Tout est partie d’une petite phrase parue dans la presse locale il y a un an et reprise la semaine dernière. L’actuel gouvernement norvégien serait favorable à l’acquisition par son pays d’avions convertibles Bell-Boeing CV-22B Osprey. Il s’agirait ainsi de faire de la Norvège le deuxième pays étranger, après le Japon, de l’avion américain. Un modèle d’appareil qui permettrait de doper les moyens d’actions des forces spéciales tout en renforçant ceux dédiés aux sauvetages hauturiers.

C’est il y quasiment un an jour pour jour qu’une délégation officielle norvégienne s’est rendue aux États-Unis. Composée notamment de madame Erna Solberg et de monsieur Frank Bakke-Jenssen, respectivement première ministre et ministre de la défense, celle-ci s’est fait présentée plusieurs matériels de défense de premier plan. Et parmi ceux-ci il y avait le convertiplane actuellement en dotation dans les rangs américains : le Bell-Boeing MV-22B Osprey. Un avion qui a visiblement beaucoup impressionné les deux dirigeants.

À leur retour en Norvège ils ont présenté les résultats de ce voyage officiel aux parlementaires et madame Solberg tout comme monsieur Bakke-Jenssen n’ont eu de cesse de tresser des couronnes de lauriers au convertiplane américain. On s’attendait alors à ce que le gouvernement annonce des intentions d’acquisition mais il n’en a rien été.
Début mars 2020 un exercice conjoint entre les forces spéciales norvégiennes et l’US Special Operations Command a permis aux troupes d’élites locales d’opérer à partir de deux CV-22B Osprey déployés par l’US Air Force. Un modèle qui vient parfois dans la région, souvent de manière ô combien discrète. Là encore la presse spécialisée locale en a fait ses gros titres et puis plus rien.

La crise sanitaire mondiale du coronavirus a quelque peu calmé les ardeurs norvégiennes, d’autant que la population locale assez peu versée sur les questions de défense redécouvrait les vertus des hélicoptères de sauvetage. Les vieux Westland Sea King Mk-43 en phase de remplacement assuraient ainsi des missions d’évacuations sanitaires médicalisées vers les plus grands hôpitaux du pays. Et gagnaient de ce fait en notoriété.
Le contribuable norvégien, par nature assez pacifiste, n’aurait alors pas compris que le pays engage des dépenses dans un matériel américain comme le CV-22B Osprey. Car c’est bien cette version qui semble intéresser les responsables politiques du pays.

Les récents accrochages avec les forces russes autour de la Mer de Barents ont visiblement fait changé d’opinions les Norvégiens de la rue. Et la presse locale revient donc à la charge autour de ce CV-22B Osprey qui permettrait aux commandos norvégiens de maintenir un haut niveau dans la région arctique. Des Osprey norvégiens serait sans doute à même de déposer discrètement des troupes d’élite sur des terres souveraines revendiquées par la fédération de Russie. Surtout cette dernière ne dispose d’aucun aéronef aussi perfectionné que le convertiplane américain pour l’assaut et le transport de troupes.

Présentation officielle du MV-22B Osprey à la délégation norvégienne.

Même si aucun chiffre n’a été officiellement avancé il semblerait que six Bell-Boeing CV-22B Osprey soient potentiellement une commande à envisager. Membre éminent de l’alliance Atlantique la Norvège assure la protection septentrionale des intérêts alliés. Ce qui pourrait donc plaider en faveur de ce contrat, qui serait ainsi le premier avec un pays européen.
On sait par ailleurs que le consortium Bell-Boeing lorgne depuis quelques années sur deux autres pays de la région : la France et le Royaume-Uni. Ils ont tout deux les moyens d’acquérir en petit nombre un tel aéronef ultramoderne qui s’intègrerait parfaitement dans leur arsenal. La Norvège va t-elle alors ouvrir le bal des commandes européennes ? L’avenir proche nous le dira sans doute.

Photos © US Department of Defense.

 

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8 COMMENTAIRES

  1. Des Osprey pour la France je n’y crois pas du tout. C’est déjà non pour acquérir une petite flotte de Chinook alors des Osprey à 100 millions $…
    Et selon vous si commande hypothétique il y aurais quelle serait la version retenue, pour quelle arme, pour quel usage ?

    • Peut-être pour la marine, comme carrier on board delivery ?
      Le coût est cependant dissuasif, sans parler de l’entretien d’une micro-flotte….
      Les chances de voir des Osprey sous cocardes françaises sont quand même très très minces.

      • Et vue la taille, le poids et la chaleur des moteurs je ne suis pas sûr qu’il puisse être opérationnel sur le Charles de Gaulle et sur les PHA. Il entre dans les hangars et passe sur les ascenseurs ?
        Pour ce qui est de l’entretien d’une micro flotte de Osprey ou de Chinook je ne comprend pas cet argument. On a bien que 2 exemplaires de Hawkeye ?
        Et les Pays-Bas et les Espagnols ont une douzaine de Chinook, on doit bien pouvoir mutualiser l’entretien non ?

        • De mémoire, les PHA peuvent recevoir un Osprey sur le seul spot avant (renforcé).
          Mais ils ne passent pas dans les hangars et sur les ascenseurs.
          Des essais ont été menés sur le CDG. Les expérimentations ont permis de valider l’appontage et le décollage, le stationnement prolongé moteurs tournant, le ravitaillement en carburant, le pliage, le tractage et le saisinage sur le pont d’envol.

          L’idée était de valider la possibilité du COD mais aussi des opérations spéciales au départ du Charles de Gaulle avec des forces spéciales françaises et américaines.
          De mémoire toujours, je crois que la version testée était un MV-22 du Corps des Marines.

          Actuellement, ce sont régulièrement des Greyhound US qui effectuent des missions de ravitaillement sur le CDG.

          Après, la question de gérer une micro flotte se pose aussi sous cet angle : la capacité est-elle indispensable / cruciale pour les opérations ? Pour le Hawkeye, c’est indiscutablement. oui. Cela justifie les investissements car l’outil est indispensable ( comme les 4 Awacs de l’Armée de l’Air).
          Entretenir une micro flotte ça coûte cher car il faut entretenir toute la filière: de la maintenance au stock de pièces détachées en passant par la formation des personnels navigants (et non navigants : les mécanos par exemple) avec des coûts incompressible ou non amortissable sur une longue série. Cela revient beaucoup moins cher si l’on a plus d’appareils en parc.

          Est-ce que le C-22 est une capacité cruciale pour la flotte ou l’armée de l’air / de terre ?

          Cher Arnaud (si je puis me permettre), vous évoquiez que le CMV-22B en cours de réception par l’US Navy dans un article sur Avions Légendaire 😉 (en début d’année, je crois…)
          D’ici quelques mois ou en 2021, on peut supposer qu’il sera en opération.

        • Aux USA, les Chinook sont utilisés par l’armée de terre pour un usage « terrestre ». L’US Navy et sa filiale US Marines Corps n’emploient pas des Chinook car ils sont handicapés par leurs doubles rotors et n’entrent pas dans les hangars des navire d’assaut amphibie. Ils utilisent des Sikorsky CH-53 qui eux n’ont pas de problème de taille.
          Seul les nouveaux portes-avions anglais class reine Elisabeth ont été conçus d’emblée pour pouvoir accueillir des Chinook.
          Pour la Marine nationale, ce qu’il faudrait c’est un lointain successeur au Super Frelon.

          CV-22B Osprey est lui vraiment handicapé par son prix de vente, son coût de maintenance et d’heure de vol. Mais il est vrai que la Norvège grâce à son pétrole est un des pays les plus riche d’Europe ….

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