Voilà plusieurs semaines que nos aviateurs et aviatrices de la mission Pégase 2026 ont prit l’air. Au terme de ce long périple il nous est désormais possible de revenir sur les principaux enseignements de cette opération. Cette septième édition du déploiement aérien de longue portée de l’Armée de l’Air et de l’Espace mobilisait quatre Rafale F4, trois A330 MRTT Phénix et deux A400M Atlas. Au-delà des escales et des rencontres avec les forces aériennes étrangères, nous souhaitons vos proposer aujourd’hui un premier bilan de cette édition 2026.
Car c’est d’abord, vous conviendrez, un fait. Cette mission constitue un exercice grandeur nature pour une aviation militaire qui entend prouver et conserver sa capacité à intervenir loin de ses bases.
Une nouvelle route vers le Pacifique
L’une des particularités de Pégase 2026 réside dans son itinéraire. Pour rejoindre l’Indopacifique, nos aviateurs ont empruntés une route passant par le Groenland et le Canada avant de rejoindre l’Alaska. Ce détour par les hautes latitudes ouvre une voie de projection différente vers le Pacifique et permet de travailler dans un environnement particulièrement exigeant.
A priori en pensant le Grand Nord nous autres pensons d’abord au froid et aux contraintes que cela impose aux équipages. Mais les décideurs et leurs aviateurs ce tracer nécessite de prendre en compte les distances importantes entre les terrains utilisables et les possibilités limitées de déroutement en cas de pépin sur le trajet pour l’un des équipages où de leur machine. Car, le premier segment de la mission représentait ainsi environ onze heures de vol, une durée qui met autant à l’épreuve les personnels que les machines.
L’arrivée en Alaska a également offert aux pilotes français la possibilité de s’entraîner dans de vastes espaces aériens, avec des séquences de combat aérien et de ravitaillement en vol. Les Rafale ont notamment évolué dans un environnement où opèrent des chasseurs américains F-22 Raptor (qu’ils côtoient moins au quotidien) et F-35A Lightning II (qu’ils côtoient de plus en plus).

Cette nouvelle route permet d’entretenir la capacité à déplacer une force aérienne sur une distance considérable et préparer d’autres trajectoires potentiellement utilisable le jour où le cheminement « classique » seraient contraignants par des interdictions de survols de tel ou tel route vers un objectifs. Il faut dire que la traditionnelle escale aux émirats pour rejoindre l’indopacifique fut cette année largement contrainte du fait des opérations israélo étatsunienne contre l’Iran, exposant toute la région à des frappes de représailles iraniennes.
Les indissociables : Rafale, Phénix et Atlas
L’unique Rafale C F4 (monoplace) accompagné par trois Rafale B F4 (biplace) constituent évidemment la partie la plus visible du détachement, celle qui attire les crépitements des photographes. Pourtant, la véritable démonstration de Pégase repose sur la complémentarité entre les chasseurs, les avions de ravitaillement en vol et les appareils de transport.
Les trois A330 MRTT Phénix permettent notamment de prolonger l’autonomie des Rafale et d’adapter les profils de mission aux contraintes des longues distances. Les deux A400M Atlas assurent, quant à eux, une part essentielle du transport des personnels et du matériel. Sans ces moyens de soutien, le déploiement des chasseurs serait beaucoup plus contraignant et dépendrait des infrastructures disponibles à chaque étape au sol, ce qui n’est pas garantie et douche la démonstration de souveraineté.
Pour illustrer cette complémentarité, revenons sur l’étape indonésienne. Du 20 au 25 septembre, les équipages français ont conduit des activités conjointes avec leurs homologues indonésiens depuis la base aérienne d’Halim-Perdanakusuma, à Jakarta. Au cours de cette séquence, les MRTT français ont délivré huit tonnes de carburant lors de cinq missions de ravitaillement. Les Rafale indonésiens ont également réalisé des contacts à sec avec les ravitailleurs, afin de travailler les procédures d’approche et de stabilisation sans transfert de carburant. Les A400M des deux pays ont eux aussi effectué des vols conjoints.

