C’est une parole qui compte dans ce dossier. Ce jeudi 23 avril 2020 Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, était auditionné par la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée Nationale. À cette occasion il est revenu sur la récente décision des Allemands d’acheter des avions de combat auprès d’Airbus DS et de Boeing. Un contrat dans lequel son entreprise n’avait en fait aucune chance.

Non pas que monsieur Trappier se réjouisse que ses concurrents puissent ainsi engranger des contrats pour quelques milliards d’euros, mais surtout pour le signal fort envoyé par Berlin à Lockheed-Martin. Car plus encore que l’achat des Airbus DS Typhoon Tranche 3A, et des Boeing F/A-18F Super Hornet / EA-18G Growler c’est surtout le refus du F-35A Lightning II que le patron de Dassault Aviation souligne. Là encore pas la peine d’y voir une quelconque participation de sa part au bashing constant contre l’avion furtif américain, il s’agit plutôt d’une réaction clairement européenne.

Car une acquisition allemande du Lockheed-Martin F-35A Lightning II en lieu et place de n’importe lequel des trois avions commandés cette semaine aurait sans doute signifier la mort du programme européen SCAF. En décidant d’acheter des Growler et Super Hornet dans un premier temps puis des Typhoon dans un second temps les Allemands ont sécurisé l’avenir de l’un des deux programmes européens du futur. Car le SCAF intéresse tout autant l’industrie aéronautique française qu’allemande, il est donc primordiale pour les deux pays. Et même de plus en plus pour l’Espagne.

En effet une Luftwaffe qui aurait mise en service entre 2024 et 2026 des F-35A Lightning II n’aurait plus eu aucune raison de s’atteler quinze ans à vingt ans plus tard à disposer d’un avion furtif franco-allemand. Les décideurs militaires allemands ont donc eu ici une vision à long terme, et c’est cela qu’Eric Trappier a salué.

On peut aussi analyser le fait que les Allemands ont misé sur des Growler et Super Hornet (quasi) immédiatement disponibles et qui permettraient de voir venir en attendant la maturité du programme SCAF. Ce qui va laisser un peu de temps aux ingénieurs allemands et français pour peaufiner leur programme et pondre quelque chose de vraiment viable.
Une fois encore le PDG du groupe Dassault Aviation, par ailleurs également patron du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, nous démontre sa très bonne lecture du secteur. À n’en pas douter les députés sont ressortis rassurés de cette audition quant à la décision allemande.

Photo © OTAN.

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19 COMMENTAIRES

  1. Ce Monsieur, avec un M majuscule, sait plus que tout autre homme politique actuel, sénateurs et députés, ce que sera l’avenir de la défense Européenne ( si un jour elle existe ! ), Airbus DS et Dassault sont liés sur le SCAF, et Airbus DS vend le Typhoon …, il ne va tout de même pas se facher avec son allié constructeur !

  2. Si j’ai bien compris, la commande de Growler c’est pour posséder un avion de guerre électronique donc là OK je comprends tout à fait et la commande de Super Hornet c’est pour pouvoir uniquement continuer à posséder un avion homologué pour hypothetiquement utiliser la bombe atomique de le cadre de l’OTAN ?
    Car en réalité tout ce que le Super Hornet sait faire, le Typhoon sait aussi le faire. Avec la nouvelle commande de Typhoon, la Luftwaffe aurait tres bien pu se passer de la commande de F/A-18F ordinaire.

    • Non, parce que le Growler, s’occupe de la guerre électronique et de la furtivité active des groupes aériens et remplace le Tornado ECR. Le Super Hornet Block III lui se charge de la B61, et remplace une partie des Tornado pour rationaliser et éviter les micro-flottes (quand je pense que j’évoque 45 avions comme une micro-flotte alors que la Bulgarie, la Slovaquie et la république Tchèque ensemble n’arrive qu’à 36 appareils, mais là je m’égare). Les Eurofighter viennent remplacer le reste des Tornados et les Eurofighter tranche 1 (environ 33)..

