L’incident tend encore un peu plus la situation entre les États-Unis et l’Iran. Ce jeudi 20 juin 2019 l’état-major des forces américaines dans le Golfe a reconnu qu’un de ses drones de surveillance maritime Northrop-Grumman MQ-4C Triton avait été descendu par un missile sol-air iranien au-dessus de la zone du détroit d’Ormuz. De son côté la république islamique annonce qu’il s’agit d’un RQ-4B Global Hawk et qu’il survolait son espace aérien souverain. Désormais l’aviation et l’armée de cette dernière sont en alerte maximale.

Alors certes au final le résultat est identique pour Washington : un drone de surveillance à très haute valeur ajoutée a été perdu. Mais la situation n’est pas la même. Car si c’est finalement un Northrop-Grumman RQ-4B Global Hawk qui a été abattu par la DCA iranienne c’est que le drone en question survolait bel et bien le territoire de la république islamique. Et là nous ne sommes plus du tout dans le cadre d’un drone HALE (pour Haute Altitude Longue Endurance) assurant une mission de surveillance maritime des intérêts américains et occidentaux mais dans de l’espionnage aéroporté. Et auquel cas rien n’interdit à l’Iran d’abattre l’avion de reconnaissance d’une puissance étrangère ennemie.

Mais même dans l’hypothèse où les Américains diraient vrai sur la nature du drone il reste des zones d’ombre dans leurs explications. Officiellement ce MQ-4C Triton assurait une mission de surveillance maritime du détroit d’Ormuz. En gros il s’assurait que les méthaniers et pétroliers puissent entrer et sortir correctement du Golfe, sans que la marine et/ou la garde-côtière iranienne n’aient quoi que ce soit à y redire. Il faut dire que la république islamique contrôle légalement un peu plus de 65% du territoire maritime de ce détroit, le reste étant à la charge des Émirats Arabes Unis et d’Oman. C’est la troisième voie la plus empruntée de la planète après le détroit de Malacca et la Manche, avec 30% environ du trafic maritime mondial. Sauf que si ce drone de l’US Navy se trouvait bien au-dessus des eaux du détroit il y a tout de même de forts risques que là encore il violait l’espace aérien de l’Iran.

Surtout ce qui interroge dans cette affaire c’est la rapidité avec laquelle l’US Department of Defense a communiqué à son sujet. Le drone aurait été abattu ce jeudi 20 juin 2019 aux premières heures et le communiqué était finalisé à Bahreïn seulement quelques heures plus tard. On a rarement vu les militaires américains si prompts à accepter publiquement la perte d’un avion militaire au-dessus d’un territoire ennemi, même si l’avion est sans pilote.
Il y a un adage en français qui sied parfaitement à la situation : «qui se sent morveux, se mouche».

Surtout c’est la première perte opérationnelle d’un drone MQ-4C Triton depuis son entrée en service l’an dernier. Et quel que soit la nature exacte de cet avion sans pilote c’est désormais une course contre la montre afin de récupérer les restes de la machine. Pas sûr du tout que Northrop-Grumman et le Pentagone acceptent aussi facilement que de la technologie aussi sensible ne tombe entre les mains de l’Iran, et donc en filigrane de la Chine et/ou de la Russie. Dans les deux camps les équipes de récupérations doivent s’activer, les Américains disposant de forces spéciales dans la région qui sont pleinement rompues à ce genre de mission très délicate.

Photo © US Navy.

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10 COMMENTAIRES

  1. C’est quand même très maladroit de la par des américains. S’ils se croyaient invincibles. cette perte remettra l’église au milieu du village, , ou alors ça cache autre chose.
    Ils pourrait avoir sacrifié un drone de ce type pour récupérer certaines images et au final justifier une intervention ?
    Une faille des renseignements US ? qui ignoraient que des batterie SAM très performantes sont disponibles en Iran, avec la complicité des Russes ou des Chinois.
    Quoi qu’il en soit, c’est pas normal qu’ils admettent si vite la perte de ce drone dernier cri. Un message des militaires US à Trump: « regarde ce sera pas si simple … »

  2. Récupérer la machine…Si elle a été abattu au dessus du territoire iranien, elle est tombé en Iran….Je pense pas que le missile tueur a laisser des morceaux qui planent…

  3. En cas d’impact ces engins renferment un système d’autodestruction des organes sensibles ! Les barbus ne devraient récupérer que des morceaux non exploitables !

