Le titre est peut-être un peu racoleur, je vous l’accorde, n’empêche que deux Lightning II ont bien opéré différents vols depuis la base de Ohakea de la Royal New Zealand Air Force (RNZAF). Ces deux appareils, vous vous en doutez bien, appartiennent à la Royal Australian Air Force (RAAF) voisine. Ils sont venus à l’occasion de l’exercice Agile Tasman survoler quelques-uns de ces paysages magnifiques du Pacifique Sud qui ne leur sont finalement pas si étrangers.
Car les exercices combinés entre Australiens et Néo-Zélandais sont loin d’être une nouveauté. Les deux forces armées ont l’habitude de travailler ensemble, parfois jusque dans le ciel néo-zélandais où les chasseurs à la cocarde frappée du Kangourou viennent régulièrement montrer leurs capacités. Mais cet exercice tient tout même quelque chose d’original, car jamais encore un F-35A australien ne s’était posé en Nouvelle-Zélande.
Et finalement cette info n’est pas si anodine, selon moi, car depuis 2001 la RNZAF n’a plus de chasseurs. Vous vous doutez bien qu’il ne s’agit pas d’une perte de capacité temporaire mais d’un choix bien volontaire! Wellington avait alors fait le choix de dissoudre son Air Combat Force et de retirer du service ses derniers Douglas A-4K et TA-4K Skyhawk.

Ces appareils étaient pourtant arrivés en Nouvelle-Zélande dès 1970, quatorze machines neuves commandées directement auprès du constructeur américain Douglas, avant que dix autres Skyhawk australiens ne viennent renforcer la flotte en 1984 lors de la modernisation des premières machines. Ces chasseurs avaient fini par devenir des machines relativement sophistiquées pour leur époque, capables aussi bien de missions d’attaque et d’appui que de certaines missions air-air. Un projet visant à les remplacer par des F-16A/B avait bien été lancé à la fin des années 1990, avant d’être annulé par le gouvernement néo-zélandais nouvellement élu.
Depuis, la RNZAF a donc fait sans chasseurs, ce qui ne signifie pas que le pays ne dispose plus d’aviation militaire ! Des voilures fixes et tournantes arborent toujours la cocarde frappée du kiwi, ces derniers répondent juste à une autre philosophie, moins offensives disons. Les quatre Boeing P-8A Poseidon constituent aujourd’hui le principal outil à voilure fixe dédié aux opérations de surveillance,de guerre maritime et de lutte anti-soumarine. Et ces avions deviennent progressivement bien plus polyvalents qu’on aurait pu l’imaginer au moment de leur arrivée. La démonstration en a encore été faite en juin 2026 lorsque l’un des Poseidon néo-zélandais a lancé avec succès deux missiles antinavires AGM-84 Harpoon contre un bâtiment cible au large de Guam. Une première pour la RNZAF, qui revendique désormais explicitement une capacité de frappe à distance. Ces Poseidon « kiwi » ont donc démontré leur capacité de frappe après avoir prouvé celle de surveillance naturellement dévolue. Car il faut dire que le pays a de quoi surveiller. La Nouvelle-Zélande est une nation du Pacifique entourée d’un espace maritime immense, avec notamment la huitième plus vaste zone économique exclusive du monde selon son ministère de la Défense. Autant dire que les quatre Poseidon ont du travail, et si nous sommes taquin bien plus que ne l’aurons peut être les exemplaires israéliens…

À côté d’eux, la RNZAF aligne encore ses deux Boeing 757-2K2, utilisés notamment pour le transport de personnel et de fret qui seront prochainement remplacés par deux Airbus A321XLR. Pour former ses pilotes, la force aérienne néo-zélandaise dispose également de onze T-6C Texan II et de quatre King Air 350. Et puis c’est tout ! Enfin presque. Car il reste aussi les cinq C-130J-30 Hercules, désormais qualifiés pour les opérations polaires et qui constituent l’ossature du transport aérien tactique néo-zélandais.
Bref, la RNZAF possède encore des avions. Mais elle n’a plus de chasseurs, et donc plus de capacité autonome de supériorité aérienne ou de frappe aérienne tactique comparable à celle assurée autrefois par ses Skyhawk.
Et c’est là que j’en reviens à cette exercice Agile Tasman. La Nouvelle-Zélande n’est évidemment pas seule dans le Pacifique Sud. Elle dispose avec l’Australie d’un voisin immédiat qui possède, lui, une aviation de combat moderne. Les deux pays sont alliés dans le cadre de l’ANZUS et leur coopération militaire s’est même considérablement renforcée ces dernières années. En 2026, Canberra et Wellington ont encore réaffirmé leur volonté de tendre vers une force « Anzac » davantage intégrée, ce qui explique la présence de ces deux F-35A à Ohakea.
Bien sûr, il ne s’agissait ici que d’un simple exercice. Il n’est pas question d’imaginer que Canberra installerait demain une escadrille permanente sur l’île voisine. En revanche, il s’agit de vérifier que si les forces australiennes doivent un jour employer leurs moyens de combat depuis la Nouvelle-Zélande, elles savent le faire.
En reprenant la communication officielle, nous apprenons que les deux F-35A du 3 Squadron ont notamment participé à des missions d’interception avec un P-8A néo-zélandais (photo de couverture) et contribué à l’entraînement des Joint Terminal Attack Controllers (JTAC) des forces néo-zélandaises, comprenez des contrôleurs aériens avancés néo-zélandais chargés de coordonner les frappes aériennes au profit des forces au sol.

Mais surtout, les Australiens ont mis en œuvre à Ohakea un Forward Arming and Refuelling Point (FARP), comprenez un point avancé de réarmement et de ravitaillement. Le 37 Squadron de la RAAF est venu réarmer et ravitailler les deux F-35A sur place. C’était une première pour ce type de dispositif australien en dehors du territoire national.
Ainsi, l’exercice ne visait pas seulement à faire décoller deux F-35A depuis une base étrangère pour prendre quelques photos au-dessus des paysages néo-zélandais. Les état-major souhaite créer des automatismes. Faire travailler ensemble les personnels navigants, les équipes au sol, les contrôleurs, les forces de protection et les unités chargées du soutien logistique. Vérifier qu’une force aérienne peut arriver sur une base qui n’est pas la sienne, dans un pays qui n’est pas le sien, y être ravitaillée, armée, contrôlée puis repartir en mission aussi vite que possible, d’où le nom de l’exercice Agile (pas besoin de traduction) Tasman (pour la mer de Tasman, qui sépare l’Australie et la Nouvelle-Zélande).

C’est donc un exercice qui s’inscrit dans la doctrine du Agile Combat Employment qui en bon français signifie l’emploi agile des forces aériennes et que notre Armée de l’Air et de l’Espace connait bien. Cette doctrine consiste à ne pas considérer une base aérienne comme un sanctuaire indispensable au fonctionnement d’une force, mais être capable de disperser et de déplacer celle-ci, y compris vers des terrains alliés a l’étranger. Et dans le Pacifique, nos alliés anglophones l’ont bien compris, car les distances sont immenses et les infrastructures militaires relativement rares alors cette capacité peut avoir son importance.
Alors oui, deux F-35A australiens sont venus se poser en Nouvelle-Zélande. Mais derrière, ce que je voulais aborder aujourd’hui est quelque chose d’un peu plus intéressant. A savoir, la matérialisation d’une coopération militaire qui pourrait prendre une tout autre importance en cas de crise dans l’Indo-Pacifique, où nous autres français serions sûrement acteurs par la présence de nos compatriotes d’outres mers.
Aéronautiquement votre,
Photo de couverture © CPL Naomi James
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2 réponses
Un article passionnant et au titre pas le moins du monde racoleur. Plus le temps passe et plus, malgré ses nombreux défauts, le Lockheed-Martin F-35 Lightning II s’impose comme le digne héritier (à mon avis) du General Dynamics F-16 Fighting Falcon.
Merci Arnaud ! Et bien sûr à travers le titre je ne fais que relater un fait 😉