En 1936 le Front Populaire nationalisa la société des avions Marcel Bloch au sein de la SNCASO, la Société Nationale de Construction Aéronautique du Sud-Ouest. Pour autant l’ingénieur conserva une certaine marge de manœuvres, notamment du fait d’appuis politiques parisiens. Ses conceptions échappèrent ainsi au rouleau compresseur des sociétés nationalisées. Il put, jusqu’à l’effondrement de la France au printemps 1940, développer ses propres machines dont la dernière fut le bimoteur MB.800.
Après l’échec de son bimoteur MB.500 dans le contrat dit «avion de corps d’armée» de 1936, où le Potez 56 l’emporta aisément, Marcel Bloch choisit de se lancer dans le programme T3 émit par le ministère de l’Air. Celui-ci concernait un triplace de travail, un concept nébuleux dans lequel un avion devait pouvoir à peu près tout faire de l’entraînement au soutien des régions aériennes en passant par le remorquage le cibles.
L’avionneur proposa un tout nouvel avion baptisé MB.800. Il devait affronter en compétition le Dewoitine D-720, le SNCAC NC-530, et une énième version du Potez 56 appelée Potez 568.
Marcel Bloch chargea l’ingénieur chef Pierre Le Bihan de concevoir le MB.800 afin qu’il enlève le contrat et équipe l’Armée de l’Air. Ses travaux portèrent sur un avion radicalement nouveau.
Il se présentait sous la forme d’un monoplan à aile basse cantilever construit intégralement en métal. Équipé d’un train d’atterrissage classique rétractable il pouvait accueillir deux membres d’équipages et jusqu’à deux passagers. Sa motorisation était assurée par deux Béarn 6B-1 à six cylindres en V d’une puissance unitaire de 180 chevaux entraînant chacun une hélice tripale métallique.
L’assemblage de l’avion fut grandement ralentie par la bataille de France et par la victoire nazie. Cependant les autorités d’Occupation autorisèrent son développement ultérieur. Les généraux de la Luftwaffe avaient de la curiosité pour cette machine.
Finalement c’est donc sous contrôle allemand que le 18 décembre 1940 le prototype du Bloch MB.800 réalisa son premier vol depuis les usines de Mérignac. Le pilote d’essais s’appelait Daniel Rastel. Alors qu’il survolait les abords de Bordeaux le bimoteur fut pris pour cibles par des canons de la DCA allemande. Cette dernière n’avait pas été mise au courant du vol d’essais. Le MB.800 rentra pourtant aux ateliers Bloch, avec deux impacts ennemis. Il volait encore.
Cependant le concept de triplace de travail n’intéressant pas la Luftwaffe l’avion en resta là.
Pierre Le Bihan croyait cependant dans ce Bloch MB.800, quitte à le voir voler sous une autre forme qu’un avion militaire polyvalent. Avec l’accord des autorités de Vichy il se lance alors dans un avion civil appelé MB.800P, P pour Postal. Cependant Le Bihan n’a rien d’un collabo il veut simplement construire un avion pour la France d’après, il a la certitude que la guerre n’est pas terminée. Alors il reprend le MB.800 et le muscle. Les moteurs Béarn 6B de 180 chevaux sont remplacés par des Renault 6Q en ligne de 220 chevaux chacun, réputés plus fiables. La cabine est redessiné afin d’accueillir cinq passagers ou bien 600 kilogrammes de courrier.
C’est à Cannes, alors en zone libre sous administration pétainiste, que le premier vol de ce MB.800P eut lieu le 23 décembre 1941. Daniel Rastel était encore aux commandes. Il était accompagné cette fois de Lucien Servanty, concepteur alors du chasseur MB.155.
Malgré de bonnes qualités l’avion ne suscite alors aucun engouement. Dans un souci d’aryanisation des noms, consistant à l’effacement des patronymes d’origine hébraïque, l’administration vichyste décida que le Bloch MB.800 serait désormais désigné Sud Ouest SO.80. Pour autant il ne vola pas plus sous cette désignation infamante.
Il se trouve sur le terrain d’aviation de Châteauroux dans l’Indre quand les Alliés le trouvent en 1944. Son développement n’est alors plus du tout à l’ordre du jour.
Le Bloch MB.300 fut connu sous la désignation MB.300T3 pour la version triplace de travail et donc MB.300P pour celle de transport léger. Même si son développement ne fut pas poursuivi il donna naissance à deux avions marquants de l’après-guerre : le Sud-Ouest SO.95 Corse d’un côté et le Dassault MD-30 de l’autre. Ce dernier était le prototype du futur Flamant, un des premiers succès de Marcel Dassault…
De nos jours on ignore ce qu’il advint du MB.800, sans doute fût-il ferraillé.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Voir les autres images





















