Le débat est revenu sur le devant de la scène politique espagnole. Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’évolution future de la chasse embarquée au sein de l’Armada Española suscite toujours autant de débats à Madrid entre pro-Européens et pro-OTAN. En filigrane c’est bien entendu le remplacement à court ou moyen terme des actuels douze McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II qui pose problème. L’Espagne peut t-elle de nos jours encore disposer d’une chasse embarquée digne de ce nom ?

On croyait le débat terminé depuis maintenant un peu plus d’un an et l’option d’une future acquisition d’un petit lot de Lockheed-Martin F-35B Lightning II totalement acquise par la classe politique espagnole. C’est finalement moins simple qu’il n’y paraît.
À l’instar de l’Allemagne ou de la France l’Espagne dispose d’une puissance parlementaire indiscutable. Ses élus ont quasiment tous les pouvoirs, et notamment ceux de faire et de défaire les programmes d’acquisition de matériels militaires. En cela ils sont plus puissant que nos députés et sénateurs.
Or sur la question de l’avenir de la chasse embarqué au sein de l’Armada Española, ils sont divisés.

Les atlantistes sont totalement convaincus qu’il faut en passer par une commande d’une vingtaine de F-35B Lightning II d’ici 2025 afin de permettre de maintenir les AV-8B Harrier II, et l’unique TAV-8B de transformation opérationnelle, en condition de vol jusqu’à la fin de la décennie. Selon leur analyse ces avions permettraient à l’Espagne de demeurer compétitive face à ses alliés de l’OTAN.
Les europhiles y sont catégoriquement opposés, arguant qu’il s’agirait d’un recul significatif de la puissance européenne vis-à-vis des États-Unis. Ces derniers sont favorables à un maintien forcé des AV-8B Harrier II jusqu’à maturité du programme SCAF et de sa version embarquée. L’Espagne en ferait alors l’acquisition, au même titre que la France. Même si cette option est séduisante elle oblige à deux chantiers colossaux pour l’Espagne : conserver des avions d’attaque qui d’ici 15 ou 20 ans seront hors d’âge et lancer au plus vite le développement d’un porte-avions susceptible de recevoir les dits SCAF embarqués.
Le porte-aéronefs Juan Carlos I n’a pas été pensé pour de tels avions.

On le voit la situation est loin d’être calmée entre atlantistes et europhiles, autrement dit entre respectivement droite et gauche espagnole. Et les militaires dans tout ça ? Ils n’ont pas leur mot à dire. Depuis la chute de la dictature franquiste la démocratie espagnole se méfie souvent de ses armées. Quelques indices laissent cependant à penser qu’ils seraient sur la même voie idéologique que les atlantistes, celle du Lockheed-Martin F-35B Lightning II.
Affaire donc à suivre.

Photo © ministère espagnole de la défense.

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6 COMMENTAIRES

  1. On pourrait leur proposer une autre « soudure » entre les Harrier et le SCAF : l’Espagne investit dans une flottille Rafale M, on amplifie la commande avec 6-10 exemplaires pour la Marine dans le lot afin de compenser l’attrition et donner un peu d’air.
    La flottille Armada serait regulièrement embarquée sur le CDG pour former les pilotes, les mécanos, les pistards, entretenir les qualifications, voire se déployer en OPEX, y compris en indo-pac. Et s’il décident finalement de construire un PA, ils ont déjà un noyau de pilotes, de compétences et d’appareils… à compléter par des SCAF.
    Défense européenne en somme.
    (Bon, OK, y’a plein plein de raisons objectives contre…)

    • C’est ce qui était envisagé avec la Belgique si elle choisissait le Rafale. La France avait envisagé que en plus d’acquérir des Rafales B et C, elle aurait acquis des Rafale M pour embarquer un petit contingent de pilotes belge sur le Charles de Gaulle et mener des missions en mer au côté des marins et Rafales français.

  2. Bonjour Arnaud. Effectivement, tourner le dos au F35 B sera un choix lourd, voire Fondateur de la politique militari industrielle de l’Espagne.
    Pour ma.part, je la voyais un peu comme un boulet sur le SCAF, avec pour excuse qu’à trois pays, le fond Européen octroyant des fonds. Mais le choix est sans demi mesures:
    – soit c’est le F35 B est l’Espagne se connecte au généreux réseau de liaison de données pour le prix d’une continuité des Matador.
    – soit c’est le SCAF en mutualisation avec sa flotte basée à terre, mais un porte avion de la classe Queen Elizabeth avec catapulte et brins d’arrêt, soit trois à cinq milliards.
    Et cerise sur le gâteau, c’est Indra l’Espagnol qui va travailler sur la liaison de données du SCAF. Ce qui peut poser quelques problèmes de confidentialité si l’Espagne se dote aussi du F35, dont les moyen d’intelligence électroniques sont la pierre angulaire.
    De plus si c’est porte aéronefs et F35, l’Espagne sera compatible avec l’US Marine Corps.
    Si c’est porte avions et SCAF, ce sera la où santé US Navy qui sera ravie d’interopérer avec la marine Espagnole.
    Dans tous les cas, la marine Espagnole gagné une vitrine exceptionnelle

    • Merci E-Faystos pour vos commentaires réguliers, mais par pitié prenez cinq minutes pour les relire car honnêtement ils sont difficilement compréhensibles.

  3. Entre le maintien en condition opérationnelle pour 15/20 ans de plus des harrier, l’étude et la réalisation d’un porte-avions CATOBAR et l’achat de SCAF embarqué, je n’en voudrait pas aux espagnols d’acquérir des F-35B. C’est le choix de la facilité immédiate ou du très gros investissement étalé sur les 20 prochaines années.
    Je me demande si l’Espagne à encore réellement besoin d’une aviation embarqué. Sur quels théâtres d’opération à t’elle déployé ses harriers dernièrement ?

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