Depuis 24 heures c’est la foire d’empoignes sur les réseaux sociaux et sur certains sites anglophones et francophone autour de cette nouvelle. Le nouveau gouvernement allemand aurait décidé de relancer le processus autour du remplacement à venir des Panavia Tornado IDS d’attaque au sol et des Tornado ECR de reconnaissance et de guerre électronique de la Luftwaffe. Un marché gagné en 2020 par Boeing mais qui n’a jamais satisfait les socio-démocrates et leurs alliés écologistes alors dans l’opposition allemande. Aujourd’hui arrivés aux affaires ils veulent plus de transparence, quitte à faire entrer le loup Lockheed-Martin dans la bergerie.

Les socio-démocrates et écologistes allemands sont souvent présentés comme ultra-européens et assez peu atlantistes. Ils seraient néanmoins favorables au Lockheed-Martin F-35A Lightning II au détriment du Boeing F/A-18E/F Super Hornet et de l’EA-18G Growler pourtant déclarés vainqueurs il y a près de deux ans ?
C’est loin d’être aussi binaire. Très loin même.

En fait la nouvelle ministre fédérale allemande de la défense, madame Christine Lambrecht, n’a jamais caché sa gène vis-à-vis du contrat signé avec Boeing. Seulement voilà elle était alors membre du gouvernement Merkel 4 comme ministre fédérale de la justice. Un poste d’union national qui lui interdisait clairement de s’opposer à cette décision aéronautique et militaire. Ayant succédé en décembre dernier à la chrétienne-démocrate Annegret Kramp-Karrenbauer au sein d’un gouvernement désormais marqué à gauche et dirigé par le chancelier Olaf Scholz elle peut mettre les pieds dans le plat. Et visiblement elle ne s’en est pas gênée.

Madame Lambrecht entend dénoncer le contrat autour des quarante-cinq Growler et Super Hornet. Mais la ministre sociale-démocrate compte bien faire cela proprement. Elle relance donc le programme visant au remplacement des Tornado ECR et IDS. D’autant qu’elle a le soutien du nouveau chancelier, lui aussi assez peu favorable à un tel contrat au profit d’un avionneur américain. En fait écologistes et socio-démocrates allemands ont toujours considéré que le contrat d’avril 2020 était opaque. Hors ils sont totalement versés dans une culture de transparence, bien plus que les chrétiens-démocrates.

Relancer le programme nécessite de demander aux avionneurs de présenter de nouveaux leurs avions. À ce jour trois sont clairement pressentis : Boeing avec les deux mêmes F/A-18E/F Super Hornet et EA-18G Growler, Lockheed-Martin avec son F-35A Lightning II, et Airbus DS avec le Typhoon Tranche 4. Des parlementaires écologistes et socio-démocrates seraient aussi favorables à la présence de Dassault Aviation et de son Rafale F4, mais cela reste encore assez marginal. Surtout le nom de l’avion français n’a jamais été prononcé par Christine Lambrecht à la différence du Typhoon Tranche 4.

En fait depuis une grosse journée tout le monde s’est focalisé sur le F-35A Lightning II alors même que le chancelier Scholz et sa ministre fédérale de la défense semblent bien plus intéressés par l’avion européen. L’Allemagne est partie prenante dans Airbus DS. Surtout Olaf Scholz est un fervent défenseur du programme franco-allemand SCAF, un futur avion qui prendrait à coup sûr du plomb dans l’aile si le Bundeswehr achetait le chasseur furtif américain.
Deux points cependant bloquent encore au niveau du Typhoon Tranche 4 (et aussi avouons-le du Rafale F4) sur l’armement et l’équipement. En premier lieu le chasseur multi-rôle européen demeure incapable d’emporter et de tirer la bombe nucléaire B61-12, au cœur de la dissuasion allemande au sein de l’OTAN. En second lieu c’est la mission de guerre électronique qui n’est vraiment pas sa spécialité. Le Rafale pourrait ici tirer éventuellement son épingle du jeu même si l’avion français n’est pas aussi adapté qu’un EA-18G Growler. Ce qui est rassurant c’est que c’est une mission dans laquelle le F-35A n’est pas du tout à l’aise, n’ayant jamais été conçu comme tel !

Verrons-nous donc d’ici quelques années des F-35A Lightning II sous couleurs allemandes ? Rien ne le dit. Bon par contre il n’est pas plus sûr que les F/A-18E/F Super Hornet et EA-18G Growler réussissent à voler prochainement sous la balkenkreuz.
Affaire donc à suivre.

Photo © US Air Force

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7 COMMENTAIRES

  1. En fait, la véritable « arme » contre quelques pays principaux de l’OTAN (hormis la France) est cette bombe B61 dont l’intérêt opérationnel est discutable depuis qu’il y a des missiles nucléaires tactiques

  2. Je trouve qu’il est assez pertinent de remplacer un Tornado IDS par un F35A (beaucoup plus que pour le F16).. Après le F/A-18SH est hélas en fin d’évolution. Il n’y aura pas de Block4 (pour le moment, sauf si l’US Navy de lui trouve pas de remplaçant). Et surtout pas de B61 pour lui.. Ça sera un choix vraiment politique

  3. Pour l’EF2000, j’avais vu un doc de présentation d’Airbus DS sur une version SEAD, mais entre la réalisation de cette version (qui pourrait peut être dans une moindre mesure intéresser les partenaires de l’Allemagne utilisateurs du Typhoon) et le délai de qualification de l’avion pour l’emport de la B-61 (avec la priorité donnée aux chasseurs US), les Tornado seraient sûrement à bout de souffle ?
    Sait-on aussi pourquoi cette qualification n’a pas été demandée par le consortium Eurofighter (avant Airbus DS donc) ou par les politiques des différents pays partenaires (même si à la base l’avion devait être un intercepteur) ?

    Du Typhoon serait en tout cas une meilleure nouvelle pour le programme du SCAF et plus précisément du NGF 🙂

    • Tout simplement parce que les autres partenaires EF n’en ont pas besoin eux.
      Les anglais et les italiens ont le F35 et les espagnols ne sont pas concernés par cette histoire de B61 (même pas sûr que les italiens le soient non plus).
      Sur l’EF quand on voit le bordel pour se mettre d’accord pour développer un radar AESA où tout le monde était d’accord sur le besoin opérationnel mais personne sur la répartition industrielle, il ne faut pas s’étonner que le besoin d’un seul pays n’ait pas été pris en compte plus tôt.

      Quant à intéresser d’autres pays sur une version « Growler » de l’EF (ou du Rafale d’ailleurs) permettez moi de rester extrêmement sceptique. Je vous rappelle que les américains n’emploient le Growler que pour accompagner le F18 et uniquement lui. C’est un pur choix de l’US Navy.
      L’alternative est d’embarquer une suite de guerre électronique avec des capacités toujours plus élaborées plutôt qu’un appareil dédié.

      C’est un problème purement allemand et qui n’aura pas d’impact sur le SCAF sauf choix du F35.

  4. Est ce un moyen de faire pression sur Dassault en agitant la possibilité d’acheter du f35?? On sait que les négociations sont âpre en ce moment dans les relations franco allemand sur le futur avion européens. J’y vois peut être une forme de chantage de la part des allemands pour tordre le bras à Dassault qui résiste à partager ses savoirs.

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