        • Les Eurofighters tranche 1 sont des avions uniquement de chasse et avec des problèmes de structures qui ont fait qu’aujourd’hui il n’est pas trop modernisable et je crois que le potentiel de vol n’est pas très élevé.
          Mais les Italiens essaient de les revendre par-ci par-là, sans vraiment trop de succès, mais rien n’empêche les Allemands de tenter. Sinon bah à la casse ou réserve stratégique.

  3. Non pas tout : le Super Hornet est navalisé pas le Typhoon…Ce serait pas mal de voir apponter des SH allemands sur le CDG. Une sacrée avancée pour une Défense Européenneen panne, une énorme montée en compétence pour la Luftwaffe et le pari d’un futur SCAF Naval pour le futur porte avion français voire d’un 2nd européen (rêvons un peu…). Si en plus les capacités des Growlers peuvent déjà servir au CDG…au moins en entraînement pour voir l’intérêt

    • Vous revez beaucoup là. Les allemands n’ont jamais eu de porte-avion, n’ont aucune culture aeronavale embarqué et sont largement antimilitariste.
      Et puis quand bien même, ils ne sont pas prêt d’être à la solde des petits français pour des hypothétique opérations aéronavale sur porte-avion. Alors nous sommes à des années lumière de voir un avion allemand sur le CDG. Non les Super Hornet et Growler opèreront uniquement de la terre ferme comme les australiens.

  4. Oui c bien ce que j’ai dit. (Rêvons…). Par contre quand les français se posent sur un porte avion américain, ils sont à la solde des US pour vous? Et votre ‘petit français’ vous vous le gardez. Le (auto?) dénigrement systématique anti français m’agace au plus haut point. La France a le mérite elle de garder un minimum d’indépendance avec son peu de moyen. Etre invité et acquérir des compétences auprès des americains puis français pour plus d’interopérabilité ne me paraît pas idiot pour les allemands. Quand à leur supposé anti militarisme …une partie de l’opinion allemande peut être… il vole en éclats quand il s’agit de leur industrie et leurs emplois pour fabriquer et vendre des armes…Real politik

    • On va vous demander à chacun de garder votre sang froid dans le débat. Personne ici n’a tenu de propos « anti-français », ne tombez donc s’il vous plait pas dans ce genre de provocation gratuite.
      D’avance merci.

  5. Rien à voir, à la différence près que français et américains possèdent un et plusieurs porte-avion. Quand un Rafale se pose sur un CVN US ou un F-18 sur le CDG ce sont des exercices d’interopérabilité d’une journée. Le soir chacun rentre chez soi. Est-ce que les Rafales opèrent depuis un PA US plusieurs mois pour une OPEX ? Bien-sûr que non. Alors je ne vois vraiment pas dans un futur proche des avions allemands dépendre et être sous les ordres de la marine française pour une mission extérieure. Vous aimeriez vous que les Rafales français dépendent de la marine italienne pour partir en mission ?
    Et puis il ne faut pas mélanger complexe militaro-industriel et opération extérieure. L’Allemagne possède une industrie d’armement solide mais niveau OPEX c’est encore et toujours très réticent. Contre daesh seulement 4 Tornado ECR ont été mobilisés et encore juste pour des missions de renseignement. Ce serais impensable de mener des frappes, celà choquerait trop l’opinion allemande.
    Quand je disait « petit français » c’est évidemment de l’autodérision, c’est que je sais ce que pense beaucoup d’allemand de leur voisin. Si vous croyez qu’aujourd’hui français et allemands sont les meilleurs amis du monde et qu’ils ont définitivement tournés la page de 200 ans d’histoires, vous êtes bien naïf, malgré que les deux gouvernements s’efforcent à vouloir montrer le contraire. Il y a encore au 21ème siècle un fort sentiment francophobe dans l’opinion publique allemande et malheureusement souvent aussi dans la presse d’outre rhin présentant la France comme pompeuse, centraliste, arrogante, prétentieuse et ont une expression moqueuse et ironique très connue en Allemagne pour nous qualifier: « Grande nation autoproclamée ».

