Peut-être plus que tout autre constructeur dans le monde Sukhoi est celui qui s’est le mieux adapté aux changements géopolitiques de cette décennie. Entre 2010 et 2019 on peut vraiment considérer que l’avionneur russe a réussi un retour gagnant face à ses adversaires américains et européens, au point même de littéralement enterrer son concurrent local Mikoyan. Aujourd’hui les avions de combat Sukhoi sont omniprésents sur la planète et représente parmi les mieux adaptés au marché. Seule ombre au tableau : l’échec de l’avion commercial Superjet 100.

Soyons très clair. Il y a dix ans on ne donnait pas cher de l’industrie aéronautique russe. Beaucoup se gaussaient du fait qu’elle ne proposait plus que des versions rajeunies de ses MiG-29 et Su-27 hérités de l’ère soviétique. Et nous avions tort. Oh pas sur le fait qu’elle ne proposait que de tels avions, c’était empiriquement vrai. Non nous avions tort de sous-estimer ces avions. En une décennie ils nous ont démontré toute l’étendue de notre erreur, mais surtout ils ont prouvé que la Russie pouvait encore produire des machines volantes très compétitives face aux pays européens ou aux États-Unis.

Et pour vous le démontrer tapons dans le dur, allons-y avec le best-seller de Sukhoi : le Su-30. Pourtant ce n’est à priori pas le chasseur le plus extraordinaire que la Russie propose à l’export. Mais elle le vend, et même très très bien.
Treize pays étrangers l’utilisent actuellement (en dehors donc de la Russie) dont l’Inde et la Malaisie qui se sont même payés le luxe de posséder leur propres sous-versions. Elles sont respectivement connues comme Su-30MKI et Su-30MKM. Des versions plus classiques volent en Algérie, en Chine, au Kazakhstan, ou encore au Venezuela. Mais pourquoi un tel succès ? D’abord parce que le Su-30 est un chasseur réellement polyvalent. C’est un véritable couteau suisse volant. Il est très bon dans la défense aérienne, dans l’attaque au sol et l’appui aérien rapproché ; et en plus il est relativement bon marché. Sur ce dernier point il est même moins cher que la majorité de ses concurrents.
Son avionique n’a cessé d’évoluer en dix ans et la poussée vectorielle de ses deux réacteurs couplée aux plans canards lui donnent une redoutable manœuvrabilité.

S’il n’est pas à proprement parler un succès commercial le Sukhoi Su-34 mérite pourtant qu’on s’attarde sur son cas. Il est sortie de l’ornière dans laquelle la Russie l’avait mise durant plusieurs années : celui de chasseur de salon. En gros après avoir fait les beaux jours des démonstrations aériennes le gros avion de pénétration a su bander ses muscles et montrer ses vraies qualités. Et c’est en Syrie que tout cela s’est déroulé. Alors bien entendu comme la propagande russe fonctionne toujours à plein régime il est bon de savoir démêler le vrai du faux dans les infos qu’elle balance. Mais au final le Su-34 s’en tire plutôt pas mal du tout. Il faut dire qu’il est bien plus moderne et polyvalent que les vieux Su-24 aux côtés desquels il vole encore. De là à le comparer avec le F-15E Strike Eagle américain il n’y a qu’un pas, que perso je franchis. L’avion russe pourrait bien lui être supérieur.

Venons-en ensuite au top du top, peut-être le meilleur avion de combat jamais produit en Russie (et avant cela en URSS) à savoir le Sukhoi Su-35 ! Lui c’est simple entre 2010 et 2019 il était partout. Sur les médias propagandistes russes bien entendu mais également dans la presse et les médias spécialisés, et pour cause. C’est un superlatif avec deux réacteurs et des ailes. Comme le Su-30 il est vendu avec la technologie de la poussée vectorielle, mais issue du démonstrateur Su-37 dans son cas.
Alors certes les détracteurs diront qu’il se vend moins bien, et ils auront sans doute raison. À ce jour seules la Chine et l’Indonésie en ont acquis. Des pourparlers assez avancés sont pourtant en cours entre la Russie et trois pays : l’Égypte, l’Inde, et la Turquie. Cette dernière bien que (encore) membre de l’OTAN s’intéresse de très près au chasseur russe de supériorité aérienne, surtout depuis son éviction du programme F-35 Lightning II. Les autocrates Erdogan et Poutine semblent très bien s’entendre dès lors que l’on parle de gros sous et d’armement.

Forcément il reste un cas, un peu à part : l’avion furtif Sukhoi Su-57. C’est sans nul doute possible un des avions qui fera couler le plus d’encre dans les années à venir. Le Felon comme l’appelle l’OTAN est l’avion de combat russe de toutes les supputations. Ses détracteurs soulignent ses origines liées justement au Su-27 tandis que ses aficionados n’hésitent pas à le considérer comme supérieur à n’importe quel autre avion de combat au monde, y compris au Lockheed-Martin F-22 Raptor américain. Qui a raison, qui a tort ? Peu importe. Le plus important c’est que désormais avec lui la Russie a rejoint la Chine et les États-Unis dans le club très fermé des pays capables de produire en série, même toute petite dans le cas actuel du Su-57, un avion furtif. L’URSS n’avait en son temps pas réussi un tel pari.

Du coup tout est t-il tout beau et tout rose dans le monde de Sukhoi ?
Malheureusement non. La décennie a quasiment tué dans l’œuf l’avion de transport léger Su-80 dont seuls huit exemplaires ont été construits depuis 2011. Mais surtout c’est le Superjet 100 qui a échoué. Le très ambitieux avion de ligne court-courrier n’a pas trouvé son public. Face à lui les Airbus A220 et Embraer E-Jet lui ont bien savonné la planche. Et un dramatique accident survenu cette année a terminé de ternir sa réputation. Il est considéré par beaucoup comme peu sûr. Est-ce fondé ? Personne ne le sait encore actuellement. Les compagnies aériennes, même russes, s’en détournent pourtant déjà.

Plus que jamais donc Sukhoi sera un des avionneurs sur lesquels il va falloir compter dans les années à venir dans le domaine militaire. Au même titre qu’Airbus DS, Boeing, Dassault Aviation, ou Lockheed-Martin ses productions sont des avions réussis et très compétitifs.

Photo © Keypublishing.

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1 COMMENTAIRE

  1. Il me paraît important d’apporter un bémol ; il existe pas mal de soucis avec l’approvisionnement en pièces détachées et le MCO, notamment des moteurs et de l’électronique. Certes Sukhoi vend pas mal d’avions -les chiffres sont clairs-, surtout parce qu’ils sont moins chers que les produits occidentaux, mais au final les clients ne lui tressent pas des lauriers… Des super-jets de la compagnie mexicaine tout le temps en panne aux Su-30MKi indien aux moteurs peu fiables, aux appareils malaysiens souvent en panne à cause des conditions locales (en même temps, même les f-18 malaysiens souffrent…). Les retours des cliens restent mitigés.
    Sur le papier, acheter du Su-30 c’est une bonne affaire, mais sur le long terme c’est moins évident.

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