Avec le Rafale Emmanuel Macron a t-il péché par excès de confiance ?

C’est une petite phrase prononcée par le Président de la République en marge de sa visite d’état au Brésil qui depuis excite la sphère médiatique franco-française. Emmanuel Macron a déclaré : «rien n’est jamais perdu !». Or cela concernait une éventuelle (future ?) vente du Dassault Aviation Rafale F4 à destination de la Força Aérea Brasileira. Est-ce réellement raisonnable de penser et surtout de dire publiquement cela ?

On le sait Emmanuel Macron est comme son prédécesseur, François Hollande, un chef de l’État qui vend bien le Rafale. Son premier quinquennat en atteste parfaitement. De ce fait les relations entre l’Élysée et Dassault Aviation sont forcément très bonnes et le Président de la République est dit-on quelqu’un qui connait sur le bout des doigts les tenants et les aboutissants du chasseur omnirôle tricolore. En même temps c’est aussi son job. Quand il se rend dans un pays étranger susceptible d’acheter ce biréacteur il entraînement avec lui une partie de l’état-major de Dassault Aviation. C’est une tradition qui remonte à Charles de Gaulle et George Pompidou qui n’hésitaient pas à convier Marcel Dassault. François Mitterrand et Jacques Chirac en firent de même avec son fils Serge.

Sauf que la visite d’état au Brésil réalisée cette semaine n’était pas franchement celle où on pouvait espérer une déclaration d’amour du président Lula da Silva envers le Dassault Aviation Rafale. L’avion français avait déjà été rejeté en décembre 2013 par Dilma Rousseff au profit du Saab JAS 39E/F Gripen suédois, localement connu comme F-39E. D’autant plus que justement la Força Aérea Brasileira a récemment annoncé vouloir obtenir des exemplaires supplémentaires de cet avion de combat monoréacteur. On comprend de ce fait d’autant plus mal la «petite sortie» présidentielle française. Excepté si on imagine le Président de la République entamer un bras de fer avec son homologue brésilien.

On sait en effet que Lula da Silva aimerait qu’Emmanuel Macron l’autorise à nucléariser le sous-marin Álvaro Alberto, dernier de la classe Riachuelo à propulsion diesel électrique. Il s’agit en fait d’une évolution locale du célèbre Scorpène français développé par la DCNS, aujourd’hui Naval Group. Une propulsion faisant appel à l’atome permettrait à la Marinha do Brasil d’entrer clairement dans la cour des grands. Et certains «analystes» et «experts» envisagent que le chef de l’État puisse jouer la carte, très risquée, du chantage. En somme le réacteur K15 contre le Rafale F4. À titre très personnel je ne crois pas une seule seconde à une telle manipulation macronienne. Ce serait jouer avec le feu au risque de perdre celui qui demeure notre principal partenaire économique en Amérique du Sud.

L’option la plus logique autour de cette petite phrase c’est simplement que les mots aient dépassé la pensée du Président de la République. Et que parce qu’il a une confiance sans doute excessive dans les chances d’exporter le Dassault Aviation Rafale il se voit tout-puissant avec cet avion. Certains diraient même jupitérien ! Alors pour reprendre une expression un rien familière, à mon sens le Rafale au Brésil : «c’est mort !».

Affaire (cependant) à suivre.

Photo © Dassault Aviation.

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ARTICLE ÉDITÉ PAR
Arnaud
Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

13 réponses

  1. Bah!… notre président est un président moderne: tout dans la com’
    Ses conseillers en communication doivent sortir assez de petites phrases qui feront le buzz le lendemain pour que l’emballement médiatique ne s’attarde pas sur les vrais problèmes.
    Super!!! On va refourguer notre Rafale aux brésiliens pour qu’il puissent survoler l’Amazonie avec un réacteur de plus que le Gripen. D’ici là, il n’y aura peut-être plus d’Amazonie parce qu’il faut déforester à tours de bras pour produire l’huile de palme ou autre tourteaux de soja qu’on va leur acheter en échange…
    Et pendant ce temps là, ici nous n’avons plus grand chose à accrocher sous les ailes de nos avions ou à enfiler dans les tubes de nos Caesar, mais chut!… parlons d’autre chose.
    On n’a même plus de poudre à canon. Déjà qu’au moment du Covid on s’est aperçu avec effroi qu’on n’avait plus les poudres pour faire du Doliprane. […]
    Alors cette histoire de Rafale brésiliens, on en reparle dans un an ou deux, hein!… Enfin pas sûr, ce sera passé aux oubliettes de la petite histoire. Restera juste une belle image de notre président avec Lula et le chef Raoni…

