Quand il a envahi l’Ukraine en février 2022 le dictateur russe Vladimir Poutine pensait affaiblir l’OTAN et l’Union Européenne ; c’est raté ! L’un des symboles forts de cet échec du Kremlin réside dans la politique de dissuasion nucléaire française mise en place par Emmanuel Macron auprès de nos partenaires européens. Désormais dix d’entre eux sont prêts à voir leur territoire ponctuellement accueillir des avions de combat Dassault Aviation Rafale B de l’Armée de l’Air et de l’Espace, armés de missiles ASMPA-R à charge thermonucléaire. Un onzième pays européen, frontalier de la fédération de Russie, est actuellement en pourparlers avec la France.
Pour mémoire en France la dissuasion nucléaire repose sur deux vecteurs de frappes très différents appartenant à deux armées. Quand l’Armée de l’Air et de l’Espace emploie ses chasseurs omnirôles Rafale B et leurs missiles ASMPA-R* la Marine Nationale de son côté a recours à ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de classe Le Triomphant avec leurs missiles balistiques M.51. Pour faire simple et un peu caricaturer la chose l’Armée de l’Air et de l’Espace pourrait vaporiser une grande ville ou une installation militaire majeure alors que de son côté la Marine Nationale annihilerait toute capacité de riposte de l’ennemi… voire l’ennemi lui-même.
Ce que nos partenaires européens ont choisi justement c’est cette double capacité. Et ce même s’ils n’auront jamais la main dessus, ou le doigt sur le bouton rouge. Car malgré les accords de défense et de dissuasion, ce que certains appellent de manière imagée le «parapluie nucléaire français», c’est bien Paris qui aura le dernier mot en matière de mise en œuvre ou non d’une frappe nucléaire contre un ennemi X ou Y.
Jusqu’à récemment neuf pays avaient fait le choix de se poser sous la protection de l’Armée de l’Air et de l’Espace et de la Marine Nationale, en fait sous celle de l’Élysée : l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la Grèce, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, le Royaume-Uni, et la Suède. On remarquera que l’avant-dernier de ces pays est connu pour disposer lui aussi d’une capacité de frappes nucléaires, certes un peu moindre que la nôtre mais bien réelle. En fait le Royaume-Uni a un gros souci de souveraineté sur son arsenal thermonucléaire : il n’en a aucune. Londres doit avoir l’aval de Washington DC si elle veut se servir d’une telle arme.
En temps normal, en fait avec un Président des États-Unis d’Amérique sain de corps et d’esprit, cela n’aurait jamais dû poser le moindre souci. Sauf que le 47ème et actuel président américain est un dingue totalement imprévisible. On se plaignait de Vladimir Poutine au Kremlin mais Donald Trump à la Maison-Blanche n’est guère mieux. C’est docteur Folamour en live direct 24 heures sur 24. Le type est tellement azimuté que quand il n’a pas des vues expansionnistes sur les territoires de ses voisins (dont le Canada, la France, et la Grande Bretagne) il change les noms des golfes et lacs qui bordent les États-Unis. Le tout avec son énorme… feutre noir.
Vous comprendrez aisément que le Royaume-Uni veuille se trouver de nouveaux alliés nucléaires ? Ça tombe bien l’Entente Cordiale se rapproche de son bicentenaire et, hormis à Twickenham ou à Saint-Denis pendant 80 minutes, Britanniques et Français arrivent à peu près à se piffer !
On en était donc à neuf nations. Et puis en ce mois de septembre 2026 on a ajouté la Finlande. Vous savez ce merveilleux pays d’Europe septentrionale qui partage 1313 kilomètres de frontières communes avec la Russie et qui a tourné le dos à la neutralité afin de rejoindre l’OTAN en raison justement de la proximité géographique avec ce voisin encombrant. En parlant de frontières communes avec la fédération de Russie la France négocie actuellement pour que l’Estonie se place également sous son «parapluie nucléaire» ; gagnant au passage 294 kilomètres de frontières avec la dite Russie.

En substance cela indique qu’au cours d’un des prochains exercices Poker de déploiement des Forces Aériennes Stratégiques l’Armée de l’Air et de l’Espace pourrait parfaitement faire stationner ses avions en Finlande ; et quelques temps plus tard en Estonie.
Pas sûr que les caciques du Kremlin n’apprécient de voir des A330 MRTT Phénix et des Rafale B aussi près de chez eux, surtout avec des maquettes de missiles ASMPA-R.
Affaire à suivre.
*ASMPA-R = Air-Sol à Moyenne Portée Amélioré-Rénové.
Photos © Armée de l’Air et de l’Espace
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14 réponses
Bonjour Arnaud,
Il est à noter que face à la menace venu de l’Est et au désengagement venu de l’Ouest, Emmanuel Macron ait décidé d’augmenter le nombre de têtes nucléaires. Nous en avions jusqu’à présent un peu moins de 300. Par contre la quantité finale restera – pour un temps – un secret militaire bien gardé.
