Ça commence a ressembler à un fiasco comme le nouveau chasseur furtif américain en a déjà connu depuis quelques années. Neuf mois après son entrée en service opérationnel le Lockheed-Martin F-35C Lightning II n’a toujours participé à aucune mission embarqué. Du coup on peut raisonnablement se demander quelle est l’utilité pour la puissante US Navy de disposer d’un chasseur naval qui n’a jamais mis les pieds sur un porte-avions. Rappelons tout de même que cette version est l’essence même de l’existence de cet avion, aux origines du programme Joint Strike Fighter.

Pourtant des appontages et décollages les Lockheed-Martin F-35 Lightning II en ont réalisé à la pelle. Une obligation légale bien compréhensible avant que l’avion n’ait sa certification de base (ou IOC) intervenue en février de cette année. Cela fait donc en effet neuf mois que l’US Navy possède un modèle de chasseur qu’elle ne peut nullement employé autrement que depuis ses bases terrestres pour des missions de formation avancée. Au prix de l’heure de vol sur Lightning II ça fait cher l’avion d’entraînement.

Alors bien sûr les défenseurs les plus ardus de l’avion furtif de nouvelle génération expliquent aux Américains que tout cela est de la faute du constructeur naval Newport News Shipbuilding incapable de mettre au point le premier porte-avions de la classe Gerald R. Ford. Sauf qu’ils sont dans l’erreur, voire pis dans l’enfumage. Car si le F-35C Lightning II a bien été conçu pour voler depuis ces nouveaux bâtiments de guerre américains ils ont aussi pleinement la capacité d’opérer depuis des navires de plus ancienne génération, en service ceux-là. Des porte-avions comme l’USS George Washington en 2016, ou encore l’USS Abraham Lincoln l’année d’après ont testé le chasseur. Sans compter que c’est à bord de l’USS Carl Vinson qu’ils ont reçu leur certification aux opérations embarquées en fin d’année dernière.

L’appontage d’un F-35C Lightning II, un acte qui relève toujours uniquement des essais ou des sessions d’entraînements.

D’autant que l’US Navy a largement joué le jeu en retirant du service ses McDonnell-Douglas F/A-18 Hornet, à l’exception des avions de représentation des Blue Angels. Des chasseurs-bombardiers qui avaient encore pourtant du potentiel, notamment dans les versions Charlie et Delta. Ce retrait du service devait préfigurer la première croisière opérationnelle du F-35C Lightning II annoncé pour le début de ce mois de novembre. Sauf que tous les avions de ce type ont actuellement les trains d’atterrissage bien au sec.

L’honnêteté nous ordonne de rappeler qu’entre le 9 et 13 juillet 2019 quatre F-35C Lightning II de l’escadron VFA-125 Raiders ont réalisé une campagne d’appontages dans le Pacifique depuis l’USS Nimitz. Mais il ne s’agissait là que d’une mission très courte d’entraînement et de qualification. Et depuis rien, et surtout rien d’opérationnel !!!

En « opérations » d’entraînement courte durée en juillet 2010 dans le Pacifique.

Si on remonte dans l’histoire aéronautique américaine aucun chasseur embarqué n’a mis autant de temps avant d’opérer sur pont d’envol. Même le très discutable Brewster F2A Buffalo n’a mis «que» cinq mois et demi avant d’être embarqué pour une croisière longue. Certes c’était la version F2A-1 puisque le F2A-2 subissait alors de lourds retards de mise au point.

Après cette petite parenthèse dans l’entre-deux-guerres revenons à l’ère contemporaine.
Aux vues de tous ces faits on comprend donc assez mal pourquoi aucun F-35C Lightning II n’est actuellement embarqué, même de manière purement marginale, sur un porte-avions américain. Après tout l’US Navy possède des unités opérationnelles sur ce modèle d’avion, même l’US Marines Corps en dispose. Et de la place sur les porte-avions il y en a. Donc cela provient d’ailleurs. Et là pas trente-six solutions c’est soit une décision politique donc en prise au Pentagone ou à la Maison Blanche soit un énième problème technologique et c’est l’avionneur qui essaye de rester prudent. Reste qu’en attendant l’aéronavale américaine n’a plus qu’un modèle d’avion encore en service sur porte-avions : le Boeing F/A-18E/F Super Hornet. Et même s’il sait à peu près tout faire c’est avion n’est absolument pas furtif et ne peut donc pas complètement combler le vide laisser par l’absence des Lightning II.

Après quelques communications venues en août et septembre 2019 de Washington, et plus précisément de son Navy Yard, c’est désormais le silence radio qui prime sur la question. Comme si elle embarrassait au plus haut niveau de la marine des États-Unis. Faut dire qu’un avion de combat embarqué qui n’a jamais été embarqué après neuf mois de service, ça fait un peu tâche sur le CV.
C’est comme si une entreprise n’allumait jamais des machines-outils hormis pour vérifier qu’elles fonctionnent parfaitement bien. Ça serait totalement ridicule ? C’est pourtant la situation ubuesque que connait actuellement la plus puissante aéronavale au monde.

