À l’automne 2023, le Canada confirmait que la succession de ses vénérables Lockheed CP-140 Aurora sera assurée par des Boeing P-8A Poseidon. Depuis, l’assemblage des premiers P-8A canadiens a débuté et l’ensemble des appareils commandés doiventt être livrés à l’Aviation royale canadienne (ARC) d’ici 2030. En parallèle, la formation de militaires canadiens sur P-8A est en cours depuis un certain temps, notamment en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande où ils s’entraînent avec les équipages de ces pays respectifs.
Les jours de service actif des CP-140MMA sont donc comptés. On apprenait récemment qu’un premier lot de quatre appareils Aurora entameront prochainement leur dernier voyage vers les installations de l’entreprise québécoise Aerocycle spécialisée dans le démantèlement éco-responsable d’aéronefs en fin de vie. Tous les valeureux CP-140MMA connaîtront-ils le même sort ? Il semble bien que non.
Le Canada aurait proposé au Chili le transfert de quatre appareils Aurora. Deux appareils destinés à servir de gisement de pièces détachées pourraient être livrés à court terme. Les deux autres feraient préalablement l’objet d’une mise à nouveau. Ceux-ci renforceraient considérablement les moyens de l’Armada de Chile qui ne dispose actuellement que de deux avions de patrouille maritime P-3ACH Orion opérationnels. La Marine chilienne aligne aussi une petite flotte de bimoteurs légers Vulcanair P-68 Observer II (dérivé du Partenavia P-68), aux capacités plutôt limitées.


Modernisé à plusieurs reprises, le CP-140MMA Aurora est la version sans doute la plus évoluée du fameux Orion, intégrant des radars de surveillance maritime de pointe, des capteurs électro-optiques, des systèmes acoustiques de lutte anti-sous-marine, des équipements de communication cryptées et des systèmes modernes de gestion de mission. Grâce à ces capacités, il peut mener à bien un large éventail de missions, notamment la lutte anti-sous-marine et anti-navire, le renseignement, la surveillance et le contrôle des flottes de pêche étrangères et de la zone économique exclusive, la coordination des opérations navales et les missions de recherche et de sauvetage. De plus, son rayon d’action d’environ 9300 kilomètres en fait une plateforme particulièrement adaptée aux opérations au-dessus des vastes étendues océaniques bordant le Chili.
La Marine chilienne n’en est pas à sa première coopération avec l’industrie aérospatiale canadienne. Il y a quelques années, IMP Aerospace & Defence a réalisé le programme Albatros IV pour les P-3ACH Orion, qui comprenait le remplacement des ailes et des stabilisateurs, la modernisation de la motorisation et l’intégration d’une avionique numérique de nouvelle génération. Ces modifications ont prolongé la durée de vie des appareils chiliens d’environ 15000 heures de vol supplémentaires, soit l’équivalent d’une vingtaine d’années de service. C’est cette même entreprise, située à Halifax en Nouvelle-Écosse, qui se chargerait de la mise à niveau des appareils Aurora destinés au Chili.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le Canada souhaite renforcer sa collaboration avec l’Amérique du Sud dans les domaines du commerce, de la défense et des minéraux critiques, une démarche que le gouvernement Carney a accélérée depuis l’an dernier. Cette nouvelle n’a pas encore été confirmé par les gouvernements chilien et canadien, mais elle semble assez crédible pour s’y intéresser. Souhaitons donc une seconde vie à ces fringants vétérans canadiens, plutôt que de finir prématurément chez le ferrailleur. Aussi, pour la postérité, un Aurora va sûrement se retrouver un jour au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à Ottawa et qui sait… éventuellement un autre dans un musée chilien !
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Une réponse
Le cas chilien est intéressant car il y a un vrai questionnement à avoir sur l’avenir de la patrouille maritime au sein des forces aéronavales intermédiaires. Toutes n’ont pas les moyens de se payer le Boeing P-8A Poseidon ou bien le futur Airbus Defence A321 MPA. L’idée d’acquérir des Lockheed CP-140 Aurora de seconde main est certes une vision court-termiste mais elle illustre bien cette problématique.