Même si la base de l’accord Boeing – Embraer tourne surtout autour des avions civils, le secteur défense de l’avionneur sud-américain n’est pas oublié. Les deux constructeurs se rejoignent autour d’une coentreprise détenue à 51% par des capitaux brésiliens et 49% par Boeing concernant la commercialisation de l’avion-cargo militaire KC-390. Et d’ores et déjà l’avionneur de Seattle apporte des propositions d’options pour quatre nouveaux pays, en Amérique du sud et en Europe. Pour mémoire il s’agit du plus ambitieux programme aéronautique mené au Brésil.

Jusque là en effet l’Embraer KC-390 n’a enregistré «que» deux contrats portant au total sur trente-trois avions. Vingt-huit exemplaires à destination de la Força Aérea Brasileira et cinq autres pour la Força Aérea Portuguesa. Et il s’est même payé le luxe de perdre des contrats avec deux grosses puissances : le Canada fin 2016 et la France trois ans plus tôt. Ce dernier n’ayant pas eu lieu du fait du refus brésilien d’acquérir le chasseur omnirôle Dassault Aviation Rafale. C’est le principe de réciprocité.

En Amérique du sud donc Boeing espère pouvoir placer le biréacteur militaire brésilien auprès des aviations militaires argentines, chiliennes, et colombiennes qui utilisent toutes trois de vieux Lockheed C-130B Hercules ou encore la version civile L-100. Deux modèles totalement dépassés, même pour les standards sud-américains. En Europe Boeing pense pouvoir placer l’avion auprès de l’aviation tchèque qui cherche actuellement un avion de transport tactique de plus gros tonnage que ses actuels Airbus Defense & Space C-295M. Seulement voilà la concurrence ne compte pas se laisser faire aussi facilement.

Et celle-ci prend évidemment la forme de l’inébranlable Lockheed-Martin C-130J Super Hercules. L’avion-cargo américain ne compte pas laisser s’implanter aussi facilement l’avion brésilien.
En Argentine d’abord ou l’avionneur de Burbank a su capitaliser depuis plusieurs années en investissant l’industrie aéronautique locale, et ce malgré une nationalisation de façade en août 2009. Lockheed-Martin demeure le principal soutien technique et logistique de FAdéA, pour Fábrica Argentina de Aviones, la nouvelle raison sociale de la célèbre FMA.
Au Chili ensuite où l’entreprise ENAER dispose d’un agrément de l’avionneur pour entretenir des C-130 Hercules et ainsi maintenir un activité industrielle et une main d’œuvre qualifiée. Un contrat d’achat de KC-390 plutôt que de C-130J pourrait bien remettre en cause ces accords et à terme faire disparaître le principal avionneur chilien.
En Colombie enfin où là encore l’avionneur local Ibis Aircraft, spécialisé dans le développement et la construction d’avions légers de tourisme et d’ULM, dispose d’un contrat d’entretien des C-130 Hercules et des… Sikorsky UH-60 Blackhawk. Rappelons que l’hélicoptériste dépend désormais de Lockheed-Martin.
En fait il ne reste vraiment sur les quatre que la Tchéquie. Mais ce biréacteur est-il vraiment adapté à ce petit pays européen qui cherche par tous les moyens depuis quelques années à se mettre au niveau des standards OTAN. Et qui y réussit plutôt assez bien.
Du coup le KC-390 serait-il vraiment mieux que le C-130J ? Rien n’est moins sûr.

Du coup on peut raisonnablement se dire que c’est un véritable coup de poker que tente Boeing face à son éternel concurrent militaire Lockheed-Martin. Et rien n’indique que le biréacteur tactique brésilien sera le succès espéré par les autorités locales.
L’avenir proche nous le dira.

Photo © Boeing.

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