    1. Bonjour MikeLima j’ai été obligé d’ôter un des paragraphes de votre commentaire car il nous exposait à d’éventuelles poursuites en diffamation.
      Bonne journée.

  2. Un dérapage verbal qui n’apportera rien pour le Rafale au Brésil ( ça me rappelle les annonces du président Sarcozy ). D’ailleurs même pour la propulsion de leur SouMs, j’ai un doute sur la faisabilité à court ou moyen terme. Même avec un combustible peu enrichi, il va être difficile de ne pas bouleverser – même symboliquement – les traités de non-prolifération

    Le programme Aukus va aussi en faire l’expérience… sans compter les problèmes capacitaires des USA et du RU.

    J’imagine que Dassault préfèrera se concentrer sur d’autres prospects (et accessoirement sur la montée en puissance de ses propres capacités de prod)..

  3. J’ai bien du mal à saisir le buzz fait autour de cette petite phrase. Rien n’est jamais gratuit dans le langage diplomatique. Alors que les médias s’emballent sur « la vente de Rafale », j’imagine plutôt une sous-traitance sur des composants critiques du Rafale. La chaîne de sous-traitance a du mal à suivre la montée en puissance de la chaîne de production du Rafale. Aussi, la fabrication de certains éléments au Brésil, ferait sens. A mon humble avis 😉

  4. Moi je trouve que la remarque est loin d être crétine. Pourquoi. Parce que saab est un constructeur d avion certes moderne mais qui va de plus en plus être à la marge. Ce n est pas pour rien qu ils pourraient être associé sous conditions au scaf. Nous avons également signé des partages de défense avec la Suède. Alors proposer du rafale aux brésiliens ça n à pas de sens mais proposer du scaf pourquoi pas.
    Ils ne faut pas oublier que les tensions en Amérique du Sud sont tout de mêmes importantes avec des argentins revanchards et des venezueliens pro Moscou. Les milices communistes sont toujours actives et le Brésil se verrait bien en gendarme du continent compte tenu de l isolatilnisme latent des américains.

  5. Ce n’est pas rien de fournir la technologie de chaufferie nucléaire, porte ouverte par le contrat de submersibles nucs US à l’Australie. Donc pour moi, c’est normal que la France parle de contre-parties.

  6. Macron est un bon président (là je sens que je ne vais pas me faire que des potes) mais il s’emporte parfois dans son excitation. Et oui comme le dit Arnaud il vend bien le Rafale mais là je suis d’accord on a aucune chance.

    PS : merci pour l’article sur les avions de guerre électronique, j’ai appris plein de chose. C’est énorme.

  7. bonjour. au contraire, je pense pour une fois que le rafale a toutes ses chances, vu le contexte et la demande du Brésil. et les affaires sont les affaires ! le président Macron a raison, les USA pratiquent le chantage en permanence, même si leur capacité de pression et rétorsion est sans commune mesure. Qui peut aider le Brésil en dehors de la France. Personne

  8. J’ai une autre hypothèse, le président Macron pensait peut-être à des exercices conjoints entre les forces aériennes françaises et brésiliennes. Le Rafale étant déjà régulièrement déployé en Guyane française, peut-être qu’on verra des vols en conserve Rafale et F-39E au-dessus de l’Amazonie …

  9. Rien dans ses propos ne vient étayer une future vente de rafale. J’y vois davantage une promesse de coopération entre nos deux armées. Après qui sait. L’avion est disponible si les brésiliens souhaitent l’acheter. Mais ce buzz autour d’une petite phrase citée hors contexte est assez incompréhensible.

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