C’est sans nul doute possible un des avions de formation les plus intéressants au monde. L’US Department of Defense a reçu ce jeudi 14 mai 2020 de la part de l’US Navy une demande d’informations autour d’un futur jet d’entraînement destiné à opérer depuis ses porte-avions et bases terrestres. Le temps semble donc venu de sonner le glas du McDonnell-Douglas T-45 Goshawk. L’année prochaine, cela fera 30 ans que l’avion est en service dans l’aéronavale américaine.

Dans le jargon militaire américain on parle de RFI (pour Request For Informations) lorsque l’on aborde le cas de ces cahiers des charges visant à définir un futur matériel d’état. Le domaine de la défense n’y fait non seulement pas exception mais il est même le principal pourvoyeur en RFI depuis une bonne vingtaine d’années. Et celui-ci est sans doute un des plus ambitieux car il concerne le remplacement d’un modèle entier d’avion militaire : le jet d’entraînement intermédiaire et avancé McDonnell-Douglas T-45C Goshawk. N’oublions pas que ce monoréacteur forme l’intégralité des pilotes de chasse de l’aéronavale américaine.

Et c’est justement là le problème. Tant qu’il s’agissait de former de futures pilotes de Grumman F-14 Tomcat, de McDonnell-Douglas F/A-18 Hornet ou même de Lockheed S-3 Viking le T-45 Goshawk était parfait. Et même si la version «Charlie» de l’avion a permis la prise en compte des Boeing F/A-18E/F Super Hornet la cellule du jet d’entraînement vieillit.
D’autant que quelques pilotes étrangers, et notamment français, se forment chaque année également sur ces avions.

Le RFI pour un futur jet d’entraînement est donc globalement assez compréhensible. D’autant qu’il faut bien faire travailler un peu l’ingénierie aéronautique. Les futurs principaux traits de l’avion sont d’ores et déjà connus : avion à réaction doté d’une vitesse maximale supérieure à Mach 0.84, plafond pratique portée à 41000 pieds, biplace en tandem, capacité d’emport de charges externes, et radar à ouverture synthétique. En gros on l’aura compris plus encore que les versions les plus récentes du Super Hornet c’est au pilotage des Boeing EA-18G Growler et surtout Lockheed-Martin F-35B/C Lightning II que le futur jet d’entraînement doit savoir préparer ses élèves-pilotes.

Ambitieux ce programme l’est. C’est incontestable. D’autant que l’US Navy entend disposer de ses premiers exemplaires d’ici 2025-2026. Sachant que tous les jets d’entraînement disponibles actuellement sur le marché sont des avions terrestres il faudra navaliser l’aéronef sélectionné.
Alors amusons-nous à un rapide état des lieux des candidats possibles. Côté États-Unis seul le tout nouveau Boeing T-7A Red Hawk développement conjointement avec Saab et récemment commandé par l’US Air Force répond aux attentes. Côté Europe ce n’est pas beaucoup mieux puisque seul Leonardo et son best-seller M-346 Master semble pouvoir concourir. Tous les autres avions sont soit trop lents, soit non armés, soit trop vieux. Il reste l’option asiatique avec le T-50 Golden Eagle sud-coréen ou bien le futur T-5 Brave Eagle taïwanais. Quand à la Chine et la Russie c’est évident qu’elles sont hors compétition, leurs appareils n’étant de toutes manières pas au niveau technologiquement parlant.

Que les aérophiles se rassurent le T-45 Goshawk n’est pas encore prêt à quitter les ponts d’envols.

Il reste cependant qu’il est important de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Il ne s’agit là que d’un RFI et non d’une commande officielle. L’avionneur Boeing, qui produit désormais le T-45 Goshawk, a encore une chance de sauver l’avion notamment au travers de la version «Delta» annoncée il y a quelques temps mais encore totalement inédite. T-45D contre version navalisée du T-7A, le dilemme est cruel pour l’avionneur américain.
Les réponses du Pentagone et du Congrès doivent intervenir dans le courant de l’été. Nous saurons alors si les jours du plus britannique des avions d’entraînement américains sont comptés.

Photos © US Navy.

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5 COMMENTAIRES

  1. Et dire qu’en 1980 l’alphajet était opposé au Bae hawk pour devenir une version navale mais que ce dernier a été choisi par simple politique industrielle alors même que la navy avait spécifiée qu’elle voulait un biréacteur.

    • Pour bien connaitre le dossier du T-45 Goshawk je peux vous dire que c’est une pure légende entretenue par les Français. Même les Allemands ne l’ont jamais soutenus, et ce n’est pas pour rien si aucune tentative de nouvelle navalisation de l’Alpha Jet n’a été tentée par la France après le retrait du service des Zéphyr. Tout bonnement parce que l’avion franco-allemand n’était pas adapté, trop fragile niveau train d’atterrissage.

  2. Bonjour Arnaud
    Existe t il un porte avion dédié pour l’entraînement avec des t 45 qui stationnent « à l’année  » dessus ou bien un mix embarqué sur pa avec tout le reste de l’arsenal habituel?
    Cdlt

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