On pourrait quasiment la présenter comme la catastrophe aérienne oubliée, car éclipsée totalement par celle d’Ethiopian Airlines. Pourtant à presque onze mois jour pour jour après l’accident les enquêteurs indonésiens ont présenté leurs premiers éléments de réflexion sur ce qui est arrivé au Boeing 737 Max 8 de Lion Air. Et ce rapport pointe du doigt rien moins qu’une centaine de facteurs ayant certainement entraînés la perte de l’avion et de son équipage. L’avionneur de Seattle est y est présenté comme le principal responsable, mais la compagnie aérienne n’est pas pour autant dédouanée de ses fautes.

Et comme on pouvait s’y attendre les enquêteurs indonésiens pointent du doigt le logiciel anti-décrochage appelé MCAS. Depuis le début de l’été on sait que celui-ci a largement démontré sa participation à la cascade de situation qui a amené à deux reprises à la perte d’avions de ligne Boeing 737 Max. D’abord donc avec cet exemplaire de Lion Air puis avec celui d’Ethiopian Airlines. Cependant le MCAS n’est pas seul en tort selon les enquêteurs de l’aviation civile indonésienne.

En effet ils ont listé une centaine de facteurs qui mit bout à bout expliquent la catastrophe aérienne. Et la conception même du Boeing 737 Max est elle-même remise en question par ces experts asiatiques. Le Maneuvering Characteristics Augmentation System est certes au premier plan d’entre-eux mais il n’est pas le seul. Pis l’aviation civile indonésienne mettrait en exergue le fait que son homologue américaine (la puissante FAA) se serait sans doute trop précipitée quand elle a certifié cet avion.

Alors pour faire bonne mesure l’avionneur et les autorités américaines ne sont pas les seuls fautifs selon ce rapport d’enquête. La compagnie aérienne Lion Air aurait également en partie ses responsabilités dans la catastrophe. Et tout d’abord les experts indonésiens rappellent que l’avion n’était sans doute pas aussi bien entretenu qu’il l’aurait du. Une tâche qui incombe à sa compagnie utilisatrice.

Un second point est souligné pouvant être à première vue attribué à l’utilisateur, mais qui au final risque d’être totalement imputé à Boeing : la formation des pilotes. Et c’est sans doute là que le rapport est le plus insidieusement orienté contre le constructeur. Car depuis plusieurs semaines on sait que le simulateur de vol qui forme les futurs pilotes de 737 Max était au minimum défectueux voire totalement inutile puisqu’il ne prenait pas en compte les valeurs du MCAS. L’équipage de Lion Air n’aurait donc pas pu corriger le décrochage puisqu’il pensait que le dit logiciel s’en chargeait.

Alors certes la compagnie aérienne n’en ressort pas blanchi, loin de là, mais ce rapport est en très grande partie à charge contre l’avionneur américain. À tel point même que désormais les enquêteurs de la FAA et du NTSB souhaitent en discuter avec leurs homologues indonésiens. La question que l’on peut se poser est de savoir si les conclusions préliminaires d’enquête dans quelques semaines concernant l’avion d’Ethiopian Airlines iront dans le même sens ou non. Et en filigrane donc le crédit que l’on peut apporter à ce rapport indonésien qui semble assez peu objectif.

Car l’avenir du Boeing 737 Max est en jeu ! Depuis six mois plus aucun avion n’a été livré, et l’ensemble de la flotte mondiale est clouée au sol. Même les vols de convoyage n’ont quasiment plus lieu, l’incident de Southwest Airlines étant encore dans toutes les têtes.

Photo © Keypublishing.

 

Publicité

4 COMMENTAIRES

  1. Les États-Unis sont en train de menacer l’Europe de 11,5 milliards de dollars pour des subventions en faveur d’Airbus.
    Avec cette affaire, Boeing et la FAA méritent des peines de prisons et de plusieurs dizaines de dollars d’amende.
    La sécurité est passée après l’objectif de sortir au plus tôt le 737Max pour contrer le succès du A320néo.
    Résultat, des morts qui auraient du être éviter.

  2. Ce que je ne comprends pas c’est que l’on puisse encore aujourd’hui sortir des avions de ligne dangereusement mortels après plusieurs décennies de crashs et des leçons tirées de ceux-ci. De plus, il faudrait redonner aux pilotes sur ce genre d’avions trop automatisés la possibilité de reprendre éventuellement la situation en main pour les avaries pour lesquelles l’informatique de bord est dépassé ou qu’elle a elle-même même déclenchées. Et aussi, les obliger à suivre une formation plus exigeante comme celle des pilotes de jets d’affaires avec des tests de capacités tous les ans pour être au top et le rester.

    PS : Commentaire aéronautique – Ne pas modérer SVP

  3. Bonjour,
    « Et en filigrane donc le crédit que l’on peut apporter à ce rapport indonésien qui semble assez peu objectif. »
    Pourquoi, semble t’il peut objectif?
    Et pourquoi, pour protéger Lion Air?

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom