En bon français, cela s’appelle la « réponse du berger à la bergère » après qu’Airbus ait repris les actifs de la branche avions de ligne du géant canadien Bombardier. Les avionneurs Boeing et Embraer ont annoncé une tentative de rapprochement, via le rachat du Brésilien par l’Américain pour un coût d’environ quatre milliards de dollars US. Cette somme avoisine actuellement plus ou moins les 3.4 milliards d’euros.

Sauf que si l’alliance Airbus-Bombardier s’est déroulée sans trop de difficultés entre l’Union Européenne et le Canada ça ne semble pas forcément aussi bien engagée dans le cas présent. En effet, les responsables de Boeing et d’Embraer doivent désormais convaincre le président brésilien Michel Temer et son gouvernement. Et là il risque d’y avoir quelques menus soucis.

Il faut dire que si officiellement le Brésil ne détient que 5% du capital d’Embraer en fait la réalité est bien différente puisque par un astucieux jeu de montages financiers ce pourcentage serait plutôt plus de quatre fois supérieur. Et l’explication est assez simple : environ 18% du capital d’Embraer dépend intégralement de deux organismes étatiques : une banque de développement et un fond d’investissement. Au final c’est donc 23% du capital de l’avionneur qui revient à l’état brésilien.

Et c’est peu dire que ces 23% vont être difficiles à acquérir par Boeing. En fait, le gouvernement brésilien risque bien de s’y accrocher comme une patelle à son rocher ! Et il aura raison. Car cette grosse part lui permet d’influencer les choix technologiques et industriels de l’avionneur comme lors du lancement du programme d’avion de transport tactique KC-390 ou encore celui du développement d’une version d’attaque au sol dérivée de l’avion d’entraînement Emb-314. Mais bien sûr chacun aura compris que ce ne sont pas forcément ces avions là qui intéressent le plus Boeing.

Non ce sont bel et bien les avions commerciaux qui intéressent l’avionneur de Seattle. Avec en premier lieu la famille des E-Jets (à savoir les E-170 à E-195) suivis de près par les ERJ-135 et ERJ-145 qui sont chacun de véritables best-sellers de l’aviation civile. Des avions qui permettraient le retour de Boeing sur le marché très prisé des avions court-courriers. Un marché qu’il avait déserté depuis la fin de production en 2006 du biréacteur 717, ex-McDonnell Douglas MD-95… lointain dérivé du « vieux » Douglas DC-9.

Bombardier qui cède ses C-Series à Airbus et Embraer qui se prépare à entrer dans le giron de Boeing à n’en pas douter quatrième trimestre 2017 va vraiment rebattre les cartes de l’aéronautique mondiale. Et pour le passionné d’aviation que je suis tout ça est à la fois assez inquiétant et très excitant !

Photo © Wikimédia Commons.

1 COMMENTAIRE

  1. Ce n’est pas vraiment une surprise, je l’avais annoncé lors de mon commentaire sur l’article de Marcel du 16 octobre concernant l’alliance d’Airbus et de Bombardier. Un peu d’autosatisfaction ne fait pas de mal de temps en temps !!! 😉
    Même s’ils ne souhaitent pas le rachat d’Embraer, les brésiliens ne pourront faire l’économie d’une alliance avec un autre constructeur, face aux nouveaux venus sur le marcher du transport régional, que sont le Mitsubishi MRJ japonais, le Sukhoï Superjet russe et le Comac ARJ 21 chinois. La multiplication des acteurs oblige au regroupement.

    On ne peut pas dire que Boeing ne s’intéresse pas au KC-390 puisqu’il est déjà associé à Embraer pour sa commercialisation.

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