  6. Avant de passer à des opex communes et je ne les ai pas évoqués (et encore plus à des frappes), il y a la simple coopération, en exercice, et ce serait déjà très bien. Il me semble que les pilotes rafales ont maintenu leur compétences /qualifications grâce aux installations et PA US durant l’IPER du CdG. Donc une coopération d’un peu plus d’une journée. Quant à un commandement sous pavillon étranger c’est ce que font toutes les armées lors de mandats internationaux. Il n’est pas rare d’avoir le CDG escorté par des bâtiments d’autres Marines EU donc sous commandement du navire amiral sans aucune notion de soumission ou dépendance d’une nation sur une autre. Encore une fois c’était une idée rêvée de Coopération et d’interopérabilité pour un hypothétique futur PA européen et qui allait dans le sens de l’article : on peut imaginer des avantages à la commande de SH plutôt que de F35 par les allemands.
    Derniers points et j’arrête. La grande nation ‘autoproclamée’ a sûrement les défauts qu’on lui reproche mais elle fait parfois des efforts pour garder une ligne diplomatique indépendante et de compromis qui lui vale souvent des reproches (et des jalousies…) de tous les côtés. Quant au présumé sentiment francophobe en Allemagne, on trouve aussi chez nous des germanophobes, anglophobes, italophobes… Bref c’est justement ce type de coopérations qui renforcent les liens et les destinées communes des Européens. Oui je sais encore du rêve…

    • Le Charles de Gaulle est souvent accompagné dans ses missions de frégates allemandes, espagnoles, italiennes, ou encore grecques. Il arrive même parfois que ce soit un destroyer américain.

  7. Je ne vois pas a quoi servirais la formation navale de pilotes allemands et vos exercices franco-allemands si il n’y a rien de concret derrière. Chesapeake était comme vous dîtes juste un exercice pour pilotes américains et français. Le PA a fait des ronds dans l’Atlantique. Même pour deux nations alliés et interventionistes (France et USA) on est loin de partager le même pont d’envol pour une mission de guerre.
    Je sais que le commandement sous pavillon étranger existe mais chacun est sur son navire. Vous croyez vraiment que les allemands ont acheter des Super Hornet avec l’intention de les installer sur un navire étranger ?
    Et puis un porte-avion européen, excusez moi mais quelle horreur. Les 27 n’arrivent déjà pas a se mettre d’accord sur les dimensions réglementaire de la banane alors sur ce que devra faire un navire de guerre… le pauvre navire il restera toute sa vie au port.

    D’ailleurs je me demande pourquoi les F-18 Super Hornet australien sont toujours équipés de leurs barres de catapultage et crosses d’appontage, eux qui n’ont pas pour vocation à être embarqués. Ce serait un gain de masse.

  8. Avant de penser à faire collaborer des Super Hornet allemands avec la Marine Nationale et le CDG, il faudrait déjà parler de formation : si les Rafales Marine et les Super Hornet américains collaborent sans problème sur le CDG ou sur les PA américains, c’est parce qu’à la base ils sont tous pilotes de chasse formés aux appontages et catapultantes, ça ne s’apprend pas en 15 jours.
    À ma connaissance les pilotes de la Marine allemande, et encore moins ceux de la Luftwaffe, ne sont pas formés à apponter sur un PA.
    Et j’imagine que changer tout le cursus de formation pour intégrer ces qualifications serait long et coûteux au vu du bénéfice réel que ça leur apporterait.
    La question ne s’est jamais posée pour les pilotes espagnols, suisses ou finlandais, pourquoi la poser à présent pour les allemands ?

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