À bien des égards la guerre menée en Ukraine par la Russie va laisser des traces chez les forces armées et aériennes de cette dernière. Outre les aspects air-air déjà abordés dans nos pages l’un des enseignements les plus impressionnants est la totale incapacité de l’aviation russe à opérer dans un contexte de guerre de haute intensité. Quatre-vingts jours après son déclenchement celle-ci s’enlise de plus en plus et désormais la chasse russe va devoir basculer dans un schéma de longue intensité. Y est t-elle prête ?

Lors des premiers jours de «l’opération spéciale» menée par la Russie sur ordre du dictateur Vladimir Poutine beaucoup croyaient que l’aviation russe allait rapidement régler son compte aux forces ukrainiennes. Nous en faisons parties. Ils avaient tort, donc nous aussi. À la surprise générale les formations d’avions d’attaque Sukhoi Su-24 Fencer et Su-25 Frogfoot, bientôt remplacées par celles évoluant sur Su-34 Fullback, furent incapables de frapper efficacement les implantations militaires ukrainiennes.
Cette Russie que l’on avait pris à tort pour une super puissance se révélait au final n’être qu’une puissance régionale à l’efficacité tactique limitée et contestable. Ses missiles de croisière ne réussirent jamais à détruire l’intégralité des bases aériennes ukrainiennes. Pis Kiev disposait toujours d’une aviation de chasse une semaine après le début des raids aériens russes. En fait elle la possède encore aujourd’hui.

La doctrine d’emploi de l’aviation en Russie reposait sur celle de l’Union Soviétique, à savoir une évolution de ce qui se faisait durant la Seconde Guerre mondiale : une aviation appuyant l’avancée des troupes mécanisées au sol.
Face à une DCA ukrainienne forte et donc non détruite par les troupes russes Moscou fut dans l’incapacité totale d’organiser des opérations de parachutages massifs de troupes aéroportées. Ce qui ralentit encore un peu plus la progression de son armée et permit aux Ukrainiens de se repositionner.

Dans le même temps Moscou avait sous-évalué la capacité de résistance des forces ukrainiennes, aussi bien sur le plan tactique que morale. Dans ce second cas Vladimir Poutine espérait que les généraux ukrainiens renversent le pouvoir politique du président Volodymir Zelenski et mettent en place un régime autocratique à sa botte. Il s’est bien planté ! Car hormis quelques rares vieux généraux la majorité des officiers ukrainiens sont demeurés fidèles à la démocratie et au souverainisme de l’élection. Ils ont majoritairement fait blocs derrière Zelensky allant même jusqu’à le renforcer politiquement et diplomatiquement.
La sous-estimation poutinienne de la résistance tactique ukrainienne vient du fait que le dictateur russe n’a jamais cru que l’OTAN et l’Union Européenne ne viendrait à ce point en aide militairement à Zelensky et à ses troupes.

Après 80 jours de guerre plus personne ne peut parler avec décence de conflit de haute intensité. Plus personne surtout ne peut y croire. L’aviation russe et son armée ont donc échoué ! Les raids aériens contre des positions ouvertement civiles et dénuées de tout intérêt militaire montrent même à quel point les dirigeants des forces aériennes russes sont au courant de leur plantage.
Et surtout désormais chacun sait que cette guerre s’enlise et va se transformer en bourbier digne du Vietnam pour les Américains ou de l’Afghanistan pour les Soviétiques. La Russie entre donc désormais dans un conflit de longue intensité ! Et la question est de savoir jusqu’où son aviation de combat pourra suivre les ordres ?

