Finalement les quadriréacteurs très-gros porteurs européens pourraient bien quitter les cieux français plus tôt que prévu. Actuellement la direction du groupe Air France – KLM s’interroge sur la pertinence de remettre en service ses neuf Airbus A380-800 une fois le confinement terminé. D’ores et déjà cinq d’entre-eux sont stockés dans des sites dédiés en Espagne et en France. Ça commence vraiment à sentir le sapin pour ces avions de ligne.

Leur exploitation est aujourd’hui quasiment au point mort. Ils ne volent plus que sporadiquement depuis le début du confinement. Les avions de ligne plus petits comme les Airbus A320 réussissent encore parfois à être remplis mais déjà les 777, A330, et A350 sont à la peine pour atteindre les 75 à 80% de taux de remplissage. Alors pas la peine d’espérer pouvoir les atteindre sur un Airbus A380-800 prévu pour accueillir 516 passagers. Déjà à 50% ce serait un miracle en ces périodes où la majorité des pays refuse les voyageurs en provenance de France, Covid19 oblige.

Or un avion n’est réellement rentable que lorsqu’il est rempli. C’est d’une logique tristement mathématique. Et ça Air France – KLM l’a bien compris. Aussi depuis quelques jours maintenant cinq avions sont stockés sur deux sites de l’entreprise Tarmac Aerosave. Ce sont ceux de Tarbes dans les Hautes-Pyrénées et Teruel en Aragon, c’est à dire en Espagne.
Tarmac Aerosave a certes comme activité le gardiennage des avions de ligne mais sa spécialité est toute autre : le démantèlement et le recyclage aéronautiques. C’est cette entreprise française qui avait déconstruit l’an dernier le premier Airbus A310 de l’Armée de l’Air.

Alors est-ce là le signal d’une retraite anticipée pour les quadriréacteurs gros porteurs européens sous les couleurs d’Air France ? Si aucune annonce officielle n’a pour l’instant été faite les mots de Benjamin Smith ne sont pas pour rassurer. Le PDG canadien du groupe Air France – KLM se donne quelques semaines pour y réfléchir pourtant il semble bien que ite missa est dans le cas des A380-800. Ces cinq avions parqués chez Tarmac Aerosave ne devrait pas revoler. En tous cas pas sous leurs couleurs actuelles.

Et le cas d’Air France n’est malheureusement pas isolé. Un autre acteur majeur du transport aérien se sépare progressivement de ses Airbus A380-800 : Singapore Airlines. La compagnie singapourienne a reconnu que quatre de ses gros-porteurs européens avaient rejoint l’Australie, et plus précisément le site de stockage et de démantèlement d’Alice Springs.

Pour nombre de passionnés d’aviation l’Airbus A380 était un rêve magnifique. Mais force est de plus en plus de constater qu’il ne répondait plus aux réalités du marché international. Sa fin de carrière précipitée pourrait donc se faire dans la douleur et le chagrin. Car la majorité de ses passagers mais également des femmes et des hommes qui ont travailler dessus louent ses qualités remarquables. À l’instar du Concorde franco-britannique le géant européen est un échec bien plus économique que technologique.

Photo © Olivier Cabaret.

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8 COMMENTAIRES

  1. Bonjour
    Je me souviens avoir vu ya quelques années le site d’assemblage à Toulouse et ce fut vraiment impressionnant (3 ou 4 avions alignés dans ce gigantesque hangar neuf) même si le manque d’infos lors de la balade guidée pouvait laisser un peu sur sa faim le public curieux…
    Même remarque…est il possible de voir l’appareil transformé en cargo pour du transport xxl?
    Cordialement

    • Très honnêtement Olivier les infos que l’on a actuellement tendraient à nous faire penser que les A380-800 retirés du service finiront soit revendus pour transporter encore des passagers mais sur des compagnies moins riches, soit transformés en pièces de musées, soit plus vraisemblablement envoyés chez un « ferrailleur » moderne type Tarmac Aerosave. Même l’Armée de l’Air ne semble pas s’y intéresser.

  2. Quel destin tragique pour cet appareil récent qui devait révolutionner le transport aérien mondial. Sacré problème pour la compagnie Emirates qui ne compte dans sa flotte aujourd’hui que des A380 et 777. J’ai lu dans un article que AirFrance compte revenir a son niveau d’avant Covid pas avant 2 ans.

  3. Personne ne peut à ce jour dire ce qu’il va se passer pour les A380 à terme, c’est pour cette raison que tous se donnent du temps contrairement à ce qu’ils annonçaient début mars. Car justement la phrase d’Air France peut être lue dans les deux sens : devenons-nous nous séparer pour les 10 voire 15 ans à venir de nos avions de plus de 450 places les plus récents quand on connait les difficultés de Boeing avec l’envisageable non production du 777x dans un futur marché aérien consolidé qui réintègrera le hub en force au détriment du point à point aux difficiles remplissages face aux multirisques pays . Telle est la véritable question…

  4. Ce que je ne comprends pas avec les déboires de ‘lA380 c’est que, hors crise du coronavirus, ce dernier a connu beaucoup de difficultés à s’imposer et se vendre..Je lis dans votre article Arnaud la phrase « …ne correspondait plus aux réalités du marché international ». Ayant toujours eu un grand intérêt pour cet appareil, je possède chez moi une abondante littérature et sa relecture me laisse quand même pantois. Je lis par exemple dans l’éditorial de Jean-Pierre Casamayou dans l’Air et Cosmos du 6 novembre 2009 « Cinquante ans après , l’A380 joue le rôle de pionnier d’un nouvel âge du transport aérien , en offrant une plus confortable « vie de château » à ses passagers et de très sérieuses économies à ses exploitants » ‘si, si)..Ou encore Air Fan Hors -Série de juin 2007  » En 1992, une étude de marché menée par Airbus Industrie auprès de dix compagnies aériennes-asiatiques, européennes et nord américaines- avait confirmé l’existence d’un besoin réel pour un appareil de très grande capacité en termes de sièges, c’est à dire supérieur à celle du plus gros avion de ligne de l’époque , le Boeing 747 (…).Cette même étude démontrait l’intérêt des compagnies aériennes pour une machine offrant un nombre de sièges environ une fois et demie supérieure à celui du Boeing 747.Un appareil de 600 places dans un aménagement à trois classes et capable de franchir quelque 13 000km ( 7015 NM) semblait correspondre aux besoins potentiels « .Alors? Qu’est ce qui n’a pas fonctionné avec cet appareil qui n’a été lancé qu’après de longues consultations avec les compagnies aériennes? Que faut-il comprendre lorsque le PDG d’Emirates Airlines fustige les opérateurs de l’appareil en leur reprochant de ne pas savoir l’utiliser et de prétendre qu’Airbus regrettera amèrement l’arrêt du programme A380 ? J’imagine assez mal que ces compagnies aériennes aient pu être aveugles ou inconscientes en donnant leur aval à la production de cet avion.D’autant plus que l’A380 était la solution à l’encombrement des aéroports en rapport avec l’augmentation exponentielle du trafic aérien.Alors? Avion trop en avance sur son temps? ou courte vue? Quant à l’idée de transformer certains de ces avions futurs ex transporteurs de passagers en cargos, l’idée n’est pas si saugrenue que cela.Rappelons qu’une version F (comme freighter) était initialement prévue.et que l’on transforme bien des A320 en version cargo..

  5. L’A380, avec son potentiel intact, n’est pas une hérésie si on le rend « adaptable » pour les besoins de frets européens, militaires comme civiles! Il a 3 ponts! Pour le transports de conteneurs, de bulk, de passagers, de medevacs et autres, il fera très certainement l’affaire, face des An 124 et 225, non?

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