Voilà un paradoxe bien français : se projeter sur la livraison d’aéronefs qui n’ont toujours pas été officiellement commandés. La Gendarmerie Nationale annonce qu’elle envisage désormais la livraisons des premiers de ses dix biturbines de dernière génération Airbus Helicopters H160 pour l’année 2023. Particularité notable le contrat ne sera pas signé avant plusieurs semaines, dans le courant du premier semestre 2021. À terme ces hélicoptères doivent permettre de remplacer les plus anciens des Aérospatiale AS.350B Écureuil actuellement en dotation.

Sur le papier pourtant l’Airbus Helicopters H160 n’a rien de l’hélicoptère idéal pour la Gendarmerie Nationale.
Bien plus gros que l’AS.350B Écureuil il l’est même par rapport aux Eurocopter EC135 et EC145 également en service dans les rangs des forces de l’ordre françaises. Tous trois embarquent donc moins de passagers que ce futur appareil. Dans le cadre du soutien au GIGN et aux autres formations d’intervention cela pourrait paraître idéal. Sauf qu’il n’en est rien. En fait les forces spéciales de la gendarmerie et de la police auraient plutôt besoin d’un hélicoptère plus lourd type Airbus Helicopters H215 ou H225 Super Puma Mk-2. Une telle machine pourrait accueillir entre 15 et 20 combattants avec éventuellement leurs chiens.
Prévu pour douze passagers en configuration d’affaire le H160 peinera à pouvoir emporter plus de passagers en configuration gendarmerie.

En fait la Gendarmerie Nationale n’avait initialement pas sollicité cet Airbus Helicopters H160. Beaucoup voyaient plutôt une nouvelle commande d’Airbus Helicopters H135 et H145, mais ça c’était avant. Avant le Covid19 ? Oui ou plus exactement avant le plan de relance de l’économie mis en place par Emmanuel Macron pour protéger l’industrie française suite à la pandémie. Les tenants du ministère de l’intérieur n’ont rien trouvé de plus malin que de s’y engouffrer pour annoncer l’achat de dix biturbines H160. Cet hélicoptère n’avait jamais été pensé par son constructeur comme une plateforme parapublique mais plus comme un hélicoptère civil haut de gamme.
D’autant que les futurs H160 de la Gendarmerie Nationale seront bien des hélicoptères civils, ils n’auront donc pas grand chose à voir avec les futurs H160M Guépard destinés aux militaires.

Dans quelques semaines donc le ministère de l’intérieur signera un gros chèque d’environ 200 millions d’euros avec Airbus Helicopters pour la fourniture de ces dix hélicoptères. Un appareil qui à bien y regarder sera trop petit pour assurer les missions spéciales et trop gros pour celles liées à la sécurité routière ou à l’assistance judiciaire. De plus rien ne dit que les H160 seront adaptés aux missions de sauvetage en haute montagne ou sur le littoral.
Honnêtement l’Airbus Helicopters H175 aurait été un choix plus judicieux, mais sans doute moins clinquant que le H160.

Photo © Airbus Helicopters.

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7 COMMENTAIRES

  1. Je ne voie pas pourquoi le H160 ne serait pas adapté au secours en haute montagne ou sur le littorale.
    Et pour les groupes d’intervention type GIGN, c’est toujours mieux que des Ecureil, ou des H135/145 voir même des Puma de l’armée, qui sont à peine plus gros et moins modernes.
    Quand aux équipements du H160M Guépard sont-ils vraiment utiles aux Gendarmes ?
    Les H160 de la gendarmerie seront certainement équipés des accessoires nécessaires, ( treuil, phares de recherche, ect … )
    Le H175 est assez peu employé dans le secteur public et para-public de par le monde. D’ailleurs, de façon générale, et je ne sais pour quelle raison, il ne rencontre par un succès foudroyant.
    La police allemande emploie des Superpuma et a recommandé des H215 récemment. .

  2. Il faudra aussi penser à pouvoir embarquer les futurs drones de la gendarmerie pour les rendre plus mobiles sur tout le territoire et outre-mer!

  3. Les équipages qui font du secours en montagne ont eu bien du mal avec les 135 et le fenestron moins efficace que l’anti-couple de l’Ecureuil et une masse importante derrière. C’est un des points faibles de ces machines surtout adaptées à de la croisière plus ou moins rapides. Souhaitons que ce 160 – très belle machine au demeurant – ait gommé cet aspect négatif.

    • Sans compter que globalement les hélicos à train rentrant sont moins à l’aise sur la neige que les hélicos à trains patins.

    • Un défaut du H145 était la faiblesse de son rotor anti-couple, sans fenestron.
      Or la version améliorée T2, présente un fenestron.
      Le SH09 conçu par Copter et racheté par Leonardo, et lui aussi destiné entre autre, au secours en montagne, est lui aussi équipé d’un fenestron.
      Donc je ne pense pas que cet équipement nuise au secours en montagne.
      Quand aux train rentrant, les italien utilisent des AW139 pour le secours en montagne, également dénués de patins. Donc est-ce un défaut ?
      Souvent les H145 ne se risquent pas à se poser sur la neige, malgré les patins, mais descendent les sauveteurs au treuil, tournent dans les airs pendant le conditionnement du blessé, et reviennent les récupérer au treuil.

  4. Je partage l’avis de l’auteur. Pourquoi l’Etat n’applique-t-il pas pour ses achats de voilures tournantes le même raisonnement que pour les ravitailleurs avec les quasi trentenaires mais pourtant bien fringants A330-200? À savoir sélectionner une plate-forme largement répandue et ultra éprouvée, pour bénéficier d’effets d’échelle (acquisition, rechanges, training), de l’expérience en service, de fonctions déjà développées et avionnées, etc. Le H145 semblait tout à fait pertinent pour la Gendarmerie. Tout comme pour le marché HIL d’ailleurs ou le H145M aurait été idéal, en le combinant avec quelques H215/H225. Au lieu de ça, on repart de zéro avec une machine plus lourde que la plupart de ses aînés retirés du service, plus complexe, plus technologique, plus « mondaine » et moins rustique. Les frais de développement et de mise en service vont forcément se « payer » sur le nombre d’unités in fine acquises.

    • L’A330 MRTT n’a pas été lancé par l’état mais par les constructeur Airbus.
      (D’ailleurs pour la petite histoire, c’est un A330-200 avec des ailes d’A340-600 ce qui est une grande raison de son succès)

      Il est vrai que le choix de l’H160 pour le programme HIL, a été une surprise, on s’attendait plutôt au H145;
      Mais ce dernier présentait deux inconvénients La marine souhaitait un appareil muni de trains à roues et non de patins, et il était un peu petit pour remplacer les Puma. Il est vrai que le spectre des appareils qu’il doit remplacer .est une gageure en soi, puisqu’il va de l’Ecureuil au Puma.
      Proposer un mixe de H145 et H215 n’aurait pas correspondu au concept du programme HIL .qui consistait à remplacer plusieurs appareils des trois armées (Terre, Marine et Aviation), par une seul model, pour bénéficier d’économies d’échelle à l’achat et surtout à l’entretien.
      De surcroît le fait que l’appareil est utilisé par l’état français va constituer une bonne carte de visite pour ce nouvel appareil.

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