C’est un cap à la fois historique et purement symbolique. Le constructeur européen Airbus a annoncé il y a quelques jours avoir atteint les 20000 avions vendus depuis sa création. Un chiffre un peu faussé puisqu’il tient compte aussi bien des historiques avions commerciaux de l’industriel que des A220 ex-canadiens ou encore des ravitailleurs en vol par définition militaires. Quoiqu’il en soit Airbus est définitivement l’acteur le plus important du domaine avec son concurrent américain Boeing.

Reste que 20000 avions vendus en 50 ans c’est pas mal du tout, ça fait une moyenne de 400 exemplaires par an. Mais ça ne veut strictement rien dire. Car dans les années 1970 et 1980 les Airbus A300 et A310, ces gros biréacteurs moyens-courriers peinaient à se vendre auprès des compagnies aériennes. Le premier a été construit à 561 exemplaires entre 1971 et 2007 tandis que le second a péniblement atteint les 255 machines entre 1983 et 1998.
À cette époque Boeing faisait mieux avec un seul modèle d’avion, son célèbre 767 toujours en production depuis 1981 et dépassant les 1150 exemplaires construits.

Donc le succès d’Airbus ne peut pas s’expliquer sur ses premières années. Si ce n’est un succès technologique et une modification de la manière de voir l’aviation commerciale. Beaucoup d’experts et d’historiens de l’aéronautique estiment, d’un côté de l’Atlantique ou de l’autre d’ailleurs, que sans l’arrivée de l’Airbus A300 jamais Boeing n’aurait lancé son 767.
La réciprocité existe d’ailleurs entre les deux avionneurs puisque la famille A320 (pour mémoire A318, A319, A320, et A321) est la réponse d’Airbus au colossal succès du Boeing 737. Quand l’avion européen est arrivé en 1987 Boeing avait déjà lancé depuis trois ans sa seconde génération de son biréacteur mono-couloir : les 737 Classic. C’était à l’époque la série allant du 737-300 au 737-500. Sauf que l’avionneur européen y avait intégré une technologie alors inconnue sur les avions de ligne et normalement réservée à l’aviation de chasse : les commandes de vol électrique totalement informatisées.

Et en fait le véritable succès d’Airbus a débuté à ce moment là. C’est la famille A320 qui l’a initié et le poursuit encore de nos jours avec les A320Neo concurrencés difficilement par les 737 Max. L’autre très gros succès d’Airbus est le biréacteur commercial long-courrier A330 qui a ouvert totalement Airbus au marché militaire du ravitaillement en vol avec son A330 MRTT. L’A330 se vend aujourd’hui très bien malgré des démarrages assez poussifs.

Pourtant en cinquante ans l’avionneur européen a connu une très grosse désillusion. Son aventure avec les avions quadriréacteurs s’est toujours soldée par des échecs plus ou moins cuisants. En vingt années de production, entre 1991 et 2011, son long / très-long courrier A340 n’a été produit qu’à 379 exemplaires sans jamais vraiment réussir à trouver sa place car trop petit pour être un véritable gros porteur et donc jamais vraiment accepter sur certaines lignes à fort rendement.
Mais le vrai plantage d’Airbus est aussi une de ses plus belles réussites technologiques, peut-être même la plus belle : le très-gros porteur long-courrier A380. La décision a été prise cette année de cesser sa production en 2021, après la sortie d’usine du 251ème exemplaire de série. Il n’est tout bonnement pas adapté aux évolutions du marché. Aujourd’hui les compagnies veulent des biréacteurs gros porteurs long-courriers peu gourmands en carburant à l’image du célèbrissime Boeing 777.

Et donc la réponse du berger à la bergère a été l’Airbus A350 qui en réalité concurrence plutôt clairement le Boeing 787 Dreamliner. Ces deux modèles d’avions préfigurent clairement l’aviation commerciale des cinquante prochaines années : des avions plus légers, plus automatisés, plus éco-responsables, et donc des succès en devenir.
L’avenir du géant européen se joue aussi en Amérique du Nord. Airbus a racheté la majorité du très réussi CS300 de Bombardier en faisant son A220. Un avion court-courrier nouvelle génération qui se vend très bien.

Alors l’avenir devrait prendre la forme des successeurs des séries A320 et A330, qui seront sans doute appelés A360 et A370. Oui mais quand ? Sans doute pas tout de suite tant ces deux avions se vendent encore très bien. Et puis un jour prochain il y aura sans doute l’arrivée de l’avion électrique. Donc quoi qu’il en soit 20000 avions vendus en 50 ans c’est bien plus au final que 400 machines par an, c’est un véritable succès européen.

Photo © Airbus.

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