japon et une chance inespérée pour les Alliés. Découvert par hasard par un hydravion Catalina cinq semaines après l’attaque de Dutch Harbor, le Zero presque intact avec son pilote mort aux commandes sera récupéré. Une fois réparé, ce Zero effectua toute une série d’évaluations au sol et en vol afin de cerner ses forces et ses faiblesses. Cela permettra aux Américains d’adapter leurs tactiques de combat aérien afin de prendre l’ascendant sur ce redoutable chasseur japonais, jusque-là considéré presque invulnérable.

 

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Appareil Zero d’Akutan
L’occupation japonaise

Malgré la défaite japonaise à Midway, l’attaque contre les Aléoutiennes fut maintenue avec l’objectif de s’emparer d’îles situées à l’extrémité ouest de l’archipel. Le débarquement se déroule le 6 juin 1942 sur Kiska et le 7 sur Attu. Cette invasion à petite échelle, dans un endroit plus près de la Sibérie que de l’Alaska continental, est en fait une manœuvre de diversion pour y attirer les Américains. Les stratèges américains savent fort bien que le ravitaillement logistique de ces « postes avancés » japonais sera singulièrement difficile et ne posent pas de menace stratégique immédiate. Alarmés par ce débarquement, les habitants de la Côte Ouest, tant au Canada qu’aux États-Unis, exigent néanmoins la fin de l’occupation. Malgré la pression populaire alarmée par cette occupation, le Pentagone refuse de se prêter au jeu japonais et les interventions américaines sont initialement limitées.

La force de frappe de l’Eleventh Air Force est de toute façon assez modeste, ne disposant que de trois escadrons de bombardiers lourds, trois de bombardiers légers et de quatre escadrons de chasse. Durant les mois initiaux de l’occupation japonaise, seulement quelques missions occasionnelles de bombardement avec des B-24 Liberator à long rayon d’action seront effectuées.

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Bombardier Consolidated B-24 Liberator en Alaska

Pendant ce temps, les Japonais tentent de consolider leurs positions sur ces îles également éloignées de leur pays. Le 28 juin 1942, le navire Chiyoda quitte le port de Yokosuka, accompagné des destroyers Arare, Kasumi et Shiranuhi. Le Chiyoda emporte à son bord 6 petits sous-marins de Type A, avec leurs 150 membres d’équipage, ainsi que 6 chasseurs-hydravions Nakajima A6M2 Rufe ainsi que des biplaces de reconnaissance Nakajima E8N Dave. Mais l’arrivée du convoi a été détecté par le sous-marin américain USS Growler (SS-215) qui profite de l’effet de surprise et attaque les trois destroyers japonais à l’ancre, endommageant le Kasumi et le Shirabuhi et coulant le Arare. Le SS-215 alerte l’USAAF et bientôt un raid de B-24 Liberator prend pour cible le Chiyoda, mais ne l’atteint pas. Dès lors, une force de l’US Navy composée de croiseurs et de destroyers aura pour mission d’empêcher le passage des convois japonais de ravitaillement. Après la bataille navale des îles Komandorski en mars 2013, les Japonais abandonnent leurs tentatives de ravitaillement des Aléoutiennes avec des navires de surface, utilisant plutôt des sous-marins, plus sûrs mais de capacité moindre.

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Pilotes japonais posant devant un Nakajima A6M2 Rufe sur l’île d’Attu, Alaska
Les Canadiens en renfort

Conscients de la faiblesse de leurs moyens militaires en Alaska, les Américains font appel au Canada. Face à la déroute initiale des Alliés en Europe, les dirigeants des États-Unis et du Canada avaient déjà pris le soin de signer, en août 1940, un accord de défense commune du continent nord-américain et d’aide mutuelle en cas d’agression.

Depuis avril 1942, des escadrilles de l’Aviation royale canadienne (ARC/RCAF) et quelques unités navales opèrent déjà en Alaska pour défendre la côte Nord-Ouest. Surnommés « Boly » par leurs équipages, les bimoteurs Bristol Bolingbroke du 115ème Escadron de l’ARC déployés à la base américaine d’Annette Island effectuent des patrouilles anti-sous-marines. En juin 1942, le 118ème Escadron de chasse doté d’appareils Curtiss P-40 Kittyhawk y sera également dépêché. Le 7 juillet 1942, un « Boly » du 115 surprend un sous-marin ennemi et passe à l’attaque. Le submersible endommagé sera par la suite coulé par des destroyers américains lancés à sa poursuite.

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Bombardier Bristol Bolingbroke de l’ARC en Alaska

Ce succès initial de l’ARC sera toutefois assombri quelques semaines plus tard lorsqu’une cinq appareils Kittyhawk volant en formation heurtent le flanc d’une montagne dissimulée par un épais brouillard. Les Canadiens prennent conscience à leur tour que l’ennemi le plus sournois dans ces contrées est la météo imprévisible.

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Formation d’appareils Curtiss P-40 Kittyhawk de l’ARC en Alaska

Suite à l’attaque de Dutch Harbor, les unités de l’ARC affluent en Alaska. En guerre depuis 1939, le Canada avait eu le temps de former un contingent important de pilotes et d’hommes d’équipage grâce au Programme d’entraînement aérien du Commonwealth ainsi que de constituer une trentaine d’escadrons ayant pour mission la défense des côtes canadiennes. L’ARC sera appelée à jouer trois rôles lors de la campagne de l’Alaska, soit la défense des convois maritimes longeant la côte Nord-Ouest, le renforcement des patrouilles anti-sous-marines autour d’Anchorage et de Nome et finalement les opérations avancées dans les îles Aléoutiennes afin de déloger les Japonais retranchés dans les îles Kiska et Attu. Cette dernière mission sera confiée aux escadrons No. 8, 14 et 111, équipés des rustiques P-40 Kittyhawk modifiés pour emporter un réservoir externe de carburant ainsi que des bombes de 270 kg.

La riposte des Alliés

L’éloignement des îles Kiska et Attu va grandement limiter la riposte initiale des Alliés. Disponibles en faible nombre, seuls les bombardiers lourds B-17 et B-24 peuvent effectuer l’aller-retour de près de 2 000 kilomètres entre les bases aériennes existantes et ces îles distantes. Il devint donc impératif pour les Alliés de disposer rapidement bases avancées afin de protéger les bombardiers avec des chasseurs d’escorte et empêcher les Japonais de consolider leurs positions.

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Bombardier Boeing B-17 Flying Fortress en Alaska

Dans ce but, le 807th Army Aviation Engineering Battalion débarque sur l’île d’Adak le 30 août 1942 et y construit, en seulement dix jours, le Longview Army Airfield. Le 10 septembre 1942, un B-18 Bolo sera le premier avion à se poser sur cet aérodrome situé à 400 kilomètres de l’île Kiska. Trois jours plus tard, quinze B-24, un B-17, quinze Lockheed P-38 Lightning et seize Bell P-39 Airacobra atterrissent sur Adak. Ils seront bientôt rejoints par des bombardiers North American B-25 Mitchell et Lockheed PV-1 Ventura. Dès le 12 septembre, une première mission de bombardement est lancée d’Adak, sous le commandement de John S. Chennault, fils de Claire Lee Chennault des légendaires Tigres volants en Chine.

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Bombardiers Lockheed PV-1 Ventura en Alaska
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Formation de chasseurs Lockheed P-38 Lightning en Alaska

Le 25 septembre 1942, Américains et Canadiens mènent une attaque aérienne combinée contre Kiska. Lors de cette mission, le commandant Kenneth Boomer du 111ème escadron de l’ARC,  abattit un Nakajima Rufe. Ayant auparavant combattu sur le front européen, il devint ainsi le premier pilote de l’ARC à compter un avion japonais à son tableau de chasse. Au 6 octobre 1942, les Alliés sont crédités de 22 avions japonais abattus, pour un seul des leurs. À cause du mauvais temps et du froid qui approche, les opérations vont se succéder avec plus ou moins de réussite et seront fréquemment ajournées à cause de conditions climatiques extrêmes. Seulement dix tonnes de bombes seront larguées pour dix appareils perdus, dont aucun du fait de l’ennemi. Les appareils P-39 Airacobra vont s’avérer particulièrement peu aptes aux aérodromes rudimentaires des Aléoutiennes, dû à la fragilité de leur train d’atterrissage.

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Bombardier Consolidated B-24 Liberator en Alaska
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Accident d’un Bell P-39 Airacobra en Alaska

Parallèlement, au début de 1943, les Américains resserrent leur étau autour des îles occupées par les Japonais. Le 11 janvier 1943, ils s’installent sur l’île d’Amchitka située à une centaine de kilomètres de Kiska. Un mois plus tard, les premiers appareils P-38 et P-40 se posent à l’Amchitka Army Airfield et effectuent une première mission contre Kiska le 18 février.

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Chasseurs Curtiss P-40 Warhawk du 343rd Fighter Group surnommés «Aleutian Tigers»
La reconquête des iles Attu et Kiska

Au début de mars 1943, il apparaît aux stratèges américains que leur puissance navale et terrestre alors disponible est encore insuffisante pour un assaut contre l’île de Kiska. Des estimations basées sur les photographies aériennes laissent toutefois à penser que l’île d’Attu ne serait défendue que par environ 500 Japonais. Durant l’attente de renforts américains et canadiens, il est donc décidé de reprendre en premier Attu. Mais les Japonais y ont eu le temps d’augmenter leurs effectifs à plus de 2 600 hommes, avant leur déroute navale aux îles Komandorski. Ils ont également reçu des unités de génie, dont la mission première est de construire un aérodrome.