  4. C’est effectivement un événement sérieux, car même si aucun pilote n’a perdu la vie, les États-Unis viennent quoi qu’il en soit de perdre un de leurs très coûteux drones HALE, et par la même les Iraniens de prouver qu’ils possédaient des systèmes SAM de moyenne (longue ?) portée relativement efficaces.
    Bon, sachons raison garder, un drone géant de la taille du RQ-4 dépourvu de leurres (à ma connaissance) ne doit pas être foncièrement difficile à abattre, mais cela reste tout de même un revers à la politique US d’observation en toute impunité via les drones.
    Seuls les Reapers possèdent en option un pod RWR (avertisseur de menaces + lance-leurres flares / chaff) qui peut être monté en fonction du niveau de menaces sol-air de la zone à surveiller, la famille des Global Hawk compte sur son haut plafond opérationnel pour rester -en théorie- au-dehors de l’enveloppe des menaces.

    La question qui en découle directement, c’est évidemment « les Iraniens seraient-ils à ce point prêts à jouer avec le feu pour abattre un appareil US au-dessus des eaux internationales ? ».
    Je suis très perplexe à ce sujet, car l’on a beau dire : le régime des Mollahs manie certes bien le verbe, les menaces et la propagande (je ris encore de leur « furtif » Qaher 313), mais l’expérience à montré qu’ils étaient tout de même prudents, et à mon avis pas de là à tirer les premiers -même sur un avion sans pilote- vu l’impressionnant déploiement de forces américain à leurs portes, dans ce qui pourrait être l’acte 1 d’une escalade. Sauf légitimité irréfutable, tirer les premiers signifierait derechef pour l’Iran d’être accusé d’agression, et une condamnation immédiate de la communauté internationale (et évidemment des représailles militaires US).
    Tout ceci mis bout à bout, je me dis qu’il ne serait pas impossible que les USA -même s’ils le démentent- pourraient bien avoir violé l’espace aérien iranien, même brièvement, à dessein ou non (mais enfin une erreur de navigation serait peu crédible vu la technicité de ces engins)… Dans quel but ? Glaner du renseignement sensible, mettre la pression sur les Iraniens voire les pousser à la faute ? Sous couvert de surveillance maritime du détroit, il ne s’agissait pourtant pas là d’un P-8, mais bien d’un drone… bref ne pas impliquer de vies humaines pourrait tendre à prouver que la mission de l’engin souffrait d’un risque calculé. Et la rapidité du communiqué du Pentagone a été effectivement assez inhabituelle en la matière.
    A suivre.

    Sinon, d’après les informations qui bruissent et se recoupent outre-Atlantique, ce MQ-4 serait en fait un RQ-4 appartenant à la Navy, un démonstrateur -première version- de ce qui allait plus tard devenir le Triton de série (appelé Broad Area Maritime Surveillance ou BAMS-D), bref un Global Hawk de la Navy mais sans l’équipement et le radar spécifiques aux Tritons actuels (d’après les sources). Enfin, quoi qu’il en soit, RQ-4 et MQ-4 sont des appareils aux multiples facettes, regroupant la reconnaissance tactique / stratégique en temps réel, le renseignement électronique et j’en passe, et c’était évidemment une cible de choix pour les Iraniens.

    • Je ne pense pas que les USA auraient laissé délibérément leur drone se faire abattre pour justifier une riposte, d’ailleurs il n’y a pas de riposte pour l’heure et Trump a même parlé hier de possible erreur des iraniens alors que ceux ci ne parlent pas d’erreurs mais d’acte délibéré pour cause de violation de frontière.

      En fait il est possible que les iraniens veulent jouer paradoxalement l’escalade pour débloquer la situation : les sanctions US sont très efficaces, l’économie ne pourra pas tenir longtemps, les iraniens veulent prendre les US à leur propre jeu, chiche !attaquez nous , vous êtes les plus forts mais nous avons la capacité de bloquer le détroit et donc de générer une méga crise énergétique mondiale, et donc une méga récession en vue. Personne n’y ayant intérêt, les iraniens pensent peut-être ainsi faire pression sur les usa, mais aussi surtout sur les européens pour désescalader et revenir sur les sanctions, ou tout du moins forcer les européens à les contourner efficacement. et desserrer l’étaux.
      Dans ce contexte la il est même possible que les iraniens aient abattu le drone en dehors de leur zone.

