En Allemagne le Lockheed-Martin F-35A Lightning II joue au ni oui ni non.

Tout est partie d’une dépêche de la très sérieuse agence de presse britannique Reuters, publiée ce jeudi 19 février au matin. Selon elle Berlin et Lockheed-Martin négocieraient en secret l’acquisition de chasseurs F-35A Lightning II supplémentaires, afin d’en finir avec le partenariat SCAF noué avec les Français et les Espagnols. Quelques heures plus tard la diplomatie allemande réagissait en affirmant que cette info était fausse et qu’aucun pourparlers n’avait lieu en ce sens. Le moins qu’on puisse dire c’est que le cas du chasseur furtif américain tend considérablement les relations entre l’Allemagne et ses partenaires européens.

Quelle matinée sur le plan aéronautique !!! Si Reuters avait choisi de faire le buzz autour du Lockheed-Martin F-35A Lightning II c’est réussi. Par contre si elle voulait montrer que sur les questions aéronautiques et défenses elle était au top du top c’est un peu raté. D’ailleurs ni l’Agence France Presse ni Associated Press, les deux autres agences de classe mondiale, n’ont repris son information sur les prétendues négociations secrètes américano-allemandes.
La dépêche en question disait, je cite : «L’acquisition de nouveaux F-35 permettrait à l’Allemagne de gagner du temps pour trouver une solution afin du développement d’un chasseur de 6ème génération tout en identifiant un partenaire pour ce projet». C’est clair que ça n’a pas du plaire en Espagne et en France et que les téléphones (encryptés) ont dû sonner à Berlin.

La réponse du berger à la bergère, entendez par là de la diplomatie allemande ne s’est pas faite attendre. En début d’après midi le cabinet du chancelier Merz faisait publier une réponse cinglante aux informations données par Reuters. Elle disait, je cite : «Il n’y a aucun plan et surtout il n’y a pas de décision !». Malgré cela la toile anglophone, francophone, et germanophone s’est vite embrasée certains y voyant une décision officielle de Berlin de sortir du SCAF alors même qu’Allemands et Français ont annoncé en janvier se donner jusqu’à l’automne pour tenter de dénouer la situation très tendue entre Airbus Defence et Dassault Aviation sur les rôles des uns et des autres dans le programme.

Rappelons que l’Allemagne a bel et bien commandé des Lockheed-Martin F-35A Lightning II, afin de remplacer des Panavia Tornado IDS qui auraient parfaitement pu l’être par des Eurofighter EF-2000 Typhoon Tranche 4. En fait le chasseur américain permet aux Allemands de continuer de jouir des bombes nucléaires B61 octroyées par Washington DC. C’est cette acquisition et les dissensions Airbus Defence / Dassault Aviation qui ont relancé l’idée que l’Allemagne chercherait à saboter le SCAF. Ça et, en France, un vieux sentiment germanophobe bien pourrave et n’ayant plus aucun sens ; la Seconde Guerre mondiale est terminée depuis plus de 80 ans et l’Alsace Lorraine sont revenues dans le giron tricolore depuis plus d’un siècle.

Affaire à suivre.

Photo © US Air Force


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

7 réponses

  1. De base le SCAF aurait dû se faire avec les anglais mais comme ces derniers sont sortis de l’union européenne c’est avec l’Allemagne que nous nous sommes retrouvés. C’est une décision politique et non stratégique. A partir de là c’était déjà mal parti dès le départ.

    1. Les anglais étaient et (sont encore je crois) liés aux américains sur le sujet de furtivité, ce qui ne convenait pas à la France, c’était l’une des raisons qui ont fait capoté le FCAS, nom du projet de l’époque.
      Vus les besoins de la France, chasseur multirôles, avec une version navale, il faudrait trouver un ou des partenaires qui ont ces mêmes besoins, suivez mon regard 🙂