Le F-35C Lightning II ? Un chasseur toujours très terrestre, comme ici à NAS Lemoore.

Alors oui il y a de fortes chances qu’entre décembre 2019 et février 2020 les Lockheed-Martin F-35C Lightning II connaissent enfin leur première croisière opérationnelle. Enfin ça c’est en théorie, dans la pratique nous verrons bien. Et promis, nous vous tiendrons au courant.

Photos © US Navy.

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20 COMMENTAIRES

  1. « Boeing F/A-18E/F Super Hornet. Et même s’il sait à peu près tout faire c’est avion n’est absolument pas furtif  »
    Arnaud, la furtivité n’est pas une caractéristique binaire (Oui/Non), Les dernières versions du SH doivent avoir des dispositifs qui diminuent leurs signatures SER et SIR, matériaux, peintures, systèmes électroniques.
    Sinon, effectivement, il doit y avoir anguille sous roche pour qu’aucun F-35C n’ait encore effectué aucune mission opérationnelle.
    Il faut remarquer que les Marines n’ont pas adopté cette version, pourquoi?

  2. La Navy ne voulait pas du F-35, il lui a été imposé. De plus les problèmes d’accrochage de la crosse d’appontage qui a dû être totalement redessinée, ont retardé les essais et la mise en service de la version « C ».

  3. Bonjour,
    Si j’apprécie énormément de vous lire chaque jour, et sait que vous êtes une équipe de passionnés qui ne compte pas ses heures, je ne peux que vous encourager à faire attention à l’orthographe, dernier détail qui rendra votre site parfait 😉
    Il n’est par exemple pas rare de trouver des confusions entre « er » et « é ». Cela n’enlève rien à la pertinence de vos propos, mais c’est juste un peu dommage, justement, de « gâcher » quelque peu le fond avec des soucis de forme.

    • Bonjour il faut bien que nous fassions des fautes d’orthographe (ou plutôt d’accord) pour que certaines personnes comme vous les relèvent. Sinon que vous resterait t-il ?

      • Le plaisir de lire.
        C’est pas méchant, c’est plutôt pour vous. D’ailleurs, n’ai-je pas été plutôt positif dans la formulation de mon commentaire?
        Votre excellent travail est plus susceptible d’être repris et partagé s’il ne comporte pas de faute. Et il le mérite!

        • « Votre excellent travail est plus susceptible d’être repris et partagé s’il ne comporte pas de faute »
          Pour celles ou ceux pour qui seul le fond intéresse reprendront sans réfléchir. Pour les autres, ils (elles) corrigeront éventuellement les fautes sans difficulté càd sans perte de temps car il faut le reconnaître les fautes il n’y a pas tant que cela.
          Donc en final, pour moi pas de différence quand le fond est bon.

  4. le F-18 Super Hornet est tout de même un bon avion embarqué qui ferait le bonheur de nombreuses armées de l’air.
    Ce programme F-35 est digne de la sage « Plus Belle La Vie  » tellement ils ont eu de problemes dans leur developpement.

  5. Mais qu’il s’agisse d’un smartphone, d’un ordinateur, d’une automobile ou d’un avion de chasse, le nombre de vulnérabilités potentielles augmente dès lors que l’appareil se connecte et interagit avec le monde extérieur. Problème : les systèmes informatiques embarqués du F-35 seraient encore trop vulnérables aux attaques sur le réseau informatique
    Il serait intéressant de savoir si, de son côté, la France a pris toutes les mesures nécessaires pour que les systèmes informatiques embarqués dans son chasseur Rafale soient efficacement protégés contre le piratage et suffisamment fiables pour éviter de mettre en danger la vie des pilotes ou compromettre des missions.

  6. Selon le secrétaire à la Marine des USA les porte-avions américains n’embarqueront plus d’avions traditionnels à l’horizon 2050, le remplacement des appareils de l’aéronavale par des drones de combat a été décidé en 2015, l’appareil furtif F-35 devrait être, et sera presque à coup sûr, le dernier avion de combat doté d’un pilote que la marine américaine achètera et fera voler d’après lui ! Les drones sont promis à un avenir certain dans toutes les armées.
    D’autre part les F35 utilisés par la Navy Britannique ne peuvent communiquer avec leur PA sans révéler leur position suite à la non adéquation des échanges de données en mode furtif entre les deux, une mise à niveaux couteuse va devoir être faite par la GB sur leur PA. Le F35 est peut être trop évolué pour l’Europe.

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