Forcément, l’acquisition d’un même appareil facilite les échanges et contribue à travailler avec des forces aériennes partenaires et à partager des procédures communes.
Des exercices pour confronter les savoir-faire
Les escales de Pégase ne sont pas de simples haltes logistiques au sein de pays ayant acheté français. Ces escales sont aussi des occasions de participer à des entraînements avec les forces aériennes au sein d’environnements et selon des procédures différents. Au Japon, les Rafale français ont notamment pu évoluer aux côtés de chasseurs Mitsubishi F-2, le clone local du F-16, tandis que la séquence sud-coréenne a permises aux équipages de retrouver le F-35. La communication officielle ici ne s’attarde pas sur le profil de missions effectuée mais met en avant le renforcement des échanges entre les aviateurs français et leurs homologues locaux en confrontant « [les] pratiques opérationnelles, de renforcer la connaissance mutuelle ». Comprenez que nos équipages français ont surtout cherchés à mieux comprendre les appareils employés par leur homologues, les habitudes de travail des équipages et les méthodes de coordination.
L’Inde représente cependant l’un des temps forts de cette édition. La participation française à l’exercice Tarang Shakti 2026 s’inscrit dans un rassemblement multinational réunissant plusieurs forces aériennes étrangères autour de l’Indian Air Force. Cet exercice permis aux aviateurs de travailler la coordination à l’échelle de force multinationale du fait de la présence d’alliés allemands, australiens, bengalais, émiratis, étasuniens, et sri-lankais. Aussi les aviatrices et aviateurs de la mission pégase 2026 ont pu le temps de cette étape indienne retrouver des compatriotes de l’escadron 1/7 « Provence » venu avec trois Rafale C des Émirats arabes unis, où ils sont stationnés, renforçant significativement de déploiement français.

Une opération qui se commande aussi depuis la France
Autre enseignement de Pégase 2026, la conduite d’une telle mission repose sur un dispositif de commandement capable de suivre les appareils à plusieurs milliers de kilomètres de la métropole. Le Centre air de planification et de conduite des opérations (CAPCODA), implanté à Lyon-Mont Verdun, assure ainsi le pilotage et le suivi du déploiement. Ce sont ces femmes et hommes qui ont planifié les itinéraires, anticiper les besoins logistiques et coordonner les escales en conservent une vision d’ensemble de l’opération !
C’est cette compétence qui est parfois oubliée mais au combien important. Car déplacer une force aérienne cohérente sur une distance considérable, la maintenir en activité et l’intégrer temporairement à des dispositifs alliés ou partenaires, nécessite un entraînement régulier et des moyens de soutien adaptés.
Du Qatar à l’Égypte, l’entrainement à la défense aérienne
Après les étapes nord américaines puis celles en indopacifiques, Pégase 2026 a poursuivi son parcours vers le Proche et le Moyen-Orient, avec une escale au Qatar puis un passage par l’océan indien et l’île de la Réunion où ils ont pu voler aux côtés d’un CASA CN-235, stationné sur la base aérienne 118 Roland-Garros, avant de rejoindre l’Égypte. Un itinéraire qui peut sembler bizarre, mais rappelez vous que la mission ne vise pas simplement à rentrer par le chemin le plus court. Ici est recherché la démonstration de la capacité de l’Armée de l’Air et de l’Espace à se déployer dans plusieurs régions stratégiques et à s’appuyer sur les implantations françaises et alliés.

Le Qatar constitue à cet égard un partenaire important, notamment parce que sa force aérienne compte aussi le Rafale dans ses rangs. Ainsi ici encore le matériel en commun facilite les échanges entre équipages et ouvre des possibilités d’entraînement conjoint. La présence française dans la région prend également une dimension particulière compte tenu du conflit en cours de l’autre côté du Golf Persique…
L’ultime étape de la mission vient de s’achever par l’Égypte, et fut incluse au sein de l’exercice bilatéral nommé Amun. C’est depuis bases aériennes de Cairo West et de Beni Suef que les équipages français ont évolués aux côtés de leurs homologues égyptiens. Les missions associent notamment Rafale français, Rafale égyptiens, MiG-29, F-16 et Mirage 2000 égyptiens. Ensembles ils ont effectués des missions de défense aérienne avec des simulation d’engagements air-air réunissant plusieurs types d’appareils au sein de formations.

Entre projection de puissance et interopérabilité
Au terme de cette septième édition, Pégase 2026 aura ainsi surtout permis de mesurer la capacité de l’Armée de l’Air et de l’Espace à maintenir un dispositif aérien loin de ses bases, dans des environnements variés et en coopération avec des partenaires aux profils très différents. Certes, nos aviateurs auront retrouvé sur leur parcours des aéronefs qu’ils connaissent bien, à l’image des Rafale indonésiens, indiens, qataris et égyptiens et même des Mirage 2000 en Inde et en Égypte. Mais ils auront également pu s’entraîner avec des chasseurs aux caractéristiques bien différentes, comme les F-22 ou les F-2 japonais. Autant d’occasions d’entretenir l’interopérabilité avec des forces aériennes partenaires.
En définitive, Pégase 2026 aura démontré que la puissance aérienne française repose autant sur sa capacité à se projeter loin de ses bases que sur les moyens de soutien et la coopération qui lui permettent d’y durer. Un grand bravo à toutes les aviatrices et tous les aviateurs mobilisés pour cette mission, qui aura une nouvelle fois mis en lumière leur savoir-faire et leur engagement.
Photos de couverture © Armée de l’Air et de l’Espace
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