11 pays qui décident de rejoindre le « parapluie français » : l’Europe commencerait-elle à devenir adulte en se retirant petit à petit de la tutelle du grand frère américain ?
PS : Petite coquille. Il me semblait que l’Entente Cordiale datait de 1904 ou 1905.
Pour info la première signature de l’Entente Cordiale remonte à 1838, c’est à dire en France à la Monarchie de Juillet. 1904 c’est ce qu’on appelle la 2ème Entente Cordiale, la plus célèbre en effet Popeye.
Oui du EM pur jus… A part la ‘com, cela changerait quoi en fait, de passer de 300 à 400 (ou plus) têtes nucléaires? Déjà avec 300, on est en capacité de rayer de la carte toutes les grandes villes de la planète… Nous aurions un petite trentaine de TNA (tête nucléaire aéroportée) de 300 kT soit environ 20x « Little Boy » chacune. Et Little Boy, c’était déjà l’équivalent de 500 B52 (oups! Faille spatiotemporelle, 1500 B29 plutôt)… Purée, le Rafale avec un ASMPA-R sous le ventre, quelle gueule d’enfer quand même.
Il me semble que les 300 têtes correspondent au volume jugé nécessaire pour garantir la sauvegarde du territoire national, pour infliger des dommages inacceptables. Avec ce traité, il est possible pendant un temps de disséminer les moyens de frappe, donc mathématiquement la France devant maintenir son niveau de dissuasion tout en ayant des moyens temporairement stationnés ailleurs, il fallait plus de 300 têtes.
Et avoir 300 têtes ne signifie pas 300 cibles et 300 impacts, mais 300 vecteurs du fait des défenses, en tenant compte de la permanence à la mer, les indisponibilités (OK c’est pas du F35, il aurait alors fallu doubler le nombre, mais bon)
Et en plus des 300 il peut y avoir aussi des leurres parfaitement inerte pour attirer la défense adverse en erreur.
Après, la perception politique du « volume nécessaire » est sujette à fortes variations puisque les « puissances nucléaires » possèdent, en cumulé, encore (malheureusement?) plus de 12000 têtes en 2025… Alors qu’en 80 années d’existence seules 2 bombes ont été utilisées en situation de guerre (je ne parle pas des essais).
300 têtes, c’est 300 têtes. C’est le cumul des têtes au sein de l’Armée de l’air et de ceux au sein de la Marine National.
Le missile ASMPA n’emporte qu’une seule tête. Le missile ne traite donc qu’une cible. Par contre le missile M-51 tiré depuis les sous-marins SNLE emporte plusieurs têtes nucléaires (de 6 à 10), ce qui fait autant de cibles à traiter.
Pour un raid aérien des FAS, il faut donc au moins autant de Rafale que de cibles à traiter, puisque chaque appareil ne peut emporter qu’un seul ASMPA. Plus des appareils supplémentaires pour jouer le rôle de spear pour remplacer un éventuel avion abattu ou défaillant, plus d’autres Rafale pour accompagner et protéger tout ce beau monde …
Bonjour Arnaud,
C’est une bonne nouvelle de voir cet accord s’étendre, d’ailleurs la Russie n’a pas tardé à communiquer de façon assez sèche, comme quoi cet accord fait de l’effet.
Par contre je n’ai pas la même lecture de cet accord. Pour moi, il ne s’agit pas d’un mécanisme de protection mais d’un cadre permettant la mise en œuvre d’un déploiement français. Cet accord ne parle d’ailleurs pas de protection aérienne. Quant à la dissuasion, la France dit bien que l’Europe dans son ensemble fait partie des intérêts français. Donc un pays n’ayant pas signé est de facto sous la protection de la posture nucléaire française. L’accord semble plutôt préciser comment un pays peut accueillir ou soutenir ponctuellement une mission française, avec la mise en place d’entraînements dédiés et pour certains pays la mise en place de bases sécurisées pouvant accueillir le Rafale
Ne pas oublier que la marine a également l’emport de l’armement nucléaire sous ses rafales en plus des sous marins.
Avec une procédure spéciale car ses Rafale-M sont uniquement monoplaces, là où les Rafale des FAS sont systématique biplaces.
Bonne journée à tous,
Tout comme Washington, qui ne risquera jamais de voir une de ses villes vitrifiée pour aider l’OTAN,
Paris ne risquera jamais de voir une de ses villes atomisée pour aider l’un des pays supposés être protégés par les F-4 portant le missile nucléaire français.
Même si la marine est derrière avec ses sous-marins et leurs missiles.
Ce n’est que mon avis et cela n’engage que moi.
Les Français ne sont pas aussi égoïstes et peureux que vous semblez le croire Ptilulu. Les accords de défense ça se respecte.
Surtout avec un zozo comme Poutine
La défense de Paris ne commence pas à Strasbourg mais à Narva !