L’annonce était très attendue, elle est moins ambitieuse qu’on aurait pu l’espérer. Ce mardi 9 juin 2020 le gouvernement français a dévoilé un plan de relance de l’activité aéronautique très lourdement impacté par la crise du Covid19. Un total de quinze milliards d’euros y est destiné, assorti d’une commande d’aéronefs par l’État à hauteur d’un peu plus de 800 millions d’euros. Pour autant trop de zones d’ombres demeurent encore, qui mériteront un éclaircissement ultérieur.

Après ceux qui ont concerné les hôpitaux et l’industrie automobile et avant celui qui devrait voir le jour pour le monde de la culture le plan de relance de l’aéronautique était très attendu. Et pas uniquement des professionnels de l’industrie.
Rien moins que quatre ministres étaient présents pour l’annonce de ce plan de relance : mesdames Élisabeth Borne et Florence Parly pour la transition écologique et les armées, et messieurs Bruno Le Maire et Jean-Baptiste Djebbari pour l’économie et les transports. Autant dire des poids-lourds gouvernementaux.

Sur le papier le gouvernement d’Édouard Philippe a été généreux avec l’aéronautique. Mais en y regardant de plus près il y a pas mal d’effets d’annonces. D’abord oui quinze milliards d’euros d’aide publique en 2020 c’est une très belle somme, personne ne pourra le nier. Sauf qu’il est bon de les décortiquer.

Sept milliards sur ces quinze font partis du plan de sauvegarde d’Air France. Ils n’ont rien d’une nouveauté puisque cela est dans la carton depuis déjà plusieurs semaines. Donc déjà on n’est dans l’effet d’annonce. Sur la somme colossale de quinze milliards il n’en reste plus que huit. Ce qui reste conséquent, c’est vrai.
Cette enveloppe doit permettre de soutenir non seulement les géants du secteur : Daher-Socata, Dassault Aviation, Humbert Aviation, ou encore Robin Aircraft. Ah oui n’oublions pas le groupe Airbus qui pourra en bénéficier pour toutes ses composantes, y a pas de raison après tout. Mais surtout ce sont des dizaines de sociétés sous-traitantes de toutes les tailles, des plus petites TPE aux plus grosses multinationales comme Safran ou Thalès. Et là on se dit que les huit milliards vont très vite partir.

D’autant qu’un peu plus de 10% va d’ores et déjà servir à couvrir des commandes étatiques destinées aux forces armées, à la Gendarmerie Nationale et à la Sécurité Civile. Mais là encore les effets d’annonces ne sont pas très loin, sans compter les zones d’ombres.
L’enveloppe est annoncée à 842 millions d’euros. Décortiquons un peu.
La plus emblématique est la commande à Airbus DS de trois avions ravitailleurs en vol A330 MRTT Phénix. Des avions destinés à l’Armée de l’Air et qui sont assemblés à… Séville en Espagne. Niveau relance de l’industrie aéronautique en France on a fait mieux. Mais ne boudons pas notre plaisir car les Phénix aident aussi des dizaines d’entreprises françaises.
Mais c’est surtout au niveau des voilures tournantes que les annonces se sont voulues fortes. Madame Parly a insisté sur la commande auprès d’Airbus Helicopters de huit H225M Caracal de transport d’assaut et de soutien opérationnel. Là encore ce n’est pas une surprise puisque ce contrat était dans les tuyaux depuis le mois d’avril. Il est juste légèrement en deçà de la majorité des estimations qui donnaient plutôt entre douze et quinze exemplaires. Bon c’est déjà ça, en période de crise il faut se contenter de ce que l’on a.

La vraie bonne surprise concerne les moyens aériens du ministère de l’intérieur. Et pourtant Christophe Castaner n’était pas présent lors du dévoilement du plan.
La Sécurité Civile d’abord bénéficiera de deux Airbus Helicopters H145 flambants neufs qui viendront compenser les EC145 récemment perdus. Ce n’est pas énorme mais c’était espéré sans réellement trop de convictions.
Surtout c’est la Gendarmerie Nationale qui a de quoi être satisfaite. Elle va pouvoir se défaire des plus anciens de ses monoturbines Eurocopter AS.350 Écureuil acquis entre les années 1980 et 1990. En lieu et place elle recevra un lot de dix Airbus Helicopters H160. Ce biturbine ultramoderne devrait permettre à terme d’apporter de la flexibilité.

Pour autant deux grosses zones floues existent. Et là ça ne concerne pas des effets d’annonce.
La première concerne la volonté de commander un nombre indéterminé de drones à vocation navale. Le souci c’est que la DGA et la Marine Nationale sont déjà engagées dans une telle démarche au travers du programme SDAM (pour Système de Drone Aérien de la Marine) visant à adapter le Guimbal VSR700 aux besoins des militaires français. Ce programme piloté par Airbus DS et Naval Group passera t-il à la trappe ? Ou bien par un habile jeu de passes-passes va t-il «fusionner» avec  celui-ci ?
La seconde est encore plus obscure puisque madame Parly annonce vouloir commander pour l’Armée de l’Air un nouvel ALSR (pour Avion Léger de Surveillance et de Reconnaissance) alors même qu’un tel programme existe déjà. Car si la volonté est d’acheter un avion supplémentaire il faut se souvenir que deux avions doivent entrer en service cette année, et six de plus durant la décennie. Pour mémoire l’ALSR est basé sur Beechcraft Super King Air 350 américain. Sauf bien sûr si la ministre des Armées entend développer un ALSR à partir d’un avion français. Mais là c’est quelque chose qui risque de s’avérer très compliqué à mettre en œuvre sur un tel plan de relance.

Enfin rien pour la modernisation des Dassault Aviation Rafale de l’Armée de l’Air et de la Marine Nationale ou encore pour la formation des personnels. De même l’Aviation Légère de l’Armée de Terre semble être la grande oubliée de ce plan. Pourtant ses hélicoptères et ses quelques avions vieillissent très vite.

Au final donc ces quinze milliards d’euros de plan de relance aéronautique sont beaucoup d’effets d’annonces, quelques vraies avancées, et un peu (beaucoup) de réchauffé ! Espérons désormais que les plus petites structures de l’industrie aéronautiques sauront aussi en profiter, pas uniquement les plus grosses entreprises du secteur.
Affaire à suivre.

Photo © Armée de l’Air.

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2 COMMENTAIRES

  1. Déjà qu’avant crise la France était ricrac niveau argent publique alors aujourd’hui on peut le dire, on est carrément ruiné. Depuis quelques semaines les milliards pleuvent, pourtant dans un discours il y a quelques mois E.Macron disait qu’il n’y a pas d’argent magique, mais là ça y ressemble beaucoup, la dette quoi.

    J’ai l’impression que ce plan mélange un peut tout. Les A330mrtt sont inclus et pourtant ils étaient prévus depuis longtemps puisque que la France en a commandé 15 au total. Livraisons accéléré ? Sur les machines non prévus c’est en effet pas très ambitieux.

    Est-ce que cet argent publique sont des dons où alors une sorte de dette que ces sociétés devront rembourser quand elles iront mieux financièrement ?
    Airbus qui est une société européenne est-ce que les autres pays mettent aussi la main à la poche, selon leurs moyens bien-sûr.

  2. Il faudra attendre plus d’explications,mais il s’avère que 3 Airbus seraient livré a330 et qu’il passeraient en mrtt plus tard via un recordîng Airbus Spain,par contre les caracals sont destinés à remplacer les puma qui font la samar solenzara et outre mer pourquoi ne pas passer direct au hil 160

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