L’opération portera le nom de code de Landcrab. Profitant d’une légère accalmie climatique, les forces américaines, débarquement sur Attu le 11 mai 1943. La couverture aérienne est assurée par 267 avions, comprenant les Grumman F4F Wildcat du porte-avions d’escorte USS Nassau.  Optimiste, le commandement américain pariait sur trois jours de combat tout au plus. Les combats sont toutefois acharnés et se déroulent par une météo épouvantable. La défensive japonaise ne sera finalement brisée que dans la nuit du 29 mai. Lors d’une charge suicide fanatique, menée par le colonel Yasuyo Yamazaki sabre à la main, les quelques mille survivants attaquent les lignes américaines, après avoir achevé leurs blessés. Tous les Japonais trouveront la mort, exceptés une poignée d’entre-eux qui sont faits prisonniers. La repise d’Attu coûte plus de 3 800 hommes aux Américains, dont plus de 2 000 décès et 1 200 évacués pour gelures graves. L’aérodrome rudimentaire d’Attu est toutefois capturé et rapidement reconstruit. Nommé Alexai Point Army Airfield, le premier avion à s’y poser le 8 juin 1942 est un bimoteur Douglas C-47 Skytrain chargé d’évacuer des blessés. Le Shemya Army Airfield sera également aménagé à la hâte sur l’île Semichi. Cette minuscule île, ressemblant à un porte-avions immobile, était si près de Kiska que les Japonais pouvaient anticiper les bombardements lorsqu’ils entendaient le bruit des avions Alliés démarrant leurs moteurs avant de prendre l’air.

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Douglas C-47 Skytrain en Alaska

Sous le nom de code Operation Cottage, une force Alliée encore plus importante fut rassemblée pour reprendre Kiska, soit près de 30 000 soldats américains et 5 300 Canadiens. Lorsque les débarquements commencent le 13 août 1943, après trois semaines de bombardements navals et aériens intensifs, les troupes découvrent que les Japonais, profitant du couvert du brouilard, se sont retirés. Les seuls êtres vivants que les Alliés découvriront sur l’île seront quelques chiens abandonnés. Jusqu’à la fin de la guerre, ces deux îles resteront occupées par les Alliés et serviront de bases arériennes avancées.

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Sous-marins japonais endommagés par les bombardements sur l’île Kiska, Alaska
Tel est pris qui croyait prendre

Plus d’un mois avant la reconquête de l’île Kiska par les Alliés, l’Eleventh Air Force entreprend une nouvelle phase de missions contre les forces japonaises. Le 10 juillet 1943, huit bombardiers B-25 Mitchell décollent de l’île d’Attu et entreprennent un long vol vers l’île de Paramushiru, la plus septentrionale de l’archipel japonais. Ce sera le premier bombardement du territoire japonais à partir d’une base terrestre américaine, et seulement le second depuis le fameux Raid de Doolittle lancé en avril 1942 du porte-avions USS Hornet. La propagande américaine va d’ailleurs décrire l’Alaska comme un piège mortel pour les Japonais qui ont osé l’attaquer.

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Bombardier North American B-25 Mitchell en Alaska

En novembre 1943, le Casco Cove Army Airfield sera le second aérodrome construit sur l’île d’Attu afin d’y acceuillir des bombardiers lourd B-24 Liberator ainsi que des chasseurs d’escorte P-38 Lightning. Bien que les missions au-dessus des îles japonaises des Kouriles et d’Hokkaido sont plutôt sporadiques, dû à la météo plutôt inclémente, les Américains réussissent tout de même à convaincre les Japonais de la nécessité de défendre leur flanc nord d’une éventuelle invasion. Ainsi, le dixième de la flotte niponne d’avions de guerre sera immobilisé dans le nord de l’archipel japonais jusqu’à la fin de la guerre.

Le bilan des pertes du côté de l’USAAF durant la campagne des Aléoutiennes s’élève à 114 morts au combat, 42 portés disparus et 46 tués accidentellement. Des quelques 500 Canadiens de l’ARC déployés aux côtés des Américains en Alaska, une douzaine de décès furent également dénombrés. Pour un total de 69 appareils ennemis abattus, l’USAAF en perdit 35 au combat, mais déplora plus de 150 accidents opérationnels. La proportion des pertes consécutives aux accidents comparée à celles subies au combat sera la plus élevée que connaîtra l’USAAF pendant toute la Seconde guerre mondiale. Les bases aériennes construites en Alaska durant ce conflit vont s’avérer fort utiles contre la menace soviétique lors de la guerre froide. Cette première coopération canado-américaine en matière de défense aérienne sera également le précurseur du North American Air Defense Command (NORAD) une dizaine d’années plus tard.

Dans un geste de réconciliation, le gouvernement américain permit au Japon d’ériger un monument sur l’île d’Attu en 1987 dont la dédicace vise à honorer le sacrifice de tous ceux qui ont perdu la vie dans les îles et les étendues du Pacifique Nord durant la Seconde guerre mondiale et célébrer la paix.

 

 

 

 

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Marcel
Fils d’un militaire de l’armée de l’air canadienne (il est tombé dedans quand il était petit…) et biologiste qui adore voler en avion de brousse, ce rédacteur du Québec apprécie partager sa passion de l'aéronautique avec la fraternité francophone d’Avions Légendaires.