Alors que l’année 2020 débute, on honore les grands disparus de 2019. Passée presque qu’inaperçue, l’annonce du décès le jour de Noël de l’aviateur Fernand «Fern» Villeneuve a néanmoins retenu l’attention des aérophiles canadiens. Fondateur des Golden Hawks, la célèbre patrouille acrobatique de l’Aviation royale du Canada active de 1959 à 1964, sa phénoménale carrière militaire mérite d’être soulignée.

Né le 2 juillet 1927 à Buckingham au Québec, Joseph Armand Gérard Fernand Villeneuve développe tôt une passion pour l’aviation. À l’âge de 16 ans, il joint la Ligue des Cadets de l’air en espérant accéder au Programme d’entraînement aérien du Commonwealth lorsqu’il atteindra ses 18 ans. La fin de la guerre va toutefois changer ses plans. Travaillant fort pour payer ses cours de pilotage, il obtient en 1946 son brevet de pilote privé aux commandes d’un appareil Piper J-3 Cub. Moins de deux ans plus tard, il accède au brevet de pilote commercial.

En 1950, Fernand Villeneuve s’enrôle dans l’ARC. S’ensuivra des formations sur les avions North American T-6 Harvard et P-51 Mustang. En 1951, sa première affectation de pilote de chasse est à l’Escadron 441 nouvellement réactivé à Saint-Hubert au Québec avec des appareils Canadair CL-13 Sabre. Dans le cadre des engagements du Canada au sein de l’OTAN, cet escadron fut déployé en 1952 en Grande-Bretagne à la base North Luffenham de la RAF, en attendant la complétion des nouvelles bases canadiennes en France et en Allemagne. Durant son séjour en Angleterre, Fernand «Fern» Villeneuve commande l’équipe de démonstration de l’escadron.

De retour au pays en 1954 à Bagotville au sein de l’Escadron 431, il forme une autre équipe de démonstration sur CL-13 Sabre qui participe à divers évènements un peu partout au Canada. En 1955, «Fern» devient instructeur à l’Advanced Flying Training School sur des Canadair CT-133 Silver Star. En 1958, l’état-major demande à F. Villeneuve de mettre sur pied une patrouille acrobatique afin de célébrer en 1959 les 35 ans d’existence de l’ARC et le 50ème anniversaire du premier vol d’avion au Canada. «Fern» choisit lui-même ses coéquipiers qui piloteront la formation de six CL-13 Sabre baptisée Golden Hawks. Il doit quitter les Golden Hawks au bout de deux ans afin de respecter une directive de l’ARC qui ne souhaite pas exposer les hommes mariés trop longtemps à cette mission risquée.

Toutefois, c’est lors d’un banal vol d’entraînement de nuit en 1961 dans la région de Chatam au Nouveau-Brunswick que le moteur de son CL-13 Sabre s’arrête net. Plutôt que de s’éjecter, il décide de poser son avion en catastrophe afin d’éviter l’écrasement de l’appareil sur des maisons qu’il survolait. Il s’en tire miraculeusement, mais avec de sévères blessures au dos. Pour cet acte de bravoure, on lui décerne l’Air Force Cross, la plus haute distinction du Commonwealth en temps de paix. Suite à diverses assignations administratives le temps de récupérer de ses blessures, il est nommé en 1965 Commandant de l’Escadron 434 opérant des Canadair CF-104 Starfighter à Zweibruken en Allemagne.

De retour au Canada en 1970, il commande l’Escadron 414 de guerre électronique volant sur Avro Canada CF-100 Canuck et, à compter de 1972, il dirige l’équipe d’investigation des accidents de l’ARC. En 1976, il devient officier des opérations de BFC Bagotville et vole régulièrement aux commandes de chasseurs McDonnell CF-101 Voodoo de l’Escadron 425 Alouettes. Ayant atteint le grade de Lieutenant-Colonel et comptant plus de 8300 heures de vol sur des avions de combat, Fernand Villeneuve quitte l’ARC en 1982.

Sa retraite de la vie militaire est toutefois de courte durée, puisqu’il joint en 1983 la Force de réserve de l’ARC afin de contribuer au programme de formation des Cadets de l’air. C’est en quelque sorte un retour aux sources quarante ans plus tard ! Adorant toujours piloter, «Fern» y accumulera 3000 heures de vol pendant une vingtaine d’années aux commandes de remorqueurs de planeurs. Il agira également comme conseiller auprès de l’organisme Ailes d’époque du Canada dans le cadre de la restauration d’un CL-13 Sabre aux couleurs des Golden Hawks qui lui sera dédié en 2009.

Ironie du sort, après 73 ans à piloter régulièrement des avions, c’est dans un bête accident de la route qu’il subit les blessures qui provoqueront son décès quelques jours plus tard. Vif d’esprit et très bon pilote malgré ses 92 ans, il était de retour de l’aéroport où il venait de poser son Globe GC-1B Swift immatriculé C‑GLYN. Il pilotait encore pratiquement toutes les semaines cet avion de tourisme fabriqué en 1948 et qu’il avait acquis en 2002. Peu d’aviateurs peuvent se vanter d’avoir piloté régulièrement jusqu’à un tel âge, ni d’avoir eu une si longue et brillante carrière militaire. Pourtant, selon ses amis qui lui rendent hommage, Fernand «Fern» Villeneuve était un «gentleman» d’une grande modestie, toujours prêt à aider ses coéquipiers et la communauté aéronautique. C’est au Bar de l’escadrille que je lève un verre à la vie de cet aviateur hors du commun, car c’est le genre d’endroit où prime une joyeuse camaraderie qu’il affectionnait plutôt que les honneurs !

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4 COMMENTAIRES

  1. Merci Marcel pour cet article qui, comme tous les autres que tu écris, me renseigne avec passion sur l’histoire aéronautique de notre pays. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire sur M. Villeneuve. Un gentlemen « à la Jean Béliveau » qui m’aidera à devenir une meilleure personne comme ce dernier l’a fait!

  2. Sacré personnage que ce Fernand Villeneuve, de la même trempe qu’un Chuck Yeager ou d’un Bob Hoover ! Merci pour ce nouvel article toujours aussi équilibré entre textes et images comme à votre habitude, superbe travail.

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