Les Sukhoi en Algérie, entre propagande et réalité plus nuancée.

Il y a un mois Alger annonçait le déploiement de quatre de ses chasseurs au Niger suites aux menaces contre la junte militaire en place dans ce pays du Sahel. Des Sukhoi Su-30MKA Flanker-H qui forment l’ossature de l’aviation de combat algérienne avec un peu plus de 70 exemplaires en dotation. Or sur le papier cette même force aérienne aligne des Su-34 Fullback, Su-35SE Flanker-M, et même Su-57E Felon-B dont la réalité opérationnelle est parfois discutable. Avec ce focus nous allons essayer d’y voir un peu plus clair.

Si on en croit les chiffres communiqués officiellement par Alger son aviation militaire comporte un peu moins de 200 avions de combat. C’est un chiffre assez raisonnable pour un pays qui cherche à être la première puissance militaire d’Afrique, malgré une Égypte sans doute équipée de manière plus rationnelle. On est loin de l’escalade parfois annoncée par ses détracteurs, comme certains médias marocains.
Dans le détail les Algériens aligneraient, dans l’ordre d’importance numérique, donc soixante-douze chasseurs multi-rôles Sukhoi Su-30MKA Flanker-H, quarante-six chasseurs de supériorité aérienne et d’interception Mikoyan MiG-29 M/M2 Fulcrum-B, quarante-deux avions d’attaque au sol et de pénétration Sukhoi Su-24MK2/MRK2 Fencer, quinze chasseurs multi-rôles Sukhoi Su-35SE Flanker-M, quatorze avions d’attaque au sol et de pénétration Sukhoi Su-34E/M Fullback, et enfin six chasseurs furtifs de supériorité aérienne Sukhoi Su-57E Felon-B.
On peut tourner la chose dans tous les sens c’est un sacré arsenal aérien, très très impressionnant. À condition cependant de le considérer sans la moindre nuance.

D’abord parlons des Su-24 Fencer. Si trente-neuf d’entre eux sont classiquement des avions d’attaque au sol et de pénétration, les trois autres sont des Su-24MRK2. Beaucoup moins médiatisés que les Su-24MK2 il s’agit de trois avions de reconnaissance et de guerre électronique, des appareils qui sont la version export du Su-24MP Fencer-F apparus au milieu des années 1980 en URSS et connus pour leurs capacités de brouillage radar. Hormis la Biélorussie l’Algérie est le seul pays connu pour en employer, sans qu’on sache réellement jusqu’à quel point leurs équipements sont encore de pointe.
En fait les Su-24MK2 Fencer sont parmi les avions algériens qui volent le plus. Et ce malgré leur âge de plus en plus avancé qui fait que sur les trente-neuf avions de cette première série trente-trois seulement seraient réellement en état de vol. Les six autres serviraient en fait à la cannibalisation, soit comme stock de pièces détachées.

Et c’est bien là que le bat blesse car les réalités opérationnelles de l’Algérie comptent les avions cannibalisés comme étant en service actif. Ainsi les soixante-douze Su-30MKA Flanker-H ne seraient finalement qu’entre soixante-trois et soixante-cinq, les autres étant donc cloués au sol et régulièrement démontés pour fournir telle ou telle pièce manquante. Il en est de même des quarante-six MiG-29M/M2 Fulcrum-B dont six à sept serviraient là aussi pour la cannibalisation et ne seraient donc plus du tout en état de vol.
Concernant cet art qui consiste à prélever des éléments sur d’autres avions ce sont pour ces trois seuls modèles d’avions de combat que l’on a des données. Pour les autres rien, et pour cause ils sont nettement plus récents.

En fait les Algériens semblent avoir clairement conscience des limites de leur alliée et principale fournisseuse qu’est la Russie. Sa supply chain est calamiteuse et donc ils ont choisi d’avoir recours à la cannibalisation afin de maintenir leur aviation de combat à un niveau correct.
Et les trois modèles les plus récents dans cette affaire ; les Su-34 Fullback, Su-35SE Flanker-M, et Su-57E Felon-B ?

Là encore il y a une certaine marge entre ce qu’annonce Alger et la réalité.
Sauf pour les quatorze Sukhoi Su-34E/M Fullback qui semblent bien exister à ce nombre là et être totalement opérationnels. On remarquera cependant qu’ils sont en nombre trop faible pour permettre de remplacer efficacement les Su-24MK2 Fencer. Quid alors des Su-35SE Flanker-M et Su-57E Felon-B ? C’est là que la propagande d’état de l’Algérie rejoint d’une certaine manière les intérêts économiques de la Russie et plus particulièrement d’UAC, la maison mère de Sukhoi.

Les quinze Sukhoi Su-35SE Flanker-M et les six Sukhoi Su-57E Felon-B n’existent que sur le papier. La réalité est très différente.
D’abord rappelons que les premiers sont en fait des avions initialement acquis par l’Égypte puis refusée par celle-ci aux profits du Dassault Aviation Rafale F3/F3R français qu’ensuite Moscou a essayé de refourguer à l’Iran avant de finalement réussir à les recaser en Algérie. Aussi seuls dix Su-35SE Flanker-M seraient réellement au Maghreb les cinq autres étant encore à ce jour en Russie afin de voir leurs équipements de missions demandés par l’Égypte déposés. Le Caire avait accepté le contrat avec Alger à cette condition absolue. Ces cinq derniers avions devraient être livrés au rythme russe actuel, soit d’ici un an environ.
Et les chasseurs furtifs dans tout ça ? Là encore Alger est obligé de mentir pour sauver la face de la Russie. Sur les six avions officiellement acquis et en dotation seuls deux sont réellement présents en Algérie. Et encore ce ne sont pas vraiment des Su-57E Felon-B, la version export de l’avion. Il s’agit d’exemplaires russes sur lesquels les marquages de nationalité ont été modifié. D’ailleurs ils sont limités à la défense aérienne et à l’interception alors qu’Alger a acheté des chasseurs furtifs multi-rôles. Les quatre avions manquants sont toujours en Russie, chez UAC où ils terminent d’être assemblés à ce standard Su-57E supérieur à celui des avions en dotation dans les VVS.

Vous l’aurez compris Alger est loin d’aligner les presque 200 avions de combat qu’elle annonce officiellement. Non seulement elle doit cannibaliser pour palier les carences industrielles de la Russie mais en plus elle doit se serrer la ceinture afin justement de ne pas montrer la misère du constructeur Sukhoi. Cela explique sans doute pourquoi les Algériens font désormais les yeux doux aux avionneurs chinois. Faute de pouvoir acquérir des avions américains ou européens ils se tournent vers des constructeurs plus rigoureux que le groupe russe UAC.
Moscou va t-elle perdre l’une de ses plus anciennes et plus fidèles clientes ? On n’en est pas encore là.

Affaire à suivre.

Photo © ministère algérien de la défense


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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