Pas sûr que cette décision du Président de la République Emmanuel Macron ne soit comprise de tous en France. En déplacement sur la base navale de l’Île Longue en Bretagne il a fait un discours devant nos forces armées afin d’expliquer la profonde refondation de la dissuasion française. L’un des aspects, celui qui nous intéresse par ailleurs, concerne le possible déploiement d’avions de combat Dassault Aviation Rafale F4 et de leur armement nucléaire auprès de huit pays européens partenaires. Des négociations sont actuellement en cours au plus hauts niveaux.
Jusque là la dissuasion n’avait pas vraiment évolué depuis François Mitterrand et les bouleversements liées à l’effondrement du bloc soviétique au tout début des années 1990. Il fallait donc la dépoussiérer un peu, histoire de la rendre plus actuelle. Jacques Chirac s’y était bien essayé avec la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique mais cela avait vite tourné au fiasco le plus monumental. Chat échaudé craignant l’eau froide Nicolas Sarkozy s’en était désintéressé ; et François Hollande avait tenté d’imprimer sa marque en jouant le jeu de la transparence sur une question habituellement très opaque. Autant dire qu’Emmanuel Macron arrivait sur un terrain miné ce lundi 2 mars 2026 à l’Île Longue, la base des Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins dans la rade de Brest.

Le lieu l’obligeant il a beaucoup parlé de l’aspect naval de notre dissuasion. Il a notamment annoncé pour d’ici dix ans l’entrée en service d’une nouvelle classe de SNLE, dits de troisième génération, et dont le premier bâtiment portera le nom d’Invincible. Il a parlé diplomatie, Europe, évolutions géostratégiques, enfin un peu tout ce qui tourne autour de l’arme atomique et de la France. Il était dans son rôle, la dissuasion c’est le pré carré de l’Élysée depuis 1958. Un héritage de Charles de Gaulle.
Là où on le retiendra c’est sa volonté de vouloir faire évoluer la doctrine de dissuasion française. Il entend avec huit partenaires européens la partager jusqu’à une certaine limite. On parle ici de l’Allemagne, de la Belgique, du Danemark, de la Grèce, des Pays-Bas, de la Pologne, du Royaume-Uni, et de la Suède. On remarquera que les Britanniques ont déjà l’arme atomique et aussi que les Espagnols et Italiens en sont absents. Leurs positions respectives vis-à-vis du nucléaire militaire est toujours aussi incertain. On voit aussi que la France ne se limite pas à l’Union Européenne puisque justement les mêmes Britanniques n’en sont plus membres.
La doctrine qu’Emmanuel Macron a présenté hier à l’Île Longue c’est celle de la «dissuasion nucléaire avancée». C’est justement le fait de pouvoir déployer des Rafale F4 (et sans doute plus tard des Rafale F5) dans les pays partenaires. Quid alors des avions de ravitaillement en vol Airbus Defence A330 MRTT Phénix qui sont une part essentielle de la dissuasion, à moins que justement les avions de combat français puissent s’appuyer sur des avions-citernes locaux.
Le Président de la République a cependant insisté sur un un point fondamental de sa doctrine de «dissuasion nucléaire avancée» : la décision finale demeurera le rôle de la France. Seul le Président de la République Française pourra le cas échéant décidé de faire décoller en action opérationnelle réelle les Rafale F4 dotés de l’arme nucléaire afin d’aller frapper une cible. Le pays partenaire hôte ne pourra que le solliciter, jamais donné l’ordre à nos militaires.

Entre les futurs SNLE de troisième génération et la doctrine de «dissuasion nucléaire avancée» le Président de la République a fait une dernière annonce choc : la France va augmenter de manière significative la taille de son arsenal nucléaire. Cela n’avait pas eu lieu depuis le premier septennat de François Mitterrand, c’est à dire la période 1981-1988. Pour autant Emmanuel Macron est volontairement resté flou sur cette augmentation en terme de volume. 10%, 15%, 20% d’armes nucléaires supplémentaires voire plus ? Mystère et boule de gomme. De même il a annoncé qu’à l’avenir les données autours d’un chiffrage de l’arsenal français seraient classifiées.
Voilà vous en savez désormais un peu plus sur les évolutions futures de notre dissuasion française et sur notre futur arsenal nucléaire.
Affaire à suivre
Photos © Armée de l’Air et de l’Espace
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8 réponses
@Arnaud
« Jusque là la dissuasion n’avait pas vraiment évolué depuis François Mitterrand »
Il y avait tout de même la composante missiles balistiques du plateau d’Albion qui a disparu depuis 1996.
En plus il y avait eu l’abandon par F.Mitterrand de la composante sol-sol dite « préstratégique » en l’occurrence les missiles mobiles sur camions semi-remorques Hadès. Ceci dit assez logique et conforme à la doctrine française d’emploi des armes nucléaires qui ne prévoit pas un combat à coup de frappes tactiques sur des forces militaires mais plutôt une frappe massive et unique sur un pays agresseur.
Rhalala la Belgique, ce beau pays qui dit non à l’industrie de défense européenne mais qui accepte volontier une place sous le parapluie nucléaire français…
En tout cas on espère que les « négociation actuellement en cours au plus hauts niveaux » déboucherons sur quelques avantages pour la France.
2 remarques:
– lorsque Chirac a repris les essais nucléaires, 2 ont été dédiés à la validation des nouvelles têtes car Mitterand avait stoppé les essais un peu tôt. Le laser mégajoule n’était pas encore fonctionnel et avec des têtes nucléaires non certifiées dans les SNLE n’était pas sérieux… Les 3 autres ont été des test américains qui avaient le meilleur problème que les Français.
– disperser les bases de Rafales nucléaires démultiplie les possibilités, et emm… un peu plus les Russes.
Dois-je comprendre que nos missiles nucléaires seront entreposés dans les pays tiers ?
Seront-ils montés par nos aviateurs ? Quels délais ? Car pour une manip en Pologne ou Suède…il faut du temps. La mise sur pied d’une réplique nucléaire doit être le plus confidentiel possible.. En France c’est facile mais à l’étranger, j’en doute, car trop de monde » dans la boucle ».
De plus est-on sûr de la mise à disposition des avions ravitailleurs et de leur disponibilité ? Tout cela (dans une moindre mesure) à l’image de ce que font les USA, mais eux ont le même matériel que leurs « alliés ».
Ce qui me gêne aussi, c’est que les pays envisagés sont tous adeptes (à part la Suède) d’achat de F-35 pour l’emploi de la bombinette US, le moment venus.. Question: n’ont-ils pas confiance aux US ou bien au F-35 pour « quémander » la nôtre ?…. Parce que là, c’est comme on dit, ceinture et bretelles…
Faites un peu confiance à nos partenaires, sinon ça ne sert à rien de nouer des relations, on reste entre nous et on ne partage rien.
Moi je comprends surtout que c’est l’occasion de mêler des moyens européens de « support » (ravitaillement, déception) aux entrainements français, dans le but de renforcer l’aspect « incertitude stratégique »…
Et surtout de participer au financement comme l’Allemagne participe financièrement au maintien de l’armée US, combien de civils allemand dans ces bases.
Idem pour l’Italie et la base aérienne d’Aviano ou navale de Naples ou l’Espagne hors OTAN sur la base de Torrejon-de-Ardoz, aux environs de Madrid, où s’est installé l’état-major de la XVIe Air Force.
La participation financière des Etats européens qui sont demandeur est normal.