Ce n’est ni le plus célèbre ni numériquement le plus important client de l’avion américain de patrouille maritime. La Royal New Zealand Air Force aligne actuellement quatre Boeing P-8A Poseidon acquis voici huit ans et opérationnels depuis trois. Des avions qui disposent désormais de missions de plus en plus diversifiées et pourraient même redonner à la RNZAF des capacités perdues après le retrait des Douglas A-4K Skyhawk voici un quart de siècle. En Nouvelle-Zélande une telle possibilité future ne fait pas que des heureux.

Normalement un avion de patrouille maritime cela sillonne les cieux au-dessus des mers et océans à la recherche de tout navire pouvant, à la surface autant que sous les flots, compromettre la souveraineté du pays. Par extension ce sont généralement aussi des appareils capables de mener des missions lointaines de recherches et de sauvetages en mer, moyennant l’emport de chaînes SAR aérolargables. On leur octroie également de temps à autre de la simple surveillance côtière voire même du contrôle des zones de pèches. Cela représente bien le quotidien des équipages des quatre Boeing P-8A Poseidon du N°5 Squadron de la Royal New Zealand Air Force. Ils alternent donc fonctions guerrières et vols de service public.
Pourtant depuis quelques mois la Royal New Zealand Air Force et Boeing ont commencé à rendre plus polyvalents ces biréacteurs. En premier lieu ils ont été dotés de nouveaux équipements permettant de remplir des missions dites ISTAR (abréviation de Intelligence, Surveillance, Target Acquisition, Reconnaissance) faisant de ces dérivés du Boeing 737-700 des avions capables de mener des actions au-dessus de la terre ferme, et d’une manière générale très éloignées de celles habituelles d’un patrouilleur maritime. On parle ici de reconnaissance stratégique, de surveillance électronique, et donc d’acquisition de cibles. Un dernier point étonnant quand on sait que ces P-8A Poseidon sont depuis 2001 et le retrait du service du dernier A-4K Skyhawk les seules avions d’armes néo-zélandais.
C’est justement là qu’intervient le nouveau chantier lancé en parallèle du programme ISTAR. Baptisé NZDF Enhanced Strike Programme il prévoit que les quatre Boeing P-8A Poseidon puissent prochainement emporter des munitions air-sol de précision en lieu et place des torpilles, charges de profondeur, et autres missiles antinavires habituels pour ce genre d’avion.
Doter des avions de patrouille maritime d’une capacité d’attaque au sol, est-ce si révolutionnaire que cela ? Non pas vraiment puisqu’en France la Marine Nationale fait cela depuis des années avec ses Dassault-Breguet ATL-2 Atlantique, y compris en opérations extérieures. Et cette capacité fait partie du cahier des charges du futur Airbus Defence A321 MPA. On peut d’ailleurs considérer que les aviateurs néo-zélandais se sont sans doute inspirés des marins français.

Reste juste à savoir pourquoi la Nouvelle-Zélande cherche à disposer d’une telle capacité de frappe, elle dont les avions ne participent à des missions extérieures que sous l’égide de l’ONU. On a notamment vu ses P-8A Poseidon surveiller les côtes aux abords de la Corée du Nord ou encore du détroit d’Ormuz. Ce que l’on sait c’est que cette décision d’armer plus lourdement encore les patrouilleurs maritimes de la RNZAF ne fait pas que des heureux à Wellington où certains y voient les prémices du futur retour d’avions de combat dans ce pays fondamentalement pacifiste, et même parfois antimilitariste. La Nouvelle-Zélande est aussi une démocratie qui cultive l’art du compromis.
Affaire (donc) à suivre.
Photos © Royal New Zealand Air Force
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