Alors une telle guerre c’est quoi pour des pilotes de chasse ? La longue intensité nécessite des pilotes et équipages capables de tenir un théâtre d’opérations sur une durée très importante. C’est pourquoi on parle de longue endurance.
Cela implique un moral d’acier de la part des combattants, y compris ceux se trouvant dans un poste de pilotage. Et là-dessus les quelques rapports et expertises qui parviennent jusqu’en Europe ne semblent pas aller dans le sens de Moscou. Les soldats et officiers russes ont le moral dans les chaussettes et commencent à comprendre qu’on leur a menti, qu’ils n’affrontent nullement des «néonazis» mais ne font finalement que défendre leur pays, la terre de leurs ancêtres. Ensuite la longue endurance nécessite que la force qui la mène dispose en quantité de ce qui est nécessaire à un avion de combat : du carburant et des munitions. La Russie étant à la fois productrice de pétrole et développeuse d’armes cela ne devrait théoriquement pas poser de problème. Enfin une longue endurance nécessite que l’on coupe les chaînes d’approvisionnement en armement de l’ennemi, et là Moscou est vraiment dans la panade car ne pouvant pas maîtriser l’intégralité de l’espace aérien ukrainien elle ne peut pas interdire les convois ferroviaires en provenance de Pologne ou de Roumanie d’apporter les armes, munitions, et équipements en provenance des pays de l’OTAN.

Les « chasseurs purs » ont t-ils encore leur place au-dessus de l’Ukraine ?

La guerre de longue endurance pour l’aviation militaire russe va se traduire par plus de frappes aériennes sur des cibles civiles, présentées comme hautement militaires par la propagande du Kremlin. Les Sukhoi Su-34 Fullback vont donc continuer de bombarder les écoles, les jardins, les salles de cinéma, ou encore les squares en espérant tuer le maximum de «néonazis». La longue endurance ne risque t-elle pas d’affaiblir un peu plus cet avion sur le marché international ? Sans doute, en tous cas l’avenir nous le dira très vite.

Photos © ministère russe de la défense.

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24 COMMENTAIRES

  1. Je pense que vous devriez rester dans votre domaine de compétences, et le sujet de ce site, c’est à dire l’aviation. Cessez les dérives politiques, géostratégiques et autres sujets que vous ne maîtrisez visiblement pas. D’autant que ça nuit à la neutralité politique qu’est sensée porter un site comme celui-ci.

    • La neutralité vis-à-vis de la dictature de Vladimir Poutine ? Et puis quoi encore.
      Pour le reste merci Sylvain pour vos encouragements à poursuivre dans ce sens. Ça nous fait chaud au cœur de savoir que vous appréciez tant notre petit travail.

    • De quelle dérives politiques parlez-vous ?

      La Russie maitrise-t-elle le ciel ? NON
      L’armée rouge avance-t-elle à Karkhiv ? NON
      Son offensive dans le Dombass se passe-t-elle bien ? NON.

      Les faits sont là, ne vous en déplaise. L’Ukraine et sa maigre aviation tient tête au « géant » russe et à ses armes de « hautes technologies ».

  2. Merci pour cet article Arnaud.

    Tout est dit. A malin, malin et demi.
    Poutine est tombé sur un os.

    Bien pris, qui croyait prendre.
    Bien sûr que les Ukrainiens payent un lourd tribu à cette guerre, mais ils s’en sortiront.

    Du grillage et des barbelés de la Finlande à la Roumanie, tant que Poutine est au pouvoir.

    Dommage pour son peuple. Il mérite un nouveau rideau de fer, lui, et la bande de voyous qui l’entourent.

  3. Bien envoyé Arnaud, l’armée russe qui reste l’Ennemi revé par tous les états majors occidentaux, s’avère être un tigre de papier. Le retour d’expérience de ce conflit entre une doctrine de moyens conventionnels offensifs versus une doctrine defensive armée avec de la tech métrique renseignée par les satellites et les drones va donner à l’évidence un coup de pied au paradigme des gros budgets et de la haute intensité.

  4. Les sujets de la qualité du matériel, de la doctrine d’emploi, du moral on déjà été abordés. La capacité à tenir dans la durée est une question importante aux vues des évolutions récentes.

    Un aspect difficile à aborder à cause du manque d’information fiable concernant la quantité d’aéronefs, de pilotes, de mécaniciens et de pièces de rechanges disponibles. Car pour la longue intensité il faut tout cela en nombre.
    Il ne faut pas oublier non plus que la Russie ne peut pas trop se découvrir sur ses autres frontières. En cas de trop grande faiblesse la Géorgie pourrait vouloir récupérer les territoires perdus il y a quelques années par exemple.

