C’est l’épilogue de l’un des aéronefs les plus ahurissants des 50 dernières années. Ce mercredi 3 juin 2026 l’US Marines Corps a mis fin à l’exploitation de l’avion d’attaque au sol McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II après 42 ans de service actif. Une carrière en dent de scies pour un appareil dont les origines nous ramènent de l’autre côté de la Manche, chez Hawker-Siddeley avec le Harrier GR Mk-1. Et contrairement à son équivalent au sein de l’US Air Force sa mise à la retraite n’a jamais soulevé la moindre contestation possible…
Les marines sont sans doute les militaires américains les plus pragmatiques. Quand ils retirent du service un aéronef, aussi mythique puisse t-il être, ils ne font pas de grandes cérémonie, pas de chichis, pas de flonflons. On se souvient que cela s’était (assez) récemment passé ainsi pour l’hélicoptère d’assaut Boeing Vertol CH-46 Sea Knight ou bien il y a plus longtemps pour l’avion d’attaque Douglas A-4 Skyhawk. Ils n’ont pas dérogé à leur règle concernant le McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II. Ils l’ont retiré du service mercredi dernier. Point à la ligne, passons à autre chose.

Mais vous savez quoi ? Je ne suis pas un marines américain, et je crois que vous non plus. Donc nous allons nous pencher ensemble sur ce drôle d’avion d’armes aux 42 années de service. D’abord s’il s’appelle Harrier II dans l’US Marines Corps c’est qu’il y en eut un avant lui, un Harrier qui à sa différence ne fut pas construit aux États-Unis et à peine pensé par quelques ingénieurs américain. En fait il était britannique, adapté aux besoins des marines. Et ce Harrier de première génération permit de poser les premières bases du Harrier II en tirant notamment les enseignements de la très meurtrière guerre du Vietnam.
Le McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II était globalement une version améliorée et totalement américanisée du Hawker-Siddeley AV-8A Harrier. C’était donc un avion d’attaque au sol et d’appui aérien rapproché. Les marines avaient choisi de gommer chez lui la dimension de reconnaissance tactique existant auprès de la Royal Air Force. Mais surtout l’AV-8B Harrier II était un avion né avec la généralisation des premières armes dites de précision.
C’est pourquoi l’avion d’attaque américain fut durant plus de la moitié de sa carrière indissociable du missile air-sol AGM-65 Maverick dont il était l’une des principales plateformes de tir. Sa charge opérationnelle classique était de l’ordre de deux de ces munitions mais pouvait monter, dans certains rares cas, à quatre.

Cependant l’arme de l’AV-8B Harrier II, celle qui l’a caractérisé, c’est ce surprenant canon mitrailleur GAU-12 Equalizer et son inhabituel calibre de 25 millimètres. Une arme pensée pour tirer en rafales courtes sur des cibles au sol et qui réussit à se faire remarquer contre d’autres en mode air-air. Et pourtant le Harrier II n’était qu’un chasseur d’appoint, n’étant pas vraiment adapté à cela malgré la présence dans son arsenal de l’immanquable missile AIM-9 Sidewinder et même de l’AIM-120 AMRAAM. Dans les missions de chasse il était considéré comme trop lent, avec ses vitesses de pointe en haut subsonique, et disposant d’un radar qui n’avait pas été pensé pour cela.
C’est sans doute cette grave carence en matière air-air qui fait que jamais le retrait du service du McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II au profit du Lockheed-Martin F-35B Lightning II ne suscita de réaction de rejet. Le nouvel avion (furtif) est un aussi bon appareil d’attaque et d’appui tactique que son prédécesseur et à sa différence lui est un vrai chasseur. Les marines ont donc dû réapprendre à être des chasseurs. Le seul défaut qu’on pourrait souligner pour le Lightning II c’est son incapacité à emporter des roquettes air-sol en paniers, mais cette munition avait déjà quasi disparu de l’arsenal du Harrier II depuis le début des années 2010.

Le McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II était-il un guerrier ?
La réponse est oui. Pourtant son début de carrière fut chaotique. Encore en phase de développement il ne participa pas à l’opération Urgent Fury sur l’île caribéenne de la Grenade en octobre/novembre 1983. Les premiers exemplaires furent pris en compte à l’été 1984. Mi 1987 les trois premières escadrilles de l’US Marines Corps volant sur cet avion étaient déclarées opérationnelles. Auraient alors dû, selon toutes vraisemblances, s’ouvrir à lui les actions américaines dans le monde. Oui… mais non. Entre décembre 1989 et janvier 1990 l’Amérique intervient au Panama pour remettre la main sur son précieux canal. C’est l’opération Just Cause. Et là encore le Harrier II n’en est pas alors que des avions d’attaques plus anciens comme les Cessna OA-37B Dragonfly en sont. En fait l’administration Bush ne veut pas entendre parler de l’aéronavale dans cette affaire, donc des marines. Donc du Harrier II. Nouvel acte manqué.
Heureusement pour lui en août 1990 le dictateur baasiste irakien Saddam Hussein se met en tête d’envahir et d’annexer son petit (et très très riche) voisin le Koweït. Il entend ainsi faire main basse sur ses réserves de gaz et de pétrole ; mais aussi de bénéficier de ses accès portuaires. Le monde réagit, l’ONU tape du poing sur la table, l’Amérique y va avec ses plus fidèles alliés. C’est l’opération Desert Shield qui au début de l’année 1991 deviendra Desert Storm lorsque la coalition décidera de faire parler les armes à l’issu d’un ultimatum envoyé aux Irakiens et qui pourrait se résumer par : «vous décarrez votre troupes ou vous vous prenez dans la face les nôtres». Ils n’ont pas bougé, les Alliés ont attaqué. Et ô miracle le McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II était dans la première salve de frappes aériennes, dès la nuit du 17 janvier. Guerre ultra médiatisée celle-ci aurait forcément dû mettre sur le devant de la scène ce petit avion d’attaque à décollages et atterrissages verticaux. Bah oui… mais non. Car le Lockheed F-117A Night Hawk, premier avion furtif construit en série, l’a écrasé auprès des journalistes. Quelques lignes, quelques photos dans les médias spécialisés mais les grandes chaines de télé ne montraient que l’étrange silhouette noire à facettes de l’avion «fantôme».
Au moins l’honneur est sauf l’AV-8B Harrier II a connu le feu et en est ressorti avec un très bon taux de coups aux buts, supérieur à 70%. En temps de guerre au début des années 1990 c’est toujours ça de pris. La logique voudrait qu’il soit désormais de toutes les opérations. L’Amérique intervient alors en Somalie face à l’extrême violence des groupes armés islamistes. Et vous savez quoi ? Le Harrier II va y briller par son absence. En août/septembre 1995 des frappes aériennes sont décidées par l’ONU et l’OTAN contre les positions militaires serbes en Bosnie-Herzégovine. L’Amérique y participe sous la forme de l’opération Delibarate Force. Des actions d’appui tactique sont décidées, et là encore le Harrier II n’en est pas. Vous l’aurez compris l’Amérique a plus souvent oublié d’employer ses AV-8B qu’autre chose
Fort heureusement pour lui il y a le premier quart du 21ème siècle. On va le voir au-dessus de l’Afghanistan dès novembre 2001, traquant les responsables des attentats du 11 septembre, de nouveau en Irak deux ans plus tard, ou encore dans la guerre internationale contre Daech au Levant. Et à chaque fois il fait ce qu’il sait faire : taper des cibles au sol à grand coup de missiles AGM-65 Maverick et de plus en plus de bombes à guidage laser. Seulement voilà il vieillit. Et le programme Joint Strike Fighter arrive avec son F-35B Lightning II. Alors petit à petit l’AV-8B Harrier II lui laisse la place. Et ce mercredi 3 juin 2026 son histoire s’est terminée… aux USA.

Car des McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II continuent de voler au sein de l’Armada Española et de la Marina Militare. L’aéronavale espagnole pourrait d’ailleurs prochainement racheter cinq à six exemplaires en provenance de Davis-Monthan AFB. Un autre avion d’attaque est sur le déclin aux USA, et lui aussi doit être remplacé par le Lockheed-Martin F-35 Lightning II. Pour lui par contre ce retrait du service fait débat. On parle ici évidemment du Fairchild-Republic A-10C Thunderbolt II et de l’US Air Force. Mais c’est là une toute autre histoire…
Photos © US Marines Corps.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.












