Il en va de la crédibilité d’un des plus grands avionneurs de l’histoire. Le constructeur Boeing a officiellement reconnu des erreurs de logiciel dans la mise en œuvre des simulateurs de vols du Boeing 737 Max, ce qui aurait induit les pilotes en erreur et causé les deux drames récents de Lion Air puis d’Ethiopian Airlines. Pour mémoire ce sont actuellement près de 400 avions qui sont immobilisés, sans compter ceux en attente de livraison. Pour autant les avions de ligne en question ne sont pas encore autorisés à reprendre les airs.

En filigrane donc le logiciel du MCAS pointé du doigt depuis le début ne serait pas à l’origine de ces accidents, du moins pas directement. En fait Boeing reconnait que c’est sur le simulateur de vol vendu également aux compagnies aériennes pour permettre la formation avancée des pilotes de ligne que les erreurs auraient été causées. Ces équipement d’entraînement ne simuleraient pas correctement les conditions de vol des 737 Max mais plutôt de ce qu’on appelle les 737 Next Generation. Ces avions, comme leur désignation ne l’indique pas, sont la génération précédente connus en fait comme 737-700, -800, et -900. Que ce soit en version ligne commerciale ou en version BBJ d’affaire très haut de gamme.

Or le très gros souci c’est que ces trois versions antérieures ne sont nullement dotées du logiciel du MCAS, elle volent encore «à l’ancienne». Il faut également que l’actuelle motorisation n’est pas positionnée de la même manière sous la voilure, en raison de sa masse. En sommes donc les pilotes qui volaient jusque là sur ces avions ont été formés à voler sur la nouvelle version sans avoir de nouvelles règles et sans voir de différences dans la manière de pilotes. On comprend mieux alors pourquoi les accidents sont survenus : les pilotes n’apprenaient absolument pas à travailler avec le logiciel du MCAS ou les moteurs LEAP franco-américains. Et résultat il y a eut deux écrasements mortels d’avions, en Éthiopie et avant cela en Indonésie.

Boeing promet donc des modifications en profondeur des simulateurs de vol 737 Max. Car le constructeur espère bien que son biréacteur vedette pourra très vite reprendre du service. À moins d’un mois de l’ouverture de la grand-messe commerciale du Bourget ça fait un peu tâche sur le CV de l’avionneur de Seattle.
Environ 400 Boeing 737 Max sont actuellement cloués au sol dans le monde entier, et d’ores et déjà des clients ont annulés des commandes au profit évidemment de l’autre grande famille de monocouloirs : les Airbus A319/A320/A321. Sans compter que Boeing assure le gardiennage des avions assemblés en attente de livraison.

Désormais les équipes de l’industriel sont suspendues aux lèvres de la Federal Aviation Administration et des autres grandes administrations d’aviation civile dans le monde. Elles seules peuvent autoriser la reprise des vols commerciaux. Cependant pour cela il faut d’abord que les pilotes de ligne soient de nouveau qualifiés sur 737 Max, réellement cette fois ci.
Car en cas de nouveau drame la responsabilité des experts serait engagée. Alors revolera t-il pour le Bourget ? Rien n’est moins sûr.

Photo © Boeing.

Publicité

9 COMMENTAIRES

  1. Un article encore très instructif sur ce sujet, merci Arnaud. Alors il vaut mieux voler sur Airbus A-320 ou sur Boeing B-737 Max au finale, ça tu ne le dit pas ?

  2. C’est encore un moyen détourné de ne pas admettre les déficiences de conception du b737max du point de vue aérodynamique. Après les pilotes, c’est maintenant la faute du simulateur … Par contre rien sur le fait que l’avion a besoin d’un logiciel le faisant brusquement piquer du nez pour éviter les décrochages …

  3. De ce que j’ai pu lire ici et là, les problèmes seraient:
    – Boeing s’auto-certifie le logiciel, cela ne passe pas par la FAA.
    – Comme Arnaud indique, les simulateurs ne sont pas représentatifs. C’est un aussi un point négatif pour la FAA.
    – Le logiciel MCAS serait défectueux, voir premier point.
    – Plusieurs pilotes avaient déjà signallé le problème avec le logiciel MCAS. Hélas, voir premier point.
    – Le niveau des pilotes n’est pas similaire entre les pays et pour certains pays ce serait même bien en deça du niveau attendu. Aux E-U il y’a pas mal d’anciens pilotes de l’USAF ou encore de l’USN dans le civil. C’est-à-dire des pilotes mille fois mieux formé qu’un pilote de ligne lambda. Les mauvaises langues disent que ces crashs d’avions n’auraient pas pu se produire aux E-U grâce aux pilotes.

    En gros, la FAA doit se reprendre et la formation des pilotes doit être meilleure.

    • Boeing s’auto-certifie le logiciel, cela ne passe pas par la FAA. <– c'est presque cela, mais en pire : en fait, la FAA aurait dû certifier l'avion ET son logiciel, c'est son job. Seulement, l'administration n'ayant pas le temps ou pas la compétence – et Boeing étant un constructeur sérieux, quand même (hum hum) – la FAA a désigné certains ingénieurs de Boeing comme certificateurs FAA. Leur décision valait donc le même poids que si la FAA avait elle-même fait la certification – ni vu ni connu, j't'embrouille… Mais là, les ingénieurs Boeing sont juge et partie et on sait ce que cela a donné. C'est dire si la FAA est dans ses petits souliers depuis que ça a été révélé !
      On peut lire ici (en anglais) : https://medium.com/@alexlee611/faa-delegates-aircraft-certification-to-boeing-and-yet-they-recorded-the-best-safety-record-ever-e72fc38af274

  4. Si j’ai bien compris les différents articles que j’ai lus sur le sujet, le MCAS avait justement pour but d’adapter le comportement du 737Max pour qu’il soit identique à celui du 737NG malgré la modification de l’aérodynamisme. Ceci afin que les pilotes n’y voient que du feu et n’aient pas besoin de se former spécifiquement au nouvel appareil.

  5. Un simulateur qui ne simule correctement pas est il encore un simulateur ?
    Que Boeing est tenté l’essai j’arrive à comprendre c’est une entreprise qui n’a pas vocation à faire de la philanthropie mais l’autorite De certification pourquoi n’a t elle rien dit ?

  6. Il faudrait aussi que Boeing commence à compter les dédommagements envers les compagnies qui attendaient leurs avions commandés, les compagnies qui ont leurs 737 max dont ils ne peuvent pas s’en servir, et envers les familles des presques 400 victimes. D’ailleurs une française dont le mari est décédé dans le crash de mars dernier, a portée plainte contre Boeing et réclame 276 millions €.

  7. Ne pas oublier d’autres domaines où cela ne va pas bien pour Boeing, l’USAF refuse de prendre livraison du KC-46 et des compagnies aériennes des 787-10 car des pièces étrangères ou des outils ont été retrouvé dans des avions sortant d’usine.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom