Le Lockheed-Martin F-35 Lightning II s’est offert un nouveau commercial !

Il aura suffit d’une interview donnée à la chaine de télé Fox News pour relancer l’intérêt autour des ventes du chasseur de 5ème génération. Le Président des États-Unis Donald Trump compte bien asseoir un peu plus la domination du Lockheed-Martin F-35 Lightning II sur l’ensemble de la planète. Et pour cela, depuis Davos en Suisse, il met un coup de pression aux industriels américains tout en révélant que des clients vont émerger. Certains y voient la carotte qu’on agite devant un âne pour le faire avancer, ou plutôt ici pour rejoindre le désormais célèbre Board of Peace inventé par le président américain.

F-35A Lightning II fraîchement sorti d’usine.

On le sait Donald Trump n’est pas un intellectuel. Il n’a rien d’un Joe Biden, d’un Barack Obama, ou encore d’un Jimmy Carter. Son langage n’est jamais soutenu, souvent basique, régulièrement grossier. Et quand il veut parler d’un chat il ne fait pas de circonvolutions autour du félin ou de l’animal de compagnie, il parle d’un chat ! Donald Trump est un utilisateur habituel des superlatifs et des raccourcis linguistiques. Aussi quand il s’adresse à la presse, en l’occurrence à des médias qui lui sont totalement acquis à l’image de Fox News, à propos des exportations de matériels de défense il n’y va pas par quatre chemin : ce que fait l’Amérique c’est ce qu’il y a de mieux. L’entretien qu’il a eu hier était dans ce sens.

Et je vous en extrais, et traduis, deux morceaux qui concernent directement l’industrie aéronautique et en particulier Lockheed-Martin et son avion furtif F-35 Lightning II. Au micro de Fox News Donald Trump a déclaré, je cite : «nous avons les meilleurs équipements du monde avec les Patriots, les Tomahawks, les F-35 et tout notre équipement est de la toute première qualité» avant d’enfoncer le clou quelques minutes plus tard avec «d’autres pays en veulent, et nous aussi. C’est le meilleur avion du monde, il nous en faut beaucoup plus, c’est vraiment trop long de mettre la main dessus. Nous devons accélérer les choses». Bon vous l’aurez compris quand il parle du meilleur avion du monde Trump se fait vendeur de F-35. Mais surtout il faut retenir son «d’autres pays en veulent».

Ironie de l’histoire Donald Trump donne son interview à Fox News depuis Davos en Suisse ; c’est à dire depuis l’un des pays dans lequel les négociations autour du F-35 Lightning II sont parmi les plus compliquées à la fois pour la diplomatie américaine mais aussi pour l’avionneur. Les Suisses ont compris qu’ils ont été berné (sans vilain jeu de mots) et cherchent logiquement à sauver ce qui peut l’être. C’est de bonne guerre, et au passage ça fait les pieds à l’administration Trump.

Donc «d’autres pays en veulent». Enfin si on en croit Donald Trump. Et on va partir du postulat qu’on le croit. Il est tout de même Président des États-Unis, ce n’est pas un vendeur de voitures d’occasions ou de tapis. On sait qu’actuellement quatre pays au moins négocient autour du chasseur furtif américain, tous dans la version F-35A à savoir l’Arabie Saoudite pour l’Asie, le Chili pour l’Amérique du Sud, et le Maroc pour l’Afrique. Des pourparlers plus ou moins avancés et auxquels il convient d’ajouter la Turquie revenue dans les bonnes grâces de la diplomatie américaine suite à la guerre Russie-Ukraine. Sauf que depuis l’interview d’hier sur Fox News plusieurs analystes voient dans la déclaration trumpienne un appel du pied en faveur de son projet, un rien mégalo, d’établir son Board of Peace ou en français Conseil de la Paix. Un truc déjà un peu bancale quand on voit que des pays comme l’Allemagne, la France, la Grande Bretagne, l’Italie, ou encore la Suède ont rejeté l’idée.

F-35A Lighting II aux couleurs de la Royal Australian Air Force.

En effet dans les pays qui ont accepté de rejoindre ce Board of Peace trumpien, et au passage de débourser un milliard de dollars US de ticket d’entrée, on retrouve quelques pays qui cherchent à acquérir de nouveaux avions de combat. Et parmi eux, comme c’est surprenant il y a l’Arabie Saoudite, le Maroc, et la Turquie. Le F-35 Lightning II joue ici le rôle de la carotte tandis que les Marocains, les Saoudiens, et les Turcs enfilent le costume de l’âne. Remarquez au passage qu’on dit souvent que c’est un animal très intelligent, mais dans le cas présent ce n’est pas flagrant.
En dehors de ces trois là qui pourrait être récompensé de sa loyauté trumpienne et se voir obtenir la possibilité d’acquérir le chasseur furtif américain? On pense immédiatement à deux pays qui ont déjà fait savoir qu’ils ambitionnaient à plus ou moins moyen terme de négocier le Lockheed-Martin F-35A Lightning II : la Jordanie en Asie et la Hongrie en Europe. En effet quelques rares pays européens se sont laissés séduire par la faconde du président américain, des pays mineurs cependant. Les Jordaniens cherchent depuis plusieurs mois à renforcer leur aviation de combat axée autour du Lockheed-Martin F-16V Viper tandis que les Hongrois voient dans le F-35A une possibilité de remplacer au-delà de 2030 leurs actuels Saab JAS 39C/D Gripen d’origine suédoise. Il est à remarquer que l’administration Biden avait douché voici deux ans et demi les espoirs hongrois, estimant l’actuel pouvoir trop proche de la Russie de Vladimir Poutine. Un concept qui ne doit plus trop gêner actuellement à Washington DC.
L’idée de la carotte pourrait également servir avec Bahreïn. Ce petit état du Golfe a été sollicité par l’administration américaine afin de rejoindre le Board of Peace. Or Bahreïn avait fait savoir il y a quelques temps s’intéresser au chasseur furtif américain, sans pour autant recevoir de réponse positive de l’administration Biden suite à divers soucis liés aux droits humains fondamentaux. Comme dans le cas des amitiés avec Moscou ces droits ne sont pas un priorité pour Donald Trump et ses sbires laissant toutes ces chances à ce petit pays. À condition qu’il accepte de payer un milliard de dollars US l’entrée au conseil international trumpien.

Depuis la Première Guerre mondiale, voici désormais plus d’un siècle, le rapport entre ventes d’aéronefs militaires et le duo diplomatie/politique n’a jamais cessé d’être en corrélation. Cependant avec Donald Trump et le Lockheed-Martin F-35 Lightning II cela atteint des sommets jusque là inimaginables. En filigrane se dessine chez le Président des États-Unis une profonde volonté d’éteindre toute contestation européenne de sa supposée domination sur le monde. Pour lui des machines comme le Dassault Aviation Rafale ou l’Eurofighter EF-2000 Typhoon ne devraient pas exister, tout comme des chefs d’état européens qui lui résistent et lui tiennent tête.

La Belgique fait partie des (nombreux) pays européens à avoir fait le choix du chasseur furtif américain.

Alors n’oublions pas que nous sommes partis du postulat que Donald Trump savait de quoi il parlait quand il déclarait à sa chaîne de télé favorite, à propos du F-35, que «d’autres pays en veulent». Il se peut aussi, et avec lui c’est fort possible, que tout cela ne soit que du vent et que le président américain ne soit pas du tout au courant des négociations menées par Lockheed-Martin avec tel ou tel pays. Dire une chose le lundi, son contraire le mardi, et à nouveau la soutenir le jeudi pour une fois encore se contredire le samedi c’est un peu la signature trumpienne.
Du coup si ça se trouve vous venez de vous fader la lecture d’un article qