Lors de son entrée en service voici un peu moins de six ans ce navire a été qualifié par la presse algérienne de porte-hélicoptères. En fait il s’agit là d’un abus de langage pour un navire de guerre amphibie ayant en effet des capacités d’accueil et de mise en œuvre d’hélicoptères, mais limitées. En Afrique une fois encore seule l’Égypte possède une telle capacité aéronavale. Quand on voit les capacités réelles du Kalaat Béni Abbes on comprend à quel point les journalistes locaux se sont trompés.

Avant toutes choses il faut savoir que le Kalaat Béni Abbes a été construit en Italie comme un bâtiment de classe San Giorgio. Or cette dernière est considérée par les Italiens comme une catégorie de LPD, c’est à dire de Landing Platform Dock. En France la Marine Nationale utilisa deux types de LPD : la classe Ouragan en service entre 1965 et 2007 et la classe Foudre en service entre 1990 et 2015. Les deux navires de cette seconde classe ont d’ailleurs été revendus en Amérique du sud. Les marines brésiliennes et chiliennes les utilisent actuellement.
Les LPD sont des navires dont la mission première est la projection de force amphibies avec capacité de soutien aérien via des aéronefs à voilure tournantes.

Car le LPB algérien Kalaat Béni Abbes possède une capacité réellement très très limitée. Entre trois et cinq hélicoptères seulement peuvent embarquer à son bord.
Ce sont principalement des AgustaWestland AW.101 Merlin de transport et de recherches-sauvetages en mer, ainsi que des Westland Super Lynx Mk-140 de combat maritime. L’Algérie n’ayant jamais réellement réussi à orienter ses forces de défense vers l’interopérabilité les hélicoptères de sa force aérienne sont quasi absent du pont d’envol de ce navire. Quelques essais d’appontage de Mil Mi-17 de transport d’assaut armé et de Mil Mi-24 d’appui tactique furent réalisés en 2018 mais sans aucun succès. Même par mer calme les pilotes de ces deux types de machine peinaient à opérer depuis le navire.
En outre posséder un porte-hélicoptère oblige à disposer d’au moins deux navires d’accompagnement sous la forme d’une frégate et d’un pétrolier-ravitailleur. Aucun navire de la seconde catégorie n’existe dans l’arsenal naval algérien et les frégates des classes Erradi et Adhafer ne sont pas du tout taillées pour une telle mission.

En outre l’armement défensif du LPD algérien est bien celui d’un navire de soutien amphibie et non celui d’un porte-hélicoptères : un canon de calibre 76mm, deux canons anti-aériens de calibre 25mm, et seulement huit missiles surface-air Aster 30. Un peu faiblard pour un bâtiment censé permettre la mise en œuvre d’une flotte aérienne.

L’Égypte est aujourd’hui le seul pays qui pourrait revendiquer de posséder des porte-hélicoptères. Les deux LHD (pour Landing Helicopters Dock) de classe Mistral embarquent plusieurs types différents de voilures tournantes. Kaman SH-2G Super Seasprite de combat naval, Kamov Ka-29TB d’assaut, Kamov Ka-52 Alligator d’attaque et d’appui tactique,  et parfois un ou deux Westland Commando Mk-2E de guerre électronique. Le tout pour un total de douze à seize hélicoptères. On est bien loin des trois à cinq machines sur le navire algérien.

Alors oui avec 9000 tonnes le Kalaat Béni Abbes est, et de loin, le plus gros navire de la marine algérienne. Mais il paraît bien maigrichon vis à vis des 21300 tonnes des classes Mistral égyptiens. Et que dire face aux 27500 tonnes de la classe Canberra australienne et bien entendu des 41150 tonnes de la classe Wasp américaine. Ces trois derniers, eux, sont clairement des porte-hélicoptères. Le Kalaat Béni Abbes lui n’est qu’un navire de projection amphibie, et c’est déjà très bien.

Photo © Keypublishing.

 

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5 COMMENTAIRES

  1. Autant l’article est très clair, et il est évident que ce navire n’est pas un porte hélicoptères, autant je trouve l’argument de l’armement assez faux : nos navires de classe Mistral dispose d’un armement quand même très léger, ils n’ont même pas d’Aster 30 eux, mais uniquement des missiles de courte portée.

    Et aucun canon de gros calibre non plus : 2 de 20mm et 4 mitrailleuses de 12,7.

    Après, nos frégates sont par contre parfaitement aptent à défendre un groupe aérien.

    • Les mistral sont certes peu autodefendu mais les navires qui peuvent l’accompagner, classe FREMM, Horizon ou dans une moindre mesure Lafayette compensent cette lacune alors que dans la marine algérienne les frégates les plus moderne, deux de classe Meko 200, ne sont pas aussi armé qu’on le souhaiterait pour protéger un groupe naval d’importance.

  2. Ayant pu approcher de pres pendant plusieur mois les 2 Mistrals Egyptiens, je ne les ai pas souvent vu a l’oeuvre, Ils restent surtout a quai et sortent de temps en temps pour de tres courtes periodes (quelques heures), tres rarement pour des exercices navals
    Autant dire que l’entrainement des pilotes a l’appontage n’est pas quelque chose qu’ils maitrisent a la perfection. De plus les Kamov tardent a arriver.

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