En trois décennies l’hélicoptère de combat européen a passablement évolué. Le samedi 27 avril 1991 le prototype du futur Eurocopter Tigre réalisait son vol inaugural. Produit phare de ce nouvel hélicoptériste franco-allemand il était alors appelé à devenir le succès commercial… qu’il n’est pour l’instant toujours pas. Pourtant de l’avis de deux de ses quatre utilisateurs c’est un aéronef hors du commun.

Quand il réalise ce premier vol l’Eurocopter Tigre est une machine sur laquelle repose de grands espoirs d’un côté comme de l’autre du Rhin. Pour les Allemands il doit permettre de remplacer les M.B.B. Bö-105 de lutte antichar et pour les Français les Aérospatiale SA.342 Gazelle qui remplissent les mêmes missions ainsi que de la reconnaissance armée.
Surtout ce Tigre doit permettre aux deux pays de jouer dans la même cours que les États-Unis ou l’ex-Union Soviétique : celle des producteurs de véritables hélicoptères de combat.

Eurocopter Tigre HAP appartenant à l’Aviation Légère de l’Armée de Terre.

Industriellement et tactiquement le Tigre est donc alors un défi de premier plan. Il l’est aussi politiquement ! Grâce à lui la création de l’entreprise Eurocopter prend tout son sens. Finies les vieilles sociétés Aérospatiale et M.B.B. et bonjour un vrai industriel européen des voilures tournantes. Du succès ou de l’échec du Tigre dépendra l’avenir de cette nouvelle structure.
Et la réussite industrielle de l’hélicoptère de combat a été telle qu’Eurocopter s’est hissé rapidement dans le trio de tête des constructeurs d’hélicoptères dans le monde. Sauf que l’entreprise ne doit cela en rien à son Tigre mais à ses autres productions.

Car à vrai dire le Tigre est un quasi échec commercial. Hormis l’Allemagne et la France qui l’ont produites seuls l’Australie et l’Espagne l’ont acheté en série. Eurocopter avec lui a connu des revers en en Corée du sud, en Grande Bretagne, ou encore aux Pays-Bas. Et à chaque fois au profit du même hélicoptère : le McDonnell-Douglas AH-64 Apache. L’hélicoptère américain a évolué au cours des trente dernières années de manière à toujours se maintenir au top. Au grand dam du Tigre.
Quand Eurocopter a changé de raison sociale pour devenir Airbus Helicopters l’appareil n’a pas mieux marché à l’export. L’Inde et le Qatar lui ont préféré l’Apache.
Le plus grand affront au Tigre est probablement venu du Brésil qui a acheté des Mil Mi-35 russes bien plus rustiques.

Allemands, Australiens, Espagnols, et Français volent dessus en ce printemps 2021. Les deuxièmes d’ailleurs plus pour très longtemps car ils retirent du service leurs Tigre au profit d’Apache dernier cri. Et il se murmure de plus en plus que les Allemands pourraient les imiter d’ici quelques mois. Mais alors pourquoi un tel désamour pour ces deux pays ? Simplement parce qu’ils ont acheté le Tigre pour de mauvaises raisons et aussi parce que cet hélicoptère ne garantit en rien la protection américaine. Quand l’Allemagne (à l’époque de l’Ouest) commande le Tigre UHT c’est alors un hélicoptère de reconnaissance armée et de lutte antichar totalement adapté à la guerre froide et à un affrontement centre-Europe. Malheureusement l’Union Soviétique s’est effondrée avant même le premier vol du 27 avril 1991. L’Allemagne n’avait pas revu sa doctrine d’emploi des hélicoptères et le Tigre UHT devenait inutilisable. En fait c’est vingt ans plus tard qu’elle aurait du acheter ses hélicoptères, à un standard proche de ceux en service en France.
Dans le cas de l’Australie c’est sensiblement la même chose, avec en plus la dimension diplomatique auprès des États-Unis.

Face au risque de l’Apache en Allemagne Airbus Helicopters a actuellement un atout dans sa manche, la carte de la dernière chance : Le Tiger Mk-III destiné à l’export et tirant les enseignements des engagements militaires de l’appareil.
Car si les Allemands et Australiens sont critiques à son encontre les Espagnols et les Français lui tressent des couronnes de lauriers. Il faut dire qu’au sein de l’Armée de Terre il a démontré ses capacités. En Afghanistan d’abord où les 450 obus de son canon de 30mm ont fait des ravages contre les positions d’Al-Qaïda et des forces talibanes ; puis plus tard en Centrafrique où le seul son de ses rotors en approche faisait fuir les forces ennemies.
Mais c’est vraiment dans le Sahel, au sein de la force Barkhane que l’hélicoptère franco-allemand a pris tout son sens. Avec lui nos militaires ont enfin un véritable appareil de combat rapproché puissamment armé, bien équipé en avionique, et disposant d’une confortable autonomie.

Avec cette patrouille de Tigre de la Fuerza Aeromovile del Ejercito de Tierra on remarque les camos espagnols et français sont très proches.

Trente ans donc après son premier vol le Tigre reste plus que jamais un hélicoptère de combat efficace et totalement adapté aux besoins français. Il est juste dommage qu’il se vende si mal à l’étranger. Croisons les doigts pour que l’Airbus Helicopters Tiger Mk-III puisse d’ici quelques mois inverser cette tendance.
Malgré tout bon anniversaire au Tigre.

Photos © Bundeswehr, Ministerio de Defensa, et, Ministère des Armées.

Publicité

1 COMMENTAIRE

  1. J’ai recherché plusieurs d’informations et toutes s’accordent à dire que le Tigre à un coût d’achat plus élevé qu’un Apache. Pas étonnant que l’hélicoptère européen n’arrive pas à s’exporter. L’Apache est moins couteux, possède un emport d’armement plus important et c’est une valeur sûre à la réputation redoutable depuis plus de 30 ans.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom