L’information a été annoncée ce dimanche 7 février 2021 en après-midi par le ministère croate de la défense. Les deux avions de combat officiellement encore en lice afin de remplacer les antédiluviens Mikoyan-Gurevitch MiG-21 Fishbed hérités de l’ère yougoslave ont été dévoilés. Le Dassault Aviation Rafale F3R et le Lockheed-Martin F-16V Viper sont donc aujourd’hui plus que jamais les derniers en compétition. Israéliens et Suédois ont donc échoué à tenter d’imposer leurs avions respectifs.

Et c’est une demi-surprise. Car il y a encore quelques jours la presse croate annonçait que le Saab JAS 39C/D Gripen serait en phase finale face au Dassault Aviation Rafale F3R. Elle n’avait donc raison qu’à 50%. Car si la proposition israélienne a été finalement assez rapidement de nouveau rejeté le General Dynamics F-16 Fighting Falcon est demeuré dans la course, enfin sa version la plus récente : le Lockheed-Martin F-16V Block 70/72 Viper.

En ce début de mois de février 2021 c’est donc un affrontement entre le Rafale F3R et le F-16V Viper qui se joue en Croatie. Un biréacteur contre un monoréacteur. Mais surtout comme les médias croates aiment à le rappeler : la France contre les États-Unis, c’est à dire en filigrane l’Union Européenne contre l’OTAN. Et comme la décision finale sera politique elle fera forcément une malheureuse parmi ces deux organisations.

Sur le papier, et hors de tout chauvinisme qui serait déplacé par principe, le Rafale F3R est supérieur. Déjà en terme de rayon d’action, de capacité d’emport d’armement, ou encore de polyvalence. Lui est omnirôle quand son concurrent américain est multirôle. Mais également il est plus intéressant financièrement pour la Croatie. Douze avions français de seconde main reviendraient à 930 millions d’euros à l’économie croate tandis que le même nombre de F-16V neufs est annoncé à 1.6 milliards d’euros.

Après il existe aujourd’hui deux facteurs extérieurs qui jouent en faveur de l’option française. Le premier c’est que désormais les Croates savent que la France peut revendre, en petite quantité, des Rafale F3R de seconde main sans aucun souci. Elle vient de le faire en Grèce, un pays également situé dans les Balkans. Le second est plus propre à ce pays : son économie a été mise à rude épreuve l’an dernier, et pas uniquement à cause de la crise pandémique du Covid19. En effet les deux séismes du 22 mars et du 29 décembre 2020 ont coûté très chers à la Croatie. En plus des huit morts et de la cinquantaine de blessés graves qu’ils ont causé ces deux tremblements de terre ont engagé des dépenses énormes pour cette petite économie.
Pas de quoi pour autant annuler la compétition des avions de combat tant le remplacement des MiG-21 Fishbed est désormais une obligation vitale si la force aérienne croate veut survivre.

Enfin, et l’information est à prendre au conditionnel, mais Paris et Zagreb auraient négocié un accord très avantageux pour les Croates. En cas de victoire du Rafale F3R les douze avions seraient prélevés sur les stocks français et livrés en deux lots de six machines sous douze mois maximum. Un délai aussi court, si c’est avéré, c’est un vrai plus vis à vis du F-16V Viper.
Bien entendu un tel contrat croate engagerait le ministère des Armées à commander de nouveaux avions neufs pour l’Armée de l’Air et de l’Espace afin de remplacer ces douze machines. Comme elle vient de le faire !

La réponse quant au vainqueur de ce challenge croate devrait être connu dans les prochaines semaines. Zagreb veut aller vite sur ce dossier. Croisons les doigts car le Viper est un sacré compétiteur.

Photo © Armée de l’Air et de l’Espace.

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14 COMMENTAIRES

  1. C’est vrai que cela complique le panorama pour l’ADAE mais cela donne aussi des arguments pour que l’Etat pousse Dassault à augmenter ses cadences. En 2019, 26 Rafales ont été produits donc c’est possible.Si l’on compte la fin de production pour l’Inde et le Qatar, les 12+6 pour la Grèce, 12 éventuels pour la Croatie + les 28 pour la France et les prospects (personnellement je ne suis pas très optimiste pour la Finlande mais je pense que les options sont bonnes en Suisse, aux Emirats, encore en Inde, De surcroît, après l’achat des avions en soi, il y a les millsiles, les AASM, la formation des pilotes et mécaniciens, les liens créés avec l’armée de l’air croate qui sont toujours payants à long terme. Cela vaut le sacrifice je crois.

  2. Je ne pense pas être chauvin, j’apprécie beaucoup les qualités du Rafale, mais franchement cet avion n’est-il pas sur-dimensionné par rapport aux besoins de la Croatie ? Le pays est relativement très restreint et n’est plus en guerre contre la Serbie depuis un quart de siècle.
    Autant le Rafale en Grèce, ça a du sens pour contrer la Turquie, autant la Croatie ne va pas se lancer dans des raids de longues distances.
    Je veux bien croire que le prix d’achat de Rafale en seconde main soit inférieur que des F-16 neufs dans sa ultime version. Mais il faut aussi comparer le coût horaire de vol, de la maintenance, de la formation et des munitions. Et là un mono-réacteur plaide davantage qu’un bi-réacteur.

    • Ce n’est pas qu’une question de prix ou de capacité, c’est aussi politique. La Croatie peut bénéficier d’un effet de levier à l’intérieur de l’UE avec un achat français.

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