Alors qu’un nouveau contrat indien se profile l’avion de combat omnirôle français pourrait bien faire un nouvel heureux : la Serbie. Tout porte désormais à croire que les bonnes relations entre Belgrade et Paris puissent déboucher en janvier prochain sur une commande douze Dassault Aviation Rafale F4. De tels avions seraient non seulement un appel du pied de la Serbie vers l’Union Européenne mais aussi la confirmation d’une montée en puissance française dans ce pays, notamment dans le secteur aéronautique. Ce serait aussi un véritable camouflet pour la Russie, Moscou considérant toujours la Serbie comme sa chasse gardée.

Le remplacement des Mikoyan MiG-29 Fulcrum d’origine soviétique et russe mais aussi des Soko J-22 Orao de conception binationale roumaine et serbe est devenu une urgence absolue pour la Ratno Vazduhoplovstvo Vojske Srbije. L’aviation serbe craint en effet de perdre la face dans les Balkans, en raison du vieillissement accéléré de sa flotte d’avions de combat. Il faut dire que deux pays de la région ont déjà choisi le Rafale : la Croatie et la Grèce. Cette dernière aligne d’ailleurs ses premiers avions.

Alors bien sûr Moscou a tout fait pour ne pas perdre la face, quitte selon certaines sources à véritablement brader ses (excellents) chasseurs multi-rôles Sukhoi Su-30 Flanker-C. Sauf que face à un game changer comme le Dassault Aviation Rafale le chasseur russe ne fait plus le poids. Il a pu le concurrencer il y a quelques années mais c’est désormais terminé !

En fait c’est la diplomatie française et la politique européenne qui semblent avoir eu raison des dernières hésitations de Belgrade. Le président serbe, monsieur Aleksandar Vučić entretient d’excellentes relations avec son homologue français monsieur Emmanuel Macron. Les deux sont de fervents européens et Vučić a compris que la France pourrait lui servir de cheval de Troie pour entrer dans l’Union Européenne.
En fait une acquisition en début 2023 de douze Rafale F4 ne serait que l’aboutissement d’une phase commerciale entre nos deux pays. Elle a vu notamment la signature en décembre 2018 d’une concession de 25 ans pour que le groupe français Vinci gère l’aéroport de Belgrade ou encore la joint-venture franco-chinoise autour du futur métro de la même capitale serbe formée par Alstom et Egis côté français et China Power côté chinois. Le secteur de l’armement n’a pas été oublié puisqu’en 2019 des missiles sol-air portatifs Mistral ont été vendu à l’armée serbe en remplacement de modèles russes obsolètes.

Cette semaine d’ailleurs le ministre serbe de la défense, monsieur Nebojsa Stefanović, était à Eurosatory. La grand-messe française et internationale de la défense a permis de confirmer les très bonnes relations entre les deux pays, la Serbie pouvant même prochainement acheter des matériels militaires terrestres de facture française.
Surtout il s’est dans la foulée rendu à Saint-Cloud. Cette ville de banlieue parisienne abrite le cœur du groupe Dassault Aviation, ses bureaux d’études. C’est là que le Rafale est né.

Dans quelques jours le sommet UE-Balkans devrait amener de nouvelles informations sur ce contrat. En effet il sera placé sous le haut patronage d’Emmanuel Macron en temps que président tournant de l’Europe. Sur les ventes de Rafale F4, même pour douze avions, la diplomatie est aussi importante que les performances extraordinaires de l’appareil.
Affaire à suivre.

Photo © Organisation du Traité de l’Atlantique Nord

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8 COMMENTAIRES

  1. La Serbie n’est pas un Etat fiable pour lui confier un tel bijou de technologie.
    Les amis Russes en Serbie aurait vite fait d’y mettre leur nez sans que l’armée serbe y voit malice.
    Sauf à livré comme le font les USA et la Russie, mais aussi la Chine un avion dégrader en capacité, vous croyez que les F-35 qui seront livrés à la Belgique seront identiques en tout point a ceux en service a la même époque aux USA…..?

  2. Soyons optimistes et espérons une belle commande pour notre fleuron. Il part comme des petits pain ce Rafale. Ce fut un peut laborieux mais la persévérance et la qualité, cela fini par payer. Le futur s’annonce grand pour le Rafale.

  3. Effectivement les rafales livrés ne seront2pas ds la même configuration que ceux actuellement en service, car ils seront certainement considérés comme déclassé par l’armée française à la date de livraison.
    Mais pour un pays comme la Serbie ce sera qt même une montée en qualité et puissance.

  4. Salut Arnaud,
    J’ai la même inquiétude concernant le RAFALE en Serbie, et la même réponse.
    Effectivement, ce risque d’espionnage doit être évalué dans chaque vente d’armes de très hautes technologies, avec plus ou moins d’acuité selon l’acheteur. Concernant la Serbie, le doute est permis, étant donné les relations ambiguës de cette dernière, à la fois avec le Russie, la Chine dorénavant et le camp occidental La relation avec la France est cependant différente, de par un historique marqué par une amitié franco serbe ancienne et solide au 19 et 20ème siècle.. La période suivant la seconde guerre mondiale et le passage au communisme de la Yougoslavie dans laquelle la Serbie était intégrée, fut plus chaotique, marqué en particulier par la guerre des Balkans durant les années 90. Depuis, le début du 21ème siècle, les relations se sont réchauffées avec l’Europe, et notamment avec la France, grâce justement à ce réseau franco serbe toujours existant et solide, Cela permet justement à la Serbie de compter sur cet appui de poids que constitue la France pour intégrer l’UE, et, à la France donc à l’UE, de maintenir sa présence et de la développer dans cette zone géographique particulière que sont les Balkans, au regard des tensions ethniques fortes, source de déstabilisation. Et justement, la vente du RAFALE, s’il s’agit d’une transaction commerciale et financière intéressante, même si « relativement modeste » ( ne pas oublier cependant qu’un tel contrat induit des relations commerciales, donc financières durant 25 à 30 ans, voir plus, de par le MCO, les « rénovations technologiques », et les armes associées ) , est aussi et surtout un acte de politique étrangère fort pour les 2 pays. A ce titre, l’aspect politique, pèse donc très lourd dans cette transaction, au regard des intérêts géostratégiques en jeu.
    Alors oui, le risque de transfert technologique et de méthodes de combat, issue de l’espionnage existe, mais il peut être sous pondéré de par l’aspect politique majeure de la transaction, mais aussi contrôlé de par le type d’appareil vendu et les relations de forte dépendance de l’acheteur vis à vis de son fournisseur.d’armes de très hautes technologies.
    En ce qui concerne le type d’appareil vendu, je n’ai pas encore les infos précises, mais si c’est bien le F4 ,qui est confirmé, ce sera donc la prochaine version en cours de développement et d’essai actuellement, Est-ce que cela sera la plus évoluée des versions, j’en doute. D’autant plus qu’il y aura 2 versions, le F4.1 et F4.2, selon qu’il s’agira d’une cellule existante de type F3R, ou d’une nouvelle cellule, donc neuve, modifiée structurellement pour intégrer toutes les nouvelles technologies du F4 et surtout celles du F5, voir F6..
    De toute façon, l’état français, puisque c’est lui qui autorise l’exportation des armes d’origine françaises, aura toute latitude pour modifier, à la marge si besoin, le niveau technologique de la version du RAFALE exportée en Serbie ( les logiciels peuvent être reprogrammés plus facilement et rapidement ), ainsi que, ne surtout pas l’oublier, du niveau des armes délivrées par l’avion , et ce jusqu’au dernier moment, et pendant toute la vie du contrat et du MCO, si la situation politique l’exige.
    Donc oui , si le RAFALE est vendu à la Serbie, c’est parce que tous les aspects et enjeux du contrat, auront été étudiés et sous pesés, et qu’au final les avantages ( que nous ne connaitrons peut-être jamais ou tardivement ) seront supérieurs aux risques.
    A noter que tous les contrats du RAFALE sont aussi concernés par ce risque d’espionnage, au regard des pays acheteurs et de leurs ambiguïtés politiques et militaires, comme l’Inde, le Qatar, et les EAU notamment.

    Voilà, c’était mon analyse du sujet aéronautique et non philosophique ( bac oblige !!), un peu longue j’en conviens, mais comme je n’interviens pas souvent…..!
    À bientôt

    • Dans le cas de l’Inde, il y a une longue histoire de longues relations avec la France. Mais cette fois-ci, l’Inde s’intéresse vraiment à la technologie Française, en affichant clairement l’envie de faire construire une grande partie des futurs contrats Rafales, sur son territoire.

      Le made/make it in India, et l’intérêt déjà porté aux technologies françaises, ne font qu’amplifier la chose. Le moteur Kaveri pour son Tejas, l’Inde avait signé un contrat avec Safran/SNECMA pour les aider à finaliser leur propre moteur.

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