Cet avion de collection est la propriété de l’ophtalmologiste néo-zélandais Mike O’Rourke, qui en est également le pilote attitré. Sous l’immatriculation civile ZK-YKB un chasseur monomoteur Yakovlev Yak-7B reconstruit a volé pour la première fois la semaine dernière. C’est la société JEM Aviation de Blenheim en Nouvelle-Zélande qui s’est chargé du chantier. L’avion a été repeint aux couleurs du Normandie Niemen, la légendaire unité de chasse des Forces Aériennes Françaises Libres partie combattre la Luftwaffe en URSS durant la Seconde Guerre mondiale.
Même aux antipodes le Normandie Niemen est mythique. Et les équipes de JEM Aviation ont fait un travail de peinture remarquable sur cet avion. Il ne manque rien. Du schéma de camouflage, à l’empennage et la casserole d’hélice tricolores, en passant par la croix de Lorraine ce Yak-7B a tout d’un vrai fraichement revenu d’Union Soviétique en 1945. Ce que factuellement il n’a jamais été !
Et oui ce Yak-7B n’est pas un vrai Yak-7B.
À l’origine c’est un Let C-11, la copie sous licence tchécoslovaque de l’avion d’entraînement Yak-11 Moose, employé dans les années 1950 par l’Al Qūwāt Al Gawīyä Al Maṣrīya. Rapporté d’Égypte au début des années 1980 par Alain Capel et Jean Salis il passe par la Ferté Alais avant de se retrouver aux États-Unis. Là il perd son moteur soviétique Shvetsov ASh-21 à sept cylindres en étoile au profit d’un Allison V-1710 américain à douze cylindres en V. Juste pour celles et ceux qui ne le sauraient pas c’est le moteur de chasseurs aussi légendaires que les Bell P-39 Airacobra, Curtiss P-40 Warhawk, et North American P-51 Mustang. Excusez du peu. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique que le Let C-11 devient officiellement un Yak-7B. Il vole alors sous une livrée soviétique fantoche à dominante blanche et sous l’immatriculation américaine N7YK.
Le 8 juin 2009 l’avion est fortement endommagé au retour d’un vol d’entraînement, en vue d’un meeting aérien, sur l’aérodrome de Culpeper dans l’état de Virginie. Immobilisé durant un an et demi il retrouve un peu de son jus grâce au travail de son propriétaire de l’époque.
Dix ans plus tard Mike O’Rourke en fait l’acquisition et le fait transférer en Nouvelle-Zélande. Le chantier de remise en état de l’avion et sa transformation en chasseur du Normandie Niemen prendra un peu plus de temps que prévu. Arrivée en Océanie en 2019 l’avion subit de plein fouet la crise pandémique du Covid-19 durant les années 2020 et 2021. Les équipes de JEM Aviation ne baissent cependant pas les bras.
Le mois dernier l’avion réalise ses premiers essais de roulage depuis l’aérodrome Omaka de Blenheim. Tout se passe comme sur des roulettes. Si bien que ce jeudi 26 mars 2026 au matin le Yakovlev Yak-7B immatriculé ZK-YKB a réalisé son premier vol. Et l’avion, frappé du marquage «experimental» sur sa verrière a parfaitement répondu aux attentes des équipes de JEM Aviation. Un second vol a été planifié ce dimanche 29 mars et s’est lui aussi déroulé sans le moindre accroc.
Les aérophiles néo-zélandais vont donc bientôt pouvoir découvrir ou redécouvrir la formidable épopée du Normandie Niemen. Un petit coin de Forces Aériennes Françaises Libres au pays des All Blacks et des Black Ferns.
Photos © JEM Aviation
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3 réponses
Que voit on sous le ventre de l’avion?
Superbes photos, n’ayant vu que les noires et blancs, je suis surpris du camouflage très clair.
Sous le ventre de l’avion c’est souvent un radiateur pour refroidir le liquide ou l’huile du moteur. Mais il ne ressemble pas trop aux vrais qu’avaient les authentiques Yak-7B. Et sur le Let C-11 il n’y a rien à ce niveau là.
Passer d’un moteur en étoiles à un moteur longitudinal : les modifications faites sur le châssis avant ont dû être un vrai casse-tête ! Avec certainement un changement du centre gravité et un pilotage plus compliqué. Il fallait oser : chapeau !