C’est une des plus dramatiques démonstrations des déréglementations climatiques que notre planète connait depuis plusieurs années. Depuis maintenant deux mois la Nouvelle-Galles du Sud et le Queensland sont la proie d’une gigantesque série de feux de forêt mobilisant des pompiers au sol autant que dans les airs. Et malgré des moyens aériens assez considérables l’Australie ne parvient pas à maîtriser ces incendies qui ont déjà ravagé un territoire grand comme la Belgique. L’isolement de l’île-continent empêche en outre l’envoi de tout renfort international.

Nous nous étions déjà émus il y a quelques semaines de la situation mais force est de constater qu’en cette toute fin d’année 2019 rien ne semble changer ! Ou alors bien trop lentement. En première ligne les femmes et les hommes du New South Wales Rural Fire Service assurent environ 90% de la lutte contre les feux de forêt. Et dans les airs la situation est très paradoxale.

Car le RFS comme on l’appelle là-bas dispose bien d’une flotte d’avions légers et d’hélicoptères comme les Air Tractor AT-802 (aussi bien en versions avions qu’hydravions à flotteurs) ou bien les toujours impressionnants Erickson Aircrane. En outre elle loue actuellement plusieurs gros porteurs auprès de diverses sociétés américaines, souvent rubis sur l’ongle. C’est ainsi que depuis quelques semaines des avions immatriculés aux États-Unis volent sous les marquages New South Wales Rural Fire Service. On retrouve bien entendu plusieurs Lockheed C-130 Hercules de différentes sous-versions mais également des avions de ligne BAe 146, Boeing 737 et McDonnell-Douglas DC-10 spécialement modifiés. Tous trois sont très efficaces, il faut bien le remarquer.

Sauf que comme la presse spécialisée australienne l’a souligné le pays manque de moyens aériens de moyen tonnage. Peu voire pas du tout de Bombardier CL415 et Canadair CL-215 ne volent dans le pays, des machines pourtant essentielles à l’attaque du feu au plus près. Les interventions au Canada et en Europe l’ont démontré depuis des années. De même les voilures tournantes type Blackhawk ou Super Puma équipés de Bambi buckets sont très souvent absentes, alors que ce sont parmi les plus efficaces dans ce genre de situation. Les pompiers australiens utilisent bien ce système mais installé sous des hélicoptères bien moins puissants : Bell 206, Eurocopter AS.350 Écureuil, MBB / Kawasaki BK-117, ou encore Sikorsky S-76. Des appareils civils en fait qu’on imaginerait plus comme des moyens de commandement aéroporté ou d’évacuation sanitaire que comme de véritables pompiers volants de première attaque.

Alors sur le terrain les soldats du feu se démènent comme ils peuvent. Les appels pour une demande officielle d’aide internationale restent lettres mortes. Le gouvernement australien est d’ailleurs très critiqué par les populations.
Anecdote symptomatique : le célèbre feu d’artifice du 1er janvier 2020 à Sidney a été maintenu alors que son coût de 4 millions d’euros aurait pu permettre de gagner plusieurs dizaines d’heures de vols sur les bombardiers lourds loués aux États-Unis. L’opinion publique avait poussé à son annulation et le reversement de cette somme à la lutte anti-feu mais le premier ministre australien s’est entêté. Pour lui ce feu d’artifice fait partie de l’image de l’Australie dans le monde. Et dans le même temps les koalas meurent par centaine. Eux sont l’image réelle de ce pays sur la planète.

Donc oui les pompiers australiens, au sol et dans les airs, vont passer leur réveillon du 31 décembre à lutter contre la propagation d’un incendie d’ores et déjà hors norme. Un territoire gigantesque est déjà parti en fumée malgré les milliers de tonnes d’eau et de liquide retardant déversées. Mais il n’y fait rien : le feu progresse toujours et c’est désormais Melbourne qui se trouve au premier plan. Alors ce soir ayons toutes et tous une pensée pour celles et ceux qui dans leur cockpit ou sur les sentiers forestiers affronteront les flammes à l’autre bout du globe.

Photo © New South Wales Rural Fire Service.

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4 COMMENTAIRES

  1. Une cinquantaine de spécialistes canadiens de lutte aux feux de forêts sont partis prêter main forte à leurs collègues australiens. Face à l’ampleur de cette catastrophe, cela semble bien peu. Le convoyage de CL-415 canadiens ne semble pas prévu pour l’instant et prendrait un certain temps. Il va vraiment falloir que l’Australie se dote de moyens aériens conséquents pour faire face à ces feux récurrents et aussi d’un premier ministre qui n’est pas un climatoseptique avéré !

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