  2. L’Allemagne, au-delà des discussions sur la répartition des tâches, n’en a jamais vraiment voulu. Une partie du problème, c’est que beaucoup de pays européens n’ont toujours pas compris (ou font semblant de ne pas l’avoir compris, pour ne pas avoir à en assumer les conséquences) qu’il n’y a plus rien à attendre des « alliés » américains, Trump ou pas, en matière de défense, mis à part la fourniture de matériel, et à un prix pas particulièrement amical en plus .
    Il n’y a qu’à voir le « lâche soulagement » de certains après le discours de Rubio à Munich. Personne, même pas ceux qui ont plus que des doutes sur la fiabilité des USA, n’a osé lui répondre que changer de discours par opportunisme ne suffira pas à rétablir une confiance qu’ils ont mis tant d’entrain à détruire ; que, comme en amour, il n’y a que les preuves qui comptent, et que les USA n’en ont fournies aucune depuis plus de 15 ans. Et pourtant, mettre les pieds dans le plat aurait sans doute obligé chacun à clarifier vraiment sa position.

  3. Bonjour a tous et toutes,

    Sur le SCAF, le problème est que la France (Dassault-Safran) veulent être la tête (cerveau) laissant aux partenaires la construction des éléments de la queue et de quelques éléments de structure.

    Politiquement, la France ne sait pas ce que veut dire compromis, pas plus qu’économiquement, dans le militaire, elle ne sait pas donner des éléments de participation qualitatifs.
    Pourtant pour vendre plus de 150 Rafales avec l’Inde elle a du partager du logiciel, de la technologie qui pour que l’Inde disposera de son armement « made in India », voir nucléarisé quelques Rafales marine, pour la deuxième chaîne de production Rafale.
    Tout comme pour les SU-30MKI la Russie a du donner lâcher du lest technologique, ce qui a permis le montage d’un missile anglais sur du matériel russe de pointe avec des liaisons de données dirigée par le radar et le système de protection.

    Bon vol.
    Leptilulu

    1. « Sur le SCAF, le problème est que la France (Dassault-Safran) veulent être la tête (cerveau) laissant aux partenaires la construction des éléments de la queue et de quelques éléments de structure. »
      Je ne suis pas d’accord,
      Safran s’entend bien avec MTU sur la motorisation.
      Pour Dassault, il s’agit de la composante NGF du SCAF où Dassault demande d’avoir la majorité (51%) pour pouvoir avancer sereinement sans trop perte de temps, ce n’est que la traduction de « Leader » dans cet item!
      Il est rappelé que Airbus est leader sur les autres items du SCAF.

    2. Tout comme James, je ne suis pas d’accord non plus…
      Au départ, le SCAF est uniquement franco-allemand, partenariat Dassault-Aviation avec Airbus. 3 composantes principales:
      Le NGF, l’avion, avec un leadership clair accordé à Dassault Aviation.
      Le Cloud de combat, avec un leadership Airbus
      Le(s) drones associés, avec le leadership accordé aussi à Airbus.
      Un petit rappel en passant: l’Allemagne a aussi un large leadership pour le MGBT (Main Ground Battle Tank) devant remplacer leurs Leopard II et nos Leclerc dans le cadre d’une coopération germano-française (en train de capoter elle aussi). Et je me tairait pour le MAWS, coopération aussi franco-germanique poignardée dans le dos par l’Allemagne.

      Et là, Airbus DE nous la fait vraiment à l’envers en intégrant/imposant Airbus Espagne dans le NGF. Chaque nation participante jouissant d’une voix pleine, Dassault Aviation s’est retrouvé de facto mis en minorité, ne disposant que d’une seule voix contre les deux d’Airbus…

      Factuellement les compromis acceptés par la France ont donné la part belle à l’Allemagne à notre détriment, et l’Allemagne en veut toujours plus et d’une manière tout fait déloyale. Et c’est la France qui ne sait pas ce que veut dire compromis?
      Pour l’industrie européenne, comme l’a précisé Arnaud, l’Allemagne pouvait commander des EF2000 T4 (ou quelques Rafale, je suis taquin) pour remplacer les Tornado… Chacun fera la conclusion qu’il voudra. Je ne suis pas germanophobe, mais je ne suis pas aveugle, et aussi du côté de bien des économistes qui savent que l’Allemagne fait preuve d’une politique inamicale vis à vis de la France depuis des décennies, que d’aucuns qualifieraient de vraie guerre économique…

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