      • Sans aller jusqu’à avancer que les USA aient sacrifié un drone, la frontière des eaux territoriales est très mince dans cette zone, et à l’image des Russes qui sont très sourcilleux sur ces questions de souveraineté, depuis quelques semaines que les Américains mettaient la pression à coups de B-52 et porte-avions en alerte sur zone, je pense que l’Iran tenait là un bon moyen de leur tenir la dragée haute à un coût politique réduit (pas de mort), montrant que la menace militaire ne les inquiétait pas plus que cela. « Chiche », comme vous dites.

        Mais c’est bien un jeu de bluff que les deux parties mènent, aucun des deux n’a réellement envie d’une guerre, cela se voit après-coup : en temps « normal », on aurait pu être certains que des frappes US allaient tomber quasi-immédiatement en représailles (et une bonne partie du staff de la Maison-Blanche le souhaitait). Pourtant c’est ce qui est arrivé sur le papier, avant que -selon le communiqué- Trump ne rappelle ses appareils à la dernière minute, fameuse stratégie de la volte-face qui lui est propre. Tout comme les Iraniens qui auraient -par communiqué interposé- épargné le P-8 accompagnant l’infortuné Global Hawk. Cette « erreur » s’est objectivement jouée à une ou deux minutes de vol, au crédit de l’un ou de l’autre, bref chacun a été fort avisé de… se raviser et ne pas lancer les hostilités !

        Loin de chercher l’escalade au final, les deux nations essayent désormais de se faire passer pour le grand prince, « the bigger man » comme on dit aux States, c’est une bataille rangée de communiqués et d’infographies (trajet du drone / ligne des eaux territoriales) qui va sans doute se finir plus calmement à l’ONU.
        Et l’Europe derrière se tait, jouant la carte neutre afin de ne stigmatiser ni l’allié US ni le moribond Iran, car enfin il m’est avis que notre renseignement (Fr et Eu) sait pertinemment ce qu’il s’est passé sur place, et l’absence de réaction montre là une volonté diplomatique de désescalade avec -je partage votre avis- en point de mire une position plus forte pour une retour à l’accord sur le nucléaire iranien.

  5. La soi-disante puissance de l’armée iranienne me laisse songeur et je ne peux m’empêcher de repenser à la fameuse armée irakienne qui attendait de pieds ferme les américains…Je dis cela sans aucune arrière pensée ou  »moquerie » mais franchement tiendrait-elle longtemps face au bulldozer US ? la population iranienne ne semble pas vouloir un conflit et commence sacrément a en avoir ras le bol de cette société complétement muselée par le régime… Bien entendu cela n’engage que moi…

    • Sans doute pas longtemps, car l’équilibre des forces iraniennes est disparate et leurs matériels hétéroclites globalement dépassés, comparativement aux USA qui sont puissants sur tous les tableaux.

      Toutes spéculations mises à part, et je ne me hasarderai pas à parler de l’opinion publique iranienne vu que de toute façon le régime lui tient la bride haute, il est un fait avéré que si la propagande Iranienne bombe sans doute exagérément le torse, ses défenses sol-air et terre-mer comptent parmi les plus développées au monde, et il y a fort à parier que les USA essuieraient quelques déconvenues autres qu’un RQ-4 abattu. Mais d’un autre côté, sur la durée, les forces de Téhéran seraient anéanties, ce qui ne saurait être profitable au régime pour son maintien.
      Cela dit, en cas de conflit (ce dont je doutais avant, et plus encore aujourd’hui à la lecture diplomatique des récents événements -dont la politique intérieure US), la marge de manœuvre américaine serait à mon sens très limitée : comme souvent, des frappes en profondeur de missiles de croisière via avion / navires sur des batteries de défense aérienne, radars de recherche, aéroports militaires… en réponse peut-être l’on aurait quelques escarmouches aériennes avec des chasseurs / bombardiers abattus de chaque côté, des navires touchés par des missiles, mais je n’imagine pas plus (et surtout pas d’intervention au sol – c’est là la différence avec l’Irak qui « attendait » les Américains en 2003, ces derniers souhaitaient finir le boulot inachevé de desert storm en 91, mais dans les cas iranien il n’est sûrement pas question d’invasion).

      Quoi qu’il en soit, le risque politique est trop grand pour les deux parties, d’où le bluff menaçant, poker menteur, appelons ça comme on veut, qui a pris beaucoup d’ampleur jusqu’à cet événement paroxystique, mais qui retombe depuis -pour l’instant du moins- comme un soufflé. Bien heureusement d’ailleurs 🙂 .

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