    • Si vous ne pouvez absolument pas vous empêcher de troller, faites-le intelligemment au moins. La photo provient du site d’information du ministère russe de la défense.
      M’est d’avis qu’ils ne vont pas utiliser des images venant d’un bête jeu vidéo.
      On n’a vraiment pas la crème des trolls en ce moment.

      • Malheureusement Arnaud, Fabien a raison. Il ne s’agit pas d’une photo mais bien d’une image 3D. On le voit au crénelage sur les formes de l’avion mais également au niveau des polygones des nuages sous le Su-27 11 Rouge.
        Ce n’est pas la première fois que le MinDef russe utilise des images de jeux vidéos (Xavier Tytelman en parle d’ailleurs dans l’une de ses vidéos), exemple à l’appui.

        Après, s’agissant d’une image d’illustration pour l’article, ce n’est pas vraiment important.

  5. longue durée? vu le matériel occidental qui arrive et qui va bientôt arriver, je suis pas sur que ça va durer encore longtemps. et cela ne m étonnerais pas non plus que des pilotes ukrainiens ainsi que du personnel s entraine déja sur des avions bien de chez nous. préparons nous a voir dans le ciel ukrainien quelques F16 MLU avec un beau bariolage bleu. d ici quelques mois.

  6. Le pouvoir russe ne doit pas avoir une totale confiance en ses pilotes. Sinon, pourquoi pas de parade aérienne lors du défilé du 9 mai ? S’il est facile de ne pas donner de munitions au troupes qui défilent au sol, il est par contre plus compliqué de contrôler les actions d’un pilote dont l’avion, même désarmé, peut devenir une bombe contre une tribune. L’avenir nous le dira… peut-être.

  7. Arnold c’est peine perdue. Arrêtez votre propagande. Azovstal vient d’être libéré. Les ukronazis, ces invincibles « heroes », sont faits comme des rats. Ces anti-héros sont émaciés, en lambeaux, affamés et d’un spectacle pitoyable.
    Marioupol est entièrement libéré. Maintenant cap sur Odessa où l’armée russe vient d’ attaquer les installations de défense ukrainiennes. Entre-temps, 11 soldats de la 25e brigade aéroportée et 17 de la 54e brigade mécanisée des Forces armées ukrainiennes ont volontairement déposé les armes et sont passés du côté des russes. Signes avant coureurs du début d’une reddition massive. Rien n’arrêtera le bulldozer russe surtout pas vos mensonges.

    • Désolé mais même si le sujet est grave et malgré la barbarie russe et l’inhumanité des troupes de Moscou j’ai ri en lisant votre prose.

  8. Cher Arnaud, un grand merci pour ce site si passionnant pour les fanas que nous sommes! Je soutien votre engagement, et j’admire aussi la résistance eroique ukrainienne ! Cependant, j’en profite pour émettre un avis d’amateur sans prétentions, ou plutôt un sentiment : il est peut être dangereux de vendre trop tot la peau d’un ours acculé au profit de l’OTAN. Poutine a encore des cartes en main: il a la possibilité de neutraliser des satellites, couper des cables et brouiller les ondes. Que ferions nous si nos technologies modernes devenaient inopérantes? Par ailleurs, cette guerre nous démontre une fois de plus après le Vietnam, l’Iraq est l’Afghanistan, qu’une armée aussi puissante soit elle se heurte inexorablement à des hommes qui se battent avec leurs tripes pour leur survie.

    • La guerre du Viet-Nam (celle qui s’était terminée en 1975) n’est pas du tout comparable. C’était une guerre entre 2 pays, le Nord et le Sud du Viet-Nam, semblable à celle entre les 2 Corée
      Désolé Arnaud pour ce hors sujet

  9. Vous êtes fou, mon pauvre ami !!

    Nous serions encore sous le 3eme Reich, vous auriez fait un beau collabo.

    Désolé, j’aime pas votre prose pro-russe. J’aime pas les communistes, les Stalinistes et les Poutinistes.

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