C’est une étonnante volte-face en matière de doctrine d’emploi de l’arme aérienne en appui rapproché de la part de Moscou. La force aérienne russe a fait savoir ce mercredi 26 juin 2019 qu’elle travaillait actuellement sur la transformation d’un avion-cargo quadrimoteur Antonov An-12 afin d’en faire une canonnière volante. Pour autant le futur avion ne devrait pas être autre chose qu’un prototype préfigurant un avion capable d’entrer en service dans les cinq ou dix années à venir. Selon plusieurs experts l’Ilyushin Il-112 actuellement en développement serait plus adapté.

On remarquera tout de même que les ingénieurs russes ont su jouer de pragmatisme dans le choix de l’avion destiné à valider leur vision de la canonnière volante. L’Antonov An-12 était, rappelons-le, le concurrent soviétique du Lockheed C-130 Hercules américain. Or c’est ce dernier qui a servi à la mise au point de l’avion le plus abouti dans ce genre : l’AC-130 Spectre. Il est donc logique, en théorie, que le pendant ex-soviétique au Hercules donne naissance à la canonnière volante russe. En théorie seulement car non seulement les An-12 sont des avions vieillissants et usés mais en plus ils ont toujours été considérés comme inférieurs à leurs équivalents américains, même en URSS à l’époque.
Et dernier point notable les actuels relations russo-ukrainiennes ne permettent pas à Moscou de pouvoir compter sur l’assistance technique d’Antonov.

L’An-12 choisi a été prélevé sur les stocks de la force aérienne russe. Elle compterait actuellement encore entre quarante et soixante avions de ce type en état de vol. Par contre à la différence des avions de l’US Air Force comme les actuels AC-130U Spooky, et AC-130W Stinger II, et à fortiori les AC-130J Ghostrider le futur avion russe ne disposera pas d’un obusier aéroporté. Aucune «copie» locale du puissant M102 de 105mm n’est prévue à son bord, pas plus que de capacité l’emport et au tir de munitions de précisions. En tous cas pas dans l’aspect pour l’instant annoncé. En lieu et place deux canon-mitrailleurs multitubes de calibre 57mm, des armes sans doute très dévastatrices. Sans doute que les essais en vol démontreront les besoins pour un armement modifié, affiné, amélioré. Toujours est-il que désormais donc la Russie a changé son fusil d’épaule sur la question des canonnière volantes.

Car durant l’ère soviétique mais également jusqu’à très récemment la doctrine d’emploi de l’arme aérienne en Russie pour les missions d’appui rapproché était très différente. Elle ne s’appuyait sur des avions et des hélicoptères d’attaque type Sukhoi Su-25, Mil Mi-28, ou encore Kamov Ka-50. Un peu par contre-américanisme Moscou a souvent critiqué la conception et l’utilisation des canonnières volantes dont elle estimait le champ d’action trop restreint pour mériter de s’y intéressé. Visiblement ça a changé dans les bureaux ayant vues sur la Moskova.

Photo © ministère russe de la défense.

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8 COMMENTAIRES

  1. Je ne dit pas que ceux qui possède ce genre de GunShip sont des anges, mais une telle arme aux mains des Russes, ça risque de faire très mal…

  2. Connaissant les Russes on va pas tarder à trouver des douilles de 57 dans le Dombas… Par contre le cub ne paraît pas vraiment la meilleure solution, en effet, moteurs et hélices devront sûrement être changés de mêmes que les générateurs et l’avionique pour des opérations tout temps et de nuit !!!

  3. Je me sens novice en la matière, donc pardonnez ma question un peu naïve mais : Est ce que ce genre de véhicule (canonnière volante) a encore une utilité de nos jours ? Je veux dire, pour faire un usage de canon en CAS, il faut être a assez basse altitude, et j’ai peine a croire que de gros transporteurs reconvertis en canonnière de la sorte puisse avoir une utilisation tactique à l’ère des Stinger et autres manpad. Surtout que leur taille en ferait des cibles de choix. Déjà un A-10 ou un SU-25 me semblerait plus approprier. Je ne doute pas que ce genre de forteresse volante aie eu un impact pendant la guerre du Viet Nam, mais j’ai du mal a voir leur utilisation opérationnelle sur un théâtre d’opération du 21éme siècle.

    • Pour les FS uniquement je pense. Pour une guerre a grande échelle, ça n’a pas beaucoup de sens. Mais en temps qu’appuis au FS, là c’est autre chose et une telle plateforme est excellente.

  4. La vulnérabilité face au MANPADS est plus que prouvé. En Irak, un spectre s’étant attardé après le lever du soleil s’est fait abattre immédiatement…

  5. En irak face a des sa7 ? Les manpads de dernière génération ont un rayon d’action de 15000m, mais une altitude (plafond) de 5000 a 5500m pour les meilleurs… Or un AC130U a des systèmes de visées associés au cameras multi-spectre qui permettent d’attaquer au bofor a 25 000 pieds d’altitude… Alors oui ces engins sont utiles pour du soutien, anti insurrection, frappe de locaux ou véhicules, avec une puissance de feu énorme… En plus quels types d’appareils font de l’humanitaire, du transport et de l’EVASAN ???

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