Beaucoup y voient à tort un souhait d’aligner les forces navales australiennes sur leur homologue américaine. L’état-major de la Royal Australian Navy a annoncé son intention de se séparer des six NH-Industries MRH-90 Taipan qu’elle possède. Ces hélicoptères conçus pour la Royal Australian Army sont considérés comme totalement inaptes aux opérations navales, en raison notamment d’un défaut de traitement anti-corrosion. Les marins australiens semblent désormais se tourner vers Lockheed-Martin et sa branche voilures tournantes Sikorsky.

En fait au-delà d’un bête réalignement pro-américain c’est bien plus une idée de rationalisation des moyens qui motive la Royal Australian Navy.
Actuellement à bord des navires de guerre australiens on rencontre deux types d’hélicoptères : des NH-Industries MRH-90 Taipan de transport et de recherches-sauvetages au combat et des Sikorsky MH-60R Seahawk de combat naval, pour un total de trente machines. C’est à dire six exemplaires de l’hélicoptère européen et vingt-quatre de l’appareil américain. On ne compte évidemment pas les hélicoptères d’entraînement qui eux n’embarquent pas en permanence.

Or à l’usage la Royal Australian Navy s’est rendue compte que l’hélicoptère européen lui était totalement inutile. Ce qui fait une grosse différence avec la Royal Australian Army qui ne tarie pas d’éloges sur lui. Ce n’est donc pas une question diplomatique ou politique australienne mais bien militaire.
Et les reproches sont nombreux. En premier lieu, et pas des moindre pour un hélico en service dans une force aéronavale, le MRH-90 Taipan rouille ! En fait ayant été conçu stricto sensu comme terrestre il n’a reçu aucune peinture anti-corrosion. Ensuite à l’usage les marins australiens prétendent que l’appareil est moins confortable d’utilisation que le MH-60R Seahawk. Le repliage de ses pales de rotor prend plus de temps, il serait peu manœuvrable dans les hangars, et enfin son entretien mécanique demande un surcout de formation par rapport à ce même MH-60R Seahawk. S’il y a donc un peu (beaucoup ?) de mauvaise foi il y a aussi de vrais arguments de la part des Australiens.

Alors quel hélicoptère pour remplacer ces six MRH-90 Taipan ? Eh bien les amiraux australiens ont déjà fait leur choix, sans même le moindre appel d’offres. Ce sera le Sikorsky MH-60S Knighthawk qui dérive lui-même du Seahawk. Pour le coup on ne peut que leur donner raison. Conçu pour l’US Navy il est navalisé d’origine donc ne craint pas la corrosion et son entretien mécanique est facilité par la communauté de pièces et de procédures avec le Seahawk.

Reste désormais pourtant deux obstacles, institutionnels dans les deux cas. Le premier ne sera pas compliqué puisqu’il s’agit de l’aval du gouvernement américain. L’Australie est un allié et un client fidèle, la DSCA autorisera rapidement cette exportation, cela ne fait aucun doute.
Le second sera sans doute plus délicat : les parlementaires australiens, de la majorité comme de l’opposition. Échaudés par l’affaire des EC-665 Tiger ils sont désormais moins enclins à écouter les jérémiades des militaires quant aux matériels achetés qui finalement ne leurs plaisent plus une fois en service. Et au parlement australien le cas de ces six machines fait déjà débat. Les marins vont devoir jouer un jeu très politique s’ils veulent avoir l’autorisation du pouvoir législatif. En Australie comme en France le parlement surveille de très près l’action des militaires. Et ça se comprend.

Appontage d’un MRH-90 Taipan sur un navire de l’US Navy.

Donc au final rien n’est joué pour le retrait du service naval du Taipan et son remplacement par le Knighthawk. Les marins australiens risque de se heurter à une réalité bien palpable depuis quelques années : la différence entre vouloir et pouvoir.
Pour la petite histoire les six machines indésirables seraient alors reversées à la Royal Australian Army en cas d’achat américain.
Affaire donc à suivre.

Photos © US Navy.

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11 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Je pense que dans votre dernière phrase vous souhaitiez dire « …reversé à la Royal Australian Army. »
    Merci pour vos articles

  2. J’ai vraiment l’impression que le matériel européen à une image déplorable en Australie, en tout cas sur les hélico (Tigres, NH90).
    C’est vrai ? C’est dû à la qualité de nos machines ? A leurs utilisations en Australie ? A la chaîne de montage en Australie ? A un peu de mauvaise foi ?

  3. Arnaud, corrigez-moi si je dis une bêtise. Il me semble que la Marine Nationale il y a quelques a fait les mêmes reproches concernant la corrosion de cet hélico.

  4. C’est un peu curieux de la part de la marine australienne de reprocher à un appareil (qui à priori n’était pas conçu pour des mission maritimes) de lui reprocher de ne pas convenir. N’étais-ce pas un problème de casting à la base?

  5. Quand on veut piquer un chien on dit qu’il a la rage. La peur de la Chine les force à se blottir dans les jupons des USA, et un signe d’allégeance fort est d’acheter du matos US.
    Ils ne sont pas les seuls à faire se calcul… Il y en a même en Europe qui font pareil parcequ’ils ont peur des Russes. Je vous laisse deviner…

  6. Et surtout je conseille à nos amis australiens qui sont très pointilleux sur la qualité, la fiabilité, les coûts d’heures de vols, de continuer à acheter des f35 qui sont en tous points irréprochables !
    Je m’excuse par avance auprès d’Arnaud pour mon f35 bashing, mais ça me brûlait la langue.

  7. Bonjour. Le NH90 a connu de nombreux problèmes lié à la corrosion sur les versions terrestre comme navale. La situation s’est grandement améliorée à la suite d’un plan d’action très important.
    Concernant l’utilisation d’une version terrestre sur navire, elle est possible mais il existe des versions navalisés du NH90 beaucoup plus adapté (repliable automatique, train d’atterrissage adapté aux manœuvres sur bateau, harpon pour sécurisé l’appontage).
    La version terrestre semble être plutôt apprécié de l’armé australienne.

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