La Russie renonce à navaliser les Sukhoi Su-57 et Su-75.

C’est un des enseignements les plus intéressants du récent Dubaï Airshow 2023. Alors que le conglomérat UAC y possédait son propre stand le futur avion de combat Sukhoi Su-75 Checkmate a été présenté au travers des trois versions qui le composeront : monoplace et biplace terrestres et drone de combat collaboratif. C’est là ce que beaucoup ont interprété comme un abandon de la Russie vis-à-vis d’une future flotte de chasseurs furtifs. Dans le même temps il est désormais évident que le chasseur de supériorité aérienne Su-57 Felon ne sera lui aussi pas navalisé.

L’idée d’un Sukhoi Su-57 Felon embarquée n’est pas nouvelle. Elle est apparue il y a huit ans à l’occasion du salon moscovite Army 2015. Une imposante maquette représentait alors ce que devait être le futur porte-avions russe, connu sous la désignation de Shtorm, ou projet 2300E. Outre l’abandon du traditionnel tremplin présent sur l’actuel Amiral Kuznetsov au profit d’un système de catapultes identique à ce qu’on trouve aux États-Unis ou en France on pouvait y admirer les maquettes d’avions qui interrogèrent alors.

Le premier était un AWACS embarqué rappelant fortement les rares plans et vues d’artistes du Yakovlev Yak-44 imaginé dans les années 1980 et copié sur le Grumman E-2 Hawkeye. Un Yak-44 qui fut abandonné net après la désagrégation de l’URSS et la fin du programme de porte-avions nucléaire Oulianovsk. Certains y ont aussi vu à l’époque l’ébauche d’une participation russe au programme chinois KJ-600 mené par l’avionneur Xian et là encore totalement pompé sur l’avion américain. Comme quoi la polycopieuse pékinoise fonctionne encore très bien.
Le second était un avion de combat, visiblement de 5e génération, aux lignes épurées qui se révéla rapidement être une représentation stylisée du Sukhoi T-50, c’est à dire le prototype du Su-57 Felon !  Dès lors il parut évident pour beaucoup d’experts et de spécialistes mais aussi de passionnés que Sukhoi allait tôt ou tard navaliser son chasseur de supériorité aérienne comme il l’avait fait avec le Su-27 Flanker devenu Su-33 Flanker-D quand il fut adapté aux opérations embarquées. Le Mikoyan MiG-29K Fulcrum-D résultant du même schéma idéologique l’idée d’un Felon adapté à l’aéronavale russe était loin d’être idiot.

Depuis huit ans donc nous étions quelques-uns à surveiller le moindre signe annonçant l’émergence de ce pendant russe au Lockheed-Martin F-35C Lightning II. Déjà quand les officialisations d’acquisition ont été publiées par le Kremlin on craignait le pire : toutes les commandes de Su-57 ne concernaient alors que les forces aériennes russes ! Pourtant récemment l’information du futur retour au service du porte-avions Amiral Kuznetsov aurait pu nous mettre du baume au cœur. Mais non car en fait nous savions déjà que jamais le Su-57 Felon ne serait navaliser. Sans le dire expressément les responsables d’UAC ont confirmé les différentes versions en construction ou à venir du chasseur furtif. Et aucune ne concernait de version embarqué. De la même manière la révélation des deux versions terrestres et de la version dronisée du Su-75 Checkmate encore en développement ont terminé de doucher nos espoirs. À croire que les MiG-29K et Su-33 seront définitivement les derniers chasseurs embarqués en service en Russie.

