Vu de ce côté ci de l’Atlantique nord on aurait pu croire que la province francophone canadienne ait été vaccinée des aventures technologiques aéronautiques. Pourtant depuis quelques semaines maintenant une information vient démontrer que le Québec serait en passe de signer un accord industriel avec l’avionneur ukrainien Antonov en vue d’ouvrir localement une chaîne d’assemblage. Plusieurs modèles sont concernés, dont l’An-74 conçu durant l’ère soviétique ou les plus récents An-140 et An-148/An-158. C’est autant le marché nord-américain que la géopolitique qui semblent commander ce futur accord.

Faire voler des avions aussi rustiques que les machines construites par Antonov sur le marché nord-américain semble d’emblée une excellente idée. Canada et États-Unis sont clairement des pays totalement taillés pour des avions comme le biréacteur An-74 ou le bimoteur à turbopropulseurs An-140. Il s’agirait alors d’en faire des avions destinés à des vols domestiques.
D’autant que l’Ukraine sait pertinemment que tant que Moscou sera dirigée par l’oligarchie de Vladimir Poutine les marchés lui seront fermés. Celui de l’Union Européenne lui est inaccessible en raison des normes environnementales bien trop draconiennes édictées par Bruxelles. Bizarrement les Nord-Américains sont moins regardant sur cette question.

Oui enfin jusqu’à une certaine limite.
Les motorisations russes et ukrainiennes ne passant absolument pas les standards de la Federal Aviation Administration et de Transport Canada Antonov a eu l’idée de faire rééquiper ses avions sous l’égide de Pratt & Whitney Canada. L’équipementier CMC Electronics, dont le siège social est sis au Québec, pourrait lui-aussi tirer son épingle du jeu en proposant une partie de l’avionique. Et comme Antonov a bien appris sa leçon l’avionneur ukrainien a créé une filiale locale : AAC, pour Antonov Aircraft Canada.

Pour autant AAC n’a pas encore les moyens d’acquérir une chaîne d’assemblage. Pour cela elle compte sur la puissance publique québécoise. Vous savez la même qui a permis à Airbus de racheter totalement, en prenant son temps, le programme de l’avion de ligne Bombardier CS.300 !
En fait les décideurs ukrainiens s’appuient sur un mécanisme financier appelé SPRINT, pour Soutien aux PRojets d’INvestissement Transformateur. Celui-ci a été émis par le gouvernement québécois afin de faciliter l’investissement étranger dans la province francophone. Les dirigeants de SPRINT n’ont jamais caché leur intérêt pour l’industrie aéronautique.

Un accord, espéré par Antonov Aircraft Canada d’ici fin août 2021, permettrait à l’avionneur de pouvoir envisager un premier assemblage d’An-74 occidentalisé d’ici dix-huit mois. De quoi relancer la carrière de cet avion d’ancienne génération. Les An-140 à deux turbopropulseurs et An-148/An-158 biréacteurs seraient eux mêmes disponibles d’ici trois ans environ. Et AAC laisse même planer l’hypothèse d’un avion totalement nouveau conçu spécifiquement pour les besoins nord-américains et destiné à n’être assemblé qu’au Québec. L’option est séduisante.
La balle est donc désormais dans le camp des responsables gouvernementaux québécois.
Affaire donc à suivre.

Photo © Wikimédia Commons.

Publicité

7 COMMENTAIRES

  1. Les déboires financiers de Bombardier ont amené Airbus à solidement s’implanter au Québec. La région de Montréal demeure la troisième technopole aéronautique en importance au monde et le Québec est toujours à l’affût de nouveaux investisseurs. L’important est la création d’emplois très bien rémunérés, peu importe l’entreprise qui s’implante. Il est question ici du développement d’une nouvelle génération de l’avion cargo Antonov An-74 aux standards occidentaux. Le mariage des expertises aéronautiques québécoise et ukrainienne va s’avérer intéressant, si jamais le projet se concrétise.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom