Hors du cercle des scientifiques et des ingénieurs, bien peu connaissent le Conseil national de recherches du Canada (CNRC), également connu sous le nom de National Research Council (NRC) chez les anglophones. Pourtant, cet organisme fédéral dédié à la recherche appliquée compte plus de 4500 employés oeuvrant dans l’un ou l’autre de ses douze centres de recherche disséminés au Canada. Celui qui nous intéresse particulièrement, est le Centre de recherche en aérospatiale. Ceux qui ont déjà fréquenté l’Aéroport international d’Ottawa n’ont pas manqué d’être intrigués par l’immense soufflerie du CNRC et par des aéronefs inusités aux couleurs de cet organisme.
Les origines du CRNC remontent à la Première Guerre mondiale. En 1916, le Advisory Council for Scientific and Industrial Research fut mis sur pied afin de proposer des solutions aux problèmes de production industrielle, agricole et énergétique afin de mieux soutenir l’effort de guerre. Dès ses débuts, il était communément appelé National Research Council, appellation qu’il adopta officiellement en 1925. Sous l’impulsion de la Seconde Guerre mondiale, le NRC connut une croissance rapide et devint, de fait, un organisme de recherche essentiellement militaire. Après guerre, le NRC a repris son rôle civil, tout en misant sur des partenariats avec l’industrie, les universités ainsi que divers organismes de recherche internationaux. Bilinguisme canadien oblige, le NRC adopta également un nom francophone dans les années 1960.
Aujourd’hui, plus de 350 scientifiques et ingénieurs oeuvrent pour le Centre de recherche en aérospatiale qui peut compter sur des installations uniques et une flotte d’une dizaine d’aéronefs afin de mener à bien divers projets de recherche et de développement. Le CNRC fait appel à certains avions en apparence désuets, mais modifiés pour en faire de véritables laboratoires volants à la fine pointe de la technologie. Avec ses allures de Warbird, un CCF Harvard Mk.4 (version canadienne du T-6 Texan) assemblé dans les années 1950 continue à besogner, notamment pour expérimenter divers systèmes d’affichage évolués.

Tout aussi anachronique en apparence, le Canadair CL-30 (version canadienne du Lockheed T-33) du CNRC est équipé de capteurs hyperspectraux et autres instruments pour la détection de polluants atmosphériques ainsi que pour l’étude des turbulences. Il agit comme un véritable avion renifleur, en volant dans le sillage d’avions de ligne.

Le Convair 580 du CNRC est un bimoteur d’une autre époque capable d’accueillir plusieurs combinaisons d’instruments et jusqu’à une douzaine de chercheurs en vol. C’est un laboratoire polyvalent dont on se sert notamment pour étudier l’atmosphère (nappes de smog dans les zones urbaines, physique et chimie des nuages, givrage des aéronefs), l’aéromagnétisme ou encore le positionnement de précision des aéronefs grâce aux techniques du système mondial de localisation différentiel (DGPS).

Autre avion qui n’est plus dans sa prime jeunesse, le Dassault Falcon 20 du CNRC est modifié pour l’exécution de projets de recherche en microgravité exigeant un vol parabolique. Grâce au système complexe de saisie de données à bord, le Falcon 20 peut aussi servir aux essais de divers capteurs aéroportés. L’appareil est également doté de réservoirs d’alimentation séparés, de sorte que le pilote peut choisir un carburant différent pour chaque partie du vol. En octobre 2012, le Falcon 20 du CNRC se démarqua en devenant le premier avion civil au monde à avoir volé en utilisant uniquement du biocarburant (100 % biokérosène).

Le DHC-6 Twin Otter du CNRC est doté d’une instrumentation complète pour une multitude d’études sur l’atmosphère et la biosphère, ainsi que pour la mise au point de nouveaux systèmes de pilotage.

Banc d’essais pour de futurs avions électriques hybrides, le Cessna 337 du CNRC est connu sous le nom de HEAT (pour Hybrid-Electric Aircraft Test-bed). Également surnommé le Mixmaster, cet avion bimoteur est idéal pour la rechercher dans le domaine de l’aviation électrique. L’un ou l’autre moteur à essence, peut être remplacé par un moteur électrique, sans que l’avion soit trop déséquilibré en vol.

Cette flotte spéciale du CNRC est complétée par trois hélicoptères dont un Bell 412, un Bell 205 et un Bell 206 Jet Ranger. Ces hélicoptères servent notamment à la recherche sur les systèmes évolués de commandes électriques en vol, domaine où le CNRC a joué un rôle de pionnier. Mentionnons aussi l’élaboration relativement récente d’un système de vol autonome afin de résoudre le problème du « voile blanc » à l’origine de bien des accidents. Lorsqu’un hélicoptère atterrit sur une surface comme le sable ou la neige, le souffle vertical puissant des rotors soulève un nuage qui peut totalement bloquer la vue du pilote et de l’empêcher d’atterrir en toute sécurité. La solution du CNRC fait appel à la technologie LIDAR et à l’intelligence artificielle pour évaluer en temps réel le site d’atterrissage, permettant ainsi au pilote d’atterrir à l’aveugle. Que ce soit dans le désert en Arizona ou dans la neige au Canada, le Bell 412 du CNRC a démontré le bon fonctionnement de ce système novateur.



Il n’est pas inhabituel pour des agences gouvernementales de ce genre d’utiliser des avions d’une autre époque. On qu’à songer à la NASA qui fait encore voler des Martin B-57 Canberra, ou de la DGA EV française qui aligne encore des Dassault Falcon 20. Bien évidemment, plusieurs vénérables aéronefs du CNRC commencent à accuser le poids de leur âge et devront être remplacés au cours des prochaines années. Le 9 mars dernier, le gouvernement du Canada annonçait d’ailleurs l’achat d’un appareil Bombardier Global 6500 pour le CNRC. Nul doute que cet avion ultra-moderne va grandement augmenter les capacités aériennes du Centre de recherche en aérospatiale. Rappelons qu’en décembre dernier, Ottawa annonçait aussi l’acquisition de six avions Global 6500 destinés à l’Aviation royale canadienne. La prochaine annonce d’Ottawa pourrait encore favoriser le Global 6500, sous forme d’appareils Saab GlobalEye, au détriment du Boeing E-7 Wedgetail.

Mais revenons au 9 mars, Ottawa annonçait du même souffle la mise sur pied d’un centre d’innovation du CNRC afin d’augmenter les capacités canadiennes en matière de drones. La guerre en Ukraine a clairement démontré que les drones révolutionnent les champs de bataille. Ottawa a donc compris l’absolue nécessité de développer une filière canadienne en la matière. Sans délaisser sa mission civile, le CNRC renoue avec le secteur militaire et n’a pas fini de bénéficier de la Stratégie industrielle de défense du Canada dévoilée en février dernier.
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4 réponses
Un super article. Passionnant, d’autant plus que je n’avais jamais entendu parler de ce centre de recherches. Bravo Marcel j’ai appris des trucs.
Mention spéciale au Convair 580 profondément modifié.
Salut Marcel et les Passionnés,
J’en dirai autant qu’Arnaud; très bon article où j’en apprends toujours et encore sur ton Canada et et ta province québécoise. J’ai eu l’impression de visiter une musée de l’air « volant », car il vrai que les appareils font un peu « vintage » et « rustiques » par rapport à un organisme qui se veut à la pointe de la tech….c’est sans doute lié à des contraintes budgétaires propre aujourd’hui à tout organisme public. Je constate que notre Falcon 20 national est toujours aussi racé avec son style et sa dérive avion de chasse …..Bon, au final le 6500 va remoderniser l’image de ton CNRC et faire baisser un peu la moyenne d’âge !
Passionnément,
Pour ce type d’organisme, ce n’est pas tant la modernité des aéronefs qui compte, mais plutôt les capteurs et instrumentations à la fine pointe de la technologie qui sont installés sur ces mules volantes. Cela étant dit, le Global 6500 va permettre d’effectuer des expériences à plus haute altitude et à plus grande vitesse que ses vénérables collègues. Personnellement, j’aime bien les vieux coucous qui refusent de ramasser la poussière dans les musées.
Je me joins aux autres commentateurs. J’ai également beaucoup apprécié cet article qui m’a permis de découvrir le CNRC et tous ses appareils. Merci !