Comment comprendre une telle déculottée ? En premier lieu la Russie subit depuis près de deux ans les sanctions économiques des États-Unis, de l’Union Européenne, et de plusieurs pays alliés comme le Canada, la Corée du Sud, ou encore le Japon. Son attaque et son invasion partielle de l’Ukraine n’ont pas plus à tout le monde. Financièrement mais surtout industriellement parlant elles ne sont pas facile à vivre tous les jours pour l’économie russe. Les soutiens de la Chine, de la Corée du Nord, et de l’Iran ne peuvent pas tout résoudre. En deuxième position des explications il y a sans doute aussi le souvenir de deux avions embarqués demeurés à l’état de prototypes malgré des qualités indéniables : les Sukhoi Su-27KUB Flanker-D et Yakovlav Yak-141 Freestyle. Pas sûr qu’UAC veuille investir des centaines de millions de roubles pour connaître de nouveau un tel cauchemar. Et troisièmement le projet 2300E est aujourd’hui de plus en plus hypothétique avec une Russie qui multiplie les partenariats avec des pays amis ou non alignés qui accepteraient de lui louer ses bases. Après la Syrie qui lui a offert la Méditerranée orientale on parle désormais du Myanmar qui lui offrirait ainsi la très stratégique zone Asie Pacifique. Enfin rappelons qu’à la différence des États-Unis, de la France, ou encore de la Grande Bretagne la Russie n’a jamais vraiment eu la culture du porte-avions. Il s’agit là pour elle d’un héritage de l’URSS.

Affaire à suivre.

Photo © AFP


En savoir plus sur avionslegendaires.net

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

PARTAGER
ARTICLE ÉDITÉ PAR
Picture of Arnaud
Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
articles sur les mêmes thématiques
Commentaires

6 Responses

  1. T’façon à part faire de belles maquettes, l’avenir de l’aéronautique russe ne passera plus par grand chose d’autre pour la prochaine décennie. Et c’est tant mieux avec Poutler au pouvoir.

    1. Par contre merci d’éviter les parallèles foireux entre la Russie contemporaine et l’Allemagne hitlérienne. C’est au minimum maladroit et au pis intellectuellement malhonnête.

      1. je trouvais ça malhonnête jusqu’en 2020 environ.

        La restauration des symboles soviétiques et surtout stalinistes, la fermeture du musée de la mémoire des crimes de Staline à Moscou, la négation de l’Holodomor ukrainien est de fait un soutien inconditionnel à des politiques qui ont rué PLUS de monde, pas moins, que les nazis, et l’ont fait de la même exacte façon (camps de prisonniers, camps de travail, génocide par balle, génocide par la faim)

        Poutine a montré son vrai visage cette année là, et ce ne sont pas les centaines de milliers de morts qu’il vient de provoquer qui plaident pour une « normalisation » du personnage, ce surnom lui va au contraire comme un gant.

  2. Bonjour à tous.
    Arnaud, je souhaitais apporter une petite précision concernant le projet de futur porte-avions russe. Il s’agit du projet 23000E et non du 2300E. Ceci dit, vu que ce projet est très hypothétique voir pratiquement une arlésienne, ce n’est pas si grave…
    Pour plus d’infos concernant tout ce qui a trait aux projets militaires russes, je vous conseille le site redsamovar, toujours excellent mais qui poste beaucoup moins d’articles depuis quelques temps (snif)!
    Bien à vous

  3. C’est dommage par contre ça aurait marrant de voir des Su-75 sur porte-avions. Le Su-57 de toutes manières personne n’en veut je comprend que la marine russe non plus.

  4. C’est dommage que le Mali et le Niger n’aient pas accès à l’océan Atlantique ils auraient pu récupérer l’ex porte avions russe Amiral Kuznetsov, qui constitue tout de même un beau tas de ferraille

Sondage

Lequel de ces avions symbolise le mieux pour vous le 90ème anniversaire de l'Armée de l'Air et de l'Espace ?

Voir les résultats

Chargement ... Chargement ...
Dernier appareil publié

DFS Olympia Meise

Dans les années 1930, les prouesses aéronautiques fascinent les foules. Il était donc dans l’air du temps d’inclure le Vol à voile comme discipline de démonstration aux

Lire la suite...