L’armée portugaise, l’Exército Português dans la langue de Luís de Camões, est une des plus vieilles d’Europe puisqu’elle remonte à la fin du XIIème siècle. Son élément aérien est lui bien évidemment nettement plus récent ayant été fondé en 2000 ; et pourtant c’est seulement cette semaine qu’il a reçu le tout premier hélicoptère de son histoire ! Racheté au contractor américain Sahar Group ce Sikorsky UH-60L Blackhawk est le premier d’un lot de quatre qui doivent être livrés d’ici l’été prochain. L’Unidade de Aviação Ligeira do Exército va enfin pouvoir voler de ses propres ailes.

L’histoire des aéronefs au sein de l’Exército Português a toujours été chaotique ; pour ne pas écrire autre chose. L’armée portugaise a bien eu recours dans les années 1950-1960 à une poignée d’avions d’observation Piper L-21 Super Cub mais ceux-ci ne relevaient pas d’un élément aérien et dépendaient en fait de l’artillerie pour le compte de laquelle les pilotes relevaient les positions ennemies. Un peu comme ce que faisaient les premiers pilotes de vieux coucous en 14/18…
Plus tard dans les années 1980 des officiers de l’armée ont bien appris à voler sur hélicoptères Aérospatiale SA.316B Alouette III mais ces monoturbines portaient les marquages de la Força Aérea Portuguesa à laquelle ils appartenaient. Et celle-ci ne voulait pas céder ses hélicos d’origine française.
En 2000 donc enfin Lisbonne se dote d’un élément aérien de l’armée, l’Unidade de Aviação Ligeira do Exército ou UALE. Certains rêvent alors d’une entité copiée sur l’Aviation Légère de l’Armée de Terre en France ou sur les Fuerzas Aeromóviles del Ejército de Tierra en Espagne mais en plus réduite. Une lettre d’intentions est même signée entre l’état-major de l’Exército Português et l’hélicoptériste franco-allemand Eurocopter autour de la future vente de seize hélicoptères dernier cri. Il s’agit alors de six EC-635 de reconnaissance armée et de lutte antichar ainsi que de dix NH-90TTH de transport d’assaut et de recherches sauvetages au combat. Il se dit alors même que les Portugais lorgnent sur l’EC-725 Caracal dont ils pourraient commander trois à quatre exemplaires. Et puis… plus rien.
En 2010 la bulle économique portugaise a éclaté et le pays a nettement moins les moyens de ses ambitions militaires. L’UALE retourne dans les limbes, les lettres d’intentions demeurent lettres mortes.
Douze ans plus tard, en 2022, enfin des crédits arrivent. Inutile cependant de trop rêver car la crise du Covid-19 est passée par là. L’Unidade de Aviação Ligeira do Exército a juste les moyens de s’acheter quelques hélicoptères, sans doute de seconde main. Ses officiers se mettent alors en quête de la machine idoine. On parle un temps de racheter des EC-725 Caracal d’occasion auprès de l’Armée de l’Air et de l’Espace mais le contrat ne se fait pas car les militaires français ont bien trop besoin de leurs appareils. Alors outre-Atlantique un hélico devient évident : le Blackhawk ! Ça tombe bien la Força Aérea Portuguesa l’a aussi choisi aux travers de l’UH-60A destiné à la lutte anti-incendie.
L’Exército Português a plus d’ambition voulant des Blackhawk à la fois de transport d’assaut et de service public. Ce sera donc l’UH-60L, racheté de seconde main auprès du contractor floridien Sahar Group.

C’est à bord d’un Embraer C-390 Millennium de la Força Aérea Portuguesa qu’il y a trois jours, mardi 27 octobre 2026 l’Exército Português a réceptionné le tout premier hélicoptère de son histoire. Un jour à forcément marquer d’une pierre blanche pour elle. L’hélicoptère biturbine a traversé l’Atlantique nord de cette manière. Si on excepte son immatriculation civile américaine N106SG le Sikorsky UH-60L Blackhawk porte déjà ses marquages de nationalité du Portugal. L’Unidade de Aviação Ligeira do Exército est (enfin) devenue une réalité.
Que de chemin parcouru…
Affaire à suivre.
Photos © Exército Português
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.












