L’affaire dérange à Moscou, jusque dans les allées de la Douma. Ce mardi 22 septembre 2020 un avion de combat Sukhoi Su-30 a été perdu lors d’un exercice dans l’ouest russe, les deux membres d’équipage ayant réussi à s’éjecter sans heurt. Sauf que désormais la piste mise en avant par de nombreux médias indépendants parle d’un tir fratricide, réalisé depuis un Sukhoi Su-35. Si cela est avéré il faut souligner que c’est un évènement rarissime dans les forces aériennes contemporaines, d’autant plus parmi une des plus modernes de la planète.

Les premiers éléments lorsque l’accident eut lieu étaient pour le moins nébuleux. Comme à son habitude le ministère russe de la défense ne communiquait pas beaucoup sur ce qui venait d’arriver à son Sukhoi Su-30. Tout au plus a t-il rapidement confirmé que les deux membres d’équipage avaient survécu grâce à l’éjection de leur siège. Une manière comme une autre de montrer que l’avion est sécure, et de rassurer les proches de l’équipage.
Pour le reste même la d’habitude très prolixe agence Tass restait assez silencieuse, ajoutant juste qu’il s’agissait d’un exercice de défense aérienne.

Mais au cours de la journée du mercredi 23 septembre tout est allé beaucoup plus vite. Des médias indépendants russes, relayés par la presse spécialisée internationale, ont apporté un éclaircissement surprenant : l’avion aurait été abattu ! Pas une erreur de la DCA comme ce qui s’est passé en Iran avec l’avion de ligne ukrainien, mais un tir fratricide.
Sous ce vocable on entend une bavure réalisée par une force armée ou aérienne contre son propre camp ou un allié. Et ici c’est un autre avion de chasse qui est pointé du doigt : le Sukhoi Su-35. C’est à dire rien moins que sans doute le meilleur avion de combat en service en Russie, et un des deux ou trois chasseurs de supériorité aérienne les plus performants au monde. C’est donc une vraie surprise pour nombre de passionnés et de spécialistes.

Les témoins rapportent que peu après l’éjection du second siège un missile air-air aurait frappé le Su-30. Un Su-35 aurait alors fendu le ciel quelques secondes plus tard. Et assez étrangement après ces révélations aucune objection du ministère de la défense n’est venu contrarié l’information. Comme si implicitement Moscou reconnaissait les faits. Une forme de transparence, qui si elle était avérée, serait tout à l’honneur des généraux russes.
On sait que les débris du Su-30 sont tombés dans une plaine de l’oblast de Tver. Un périmètre de sécurité d’une quinzaine de kilomètres carrés a été mis en place par les services de sécurité du pays.

Ce genre de tir est aujourd’hui très très rare. L’un des plus célèbres eut lieu le 6 juin 1982 durant la guerre des Malouines. Les quatre occupants d’un hélicoptère Gazelle AH.1 de la British Army furent tués quand leur appareil fut abattu par la DCA embarquée à bord du destroyer britannique HMS Cardiff. Plus tard les radaristes de la marine britannique avouèrent qu’ils pensaient tirer sur un avion-cargo argentin.
Mais un jet de combat moderne abattant un autre jet de combat moderne en exercice, il faut reconnaitre que c’est assez inédit.

Photo © Keypublishing.

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13 COMMENTAIRES

  1. De mémoire c’est arrivé aux Forces d’Autodéfense Japonaises à l’entraînement il y a quelques années (un tir fratricide d’un F-15J vers un autre).

    Et en situation de combat réel c’est sans doute moins rare. P.ex. 2 hélicoptères US abattus par un F-15 de l’USAF pendant la guerre du Golfe en 1991.

  2. On ne tire pas à missiles réels lors d’un exercice avec des avions dans le coin. Les seuls moments où un missile est tiré c’est sur une cible télécommandée.

  3. Ça me rappelle un de nos mirage 2000 qui du esquiver un tir malencontreux depuis un Eurofighter…

    Dans le cas des russes il manque bcp bcp bcp d’informations, les pilotes se sont éjectés avant l’impact? Un seul missile tiré?

    (Quand on voit le jeux dangereux de certains pays genre Turquie/Grèce l’incident peut arriver tellement vite!! Si les systèmes basculés en « combats réels » ça peut vite surprendre…)

    Ce qui me fait le plus tiquer c’est « l’efficacité » des missiles russes… pas moyen de leurrer ou d’autodétruire le missile?

    • Les missiles russes sont sensibles aux contres-mesures comme les autres, mais ce n’est jamais garanti… Ce qui a dû se passer immédiatement après le départ du missile par « erreur », c’est que l’équipage a dû recevoir l’ordre de s’éjecter pour assurer leur survie, plutôt que de risquer un éventuel échec des contres-mesures. Ce ne sont que des suppositions bien-sûr, saura-t-on jamais la vérité ?
      Quand à l’autodestruction des missiles ordonnée par le tireur, ce n’est à ma connaissance pas possible, du moins pas air-air.

    • Oui mais les médias indépendants russes les plus sérieux continuent de parler d’un tir missile. Donc tant que Moscou jouera la lâche carte de la politique de l’autruche et cachera la vérité on oscillera entre les deux thèses. Je crois qu’on va pouvoir attendre un bon bout de temps.

  4. C’est un exercice russo-russe impliquant uniquement des avions russes sur le territoire Russe.Pourquoi en faire une histoire.Autant laisser les Russes régler ça entre eux.

    • Pour des raisons de transparence, même si ce concept choque souvent en Russie. Un tel accident est suffisamment rare dans l’aéronautique contemporaine pour qu’il interpelle. Vous ne croyez pas Marc ?

  5. Et bien en Russie les tests de missiles air -air ça rigole pas, c’est du sérieux !! Heureusement les pilotes sont sains et saufs. J’imagine la conversation entre l’équipage du su30 et du su35, il y aura quelques noms d’oiseaux échangés avant d’en finir aux mains : les fondamentaux du combat. Bien loin du BVR

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