Comme souvent ce sont des négociations difficiles et longues, les atermoiements allemands le démontrent bien. Ce mercredi 12 février 2020 les députés berlinois ont (enfin) voté en faveur du SCAF, l’avion de combat furtif européen qui doit à terme permettre le remplace d’une partie de la flotte des actuels Rafale et Typhoon. Une des pierres d’achoppement des négociations concernait la participation allemande à la motorisation de l’aéronef. Il semble désormais clair que l’avenir de ce programme est intimement lié à celui du MGCS, le futur char d’assaut franco-allemand.

On peut clairement le dire le fait que les députés allemands aient autant laissé trainé les choses a quelque peu pourri les relations entre Paris et Berlin, notamment entre l’Assemblée Nationale et le Bundestag. Mais tout est bien qui finit bien : nos voisins et amis allemands ont voté le déblocage du budget de 77.5 millions d’euros nécessaires pour le développement du démonstrateur technologique du SCAF.
À Paris on insiste sur le fait que le futur prototype doit pouvoir voler en 2026 pour une entrée en service quatorze ans plus tard.

Alors vu de ce côté ci du Rhin on pourrait se dire que laisser trainer les choses durant près de huit mois pour «seulement» 77.5 millions d’euros c’est faire mine d’une certaine légèreté mais ce serait mal connaitre le système parlementaire allemand. Dès lors qu’il s’agit de dépenses liées au secteur de la défense dépassant les 25 millions d’euros le Bundestag doit donné son feu vert. Bien sûr là-bas comme chez nous tout ne se fait pas simplement. Et ce même quand cela implique comme dans le cas du SCAF des partenaires européens de premier plan pour l’Allemagne comme la France ou l’Espagne. Il y a cependant à remarquer que pour cette phase 1A du développement Madrid est exclu du programme.
Seules les économies allemandes et françaises supportent les 155 millions d’euros d’investissement.

Après la décision récente concernant la motorisation et la place de Safran et MTU dans le programme forcément tout devait aller mieux. Sauf que là encore les députés allemands ont quelque peu trainé les pieds. Et en filigrane se dessine de plus en plus un autre programme franco-allemand, celui du MGCS (pour Main Ground Combat System) destiné au remplacement des chars de combat Leclerc et Leopard 2 dans les armées françaises et allemandes. Un engin franco-allemand auquel on semble beaucoup tenir à Berlin, sans doute même plus qu’à Paris !
L’avenir des SCAF et MGCS semble donc désormais totalement lié, si on veut l’un il faudra avoir les deux pour faire simple. On l’a bien compris visiblement chez Airbus DS et Dassault Aviation. Espérons qu’il en soit de même chez Krauss-Maffei Wegmann et Nexter, les maîtres d’œuvre allemands et français du futur tank.

Reste que l’Armée de l’Air, la Luftwaffe, et donc désormais aussi l’Ejército del Aire ont vraiment besoin de ce successeur commun des Dassault Aviation Rafale et Eurofighter EF-2000 Typhoon. Car même si ces deux modèles d’avions sont aujourd’hui au top ils ne le resteront pas éternellement et l’horizon 2040 arrive vite.
Maintenant donc que les politiques ont fait leur job en débloquant ces 155 premiers millions d’euros la balle est dans le camp des ingénieurs et designers européens. Le ministère des armées à Paris semble vraiment tenir à ce premier vol pour 2026, c’est à dire demain !

Photo © Aribus DS.

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11 COMMENTAIRES

  1. Voilà qui est bien intéressant tout de même, j’avais une petite question: les caractéristiques de ce futur avion ont elles été arrêtés, les pays sont d’accord? Il ne faudrait pas que cela finisse comme pour le précédant avec les Français d’un côté et les reste de l’Europe de l’autre……
    Je ne savais pas pour le développement d’un char en commun avec l’Allemagne, merci de cette info.

  2. Encore une erreur de faire confiance aux boches. Ils ne nous ont amené que des déconvenus depuis 50 ans dans le domaine aéronautique. Ça ne me surprend pas que votre blog s’en félicite, comme d’autres vous êtes totalement aux ordres des Européistes.

  3. Ne pas oublier que coté du drone du projet SCAF les choses ne se passe pas bien, l’Allemagne à le leadership mais les choix techniques sont loins des besoin français, particulièrement celui d’une propulsion double amenant un appareil plus lourd et plus cher..

  4. Depuis la ww2, les allemands se sont auto vacciné concernant la chose militaire. Ils ont tellement blindé leurs institutions pour ne pas qu’un fou va t en guerre recommence, que le moindre programme militaire en devient un parcours du combattant !

  5. Bonjour,

    Je lis avec plaisir ce site depuis plusieurs mois désormais, et je tenais à vous remercier pour vos excellent articles.

    Sinon, en rapport avec l’article, je ne suis pas spécialiste, mais les délais entre le 1er vol et l’entrée en service m’a toujours étonné ! 14 ans, ça semble énorme ! Parce que si on parle de 1er vol, c’est que l’avion est construit quand même ! Même s’il ne s’agit que d’un démonstrateur, on peut supposer qu’il sera proche de la version finale, non ?

    Quelqu’un peut m’expliquer ces délais ?

    • Le démonstrateur peut voler et faire de jolis ronds dans le ciel mais c’est qu’une coquille vide. C’est comme un immeuble en construction ou d’extérieur il paraît fini mais à l’intérieur il faut encore tout installer, l’électricité, la plomberie, les cloisons, l’isolation…
      Pour l’avion il faut ensuite developper, tester, modifier tout les systèmes intégrés de la très haute technologie. Il faut parfois des dizaines de vols et des mois de travail à une équipe d’ingenieurs pour valider un seul paramètre sur des centaines que possède l’avion. Puis parfois cela peut être dû au calendrier, ne pas être en retard mais également trop en avance car cela ne serait pas compatible avec le budget qu’avait prévu les états. Le Rafale était prêt en 1995 mais c’était trop tôt donc à attendu 2001 pour que la version M entre en service et 2006 pour les autres versions pour éviter les doublons car il y aurait eu trop d’avions en même temps dans l’armée de l’air.

      • L’avion qui volera en 2026 aura sans doute autant à avoir avec le futur chasseur franco-allemand de série que le Rafale A de la fin des années 1980 a à voir avec l’actuel Rafale C.

        • OK, pour moi quand on parlait de démonstrateur, c’était un avion assez semblable au produit finis, justement capable de faire des démonstration pour appâter des clients, ou tout du moins de vérifier en réel les capacités théoriques.

          Mais en fait, le démonstrateur, c’est vraiment la coquille su lequel on va greffer les éléments au fur et à mesure des avancées technologiques.

  6. Sur le projet du futur char principal il faut faire comme les allemands pour le SCAF, les faire poireauter des mois juste pour les embetter.
    Je me demande si le fait que les allemands ont été si long a prendre leur décision n’est pas été voulu par jalousie ou pour envoyer un message aux français comme quoi ils s’en moquaient totalement du soi disant leadership français dans ce projet.

  7. Très bon article, comme toujours.
    En revanche, comme pour les autres articles, peut-être qu’une attention plus marquée à l’orthographe ne serait pas de trop ? Là ça ne fait pas très sérieux…
    Sinon, merci encore pour les articles.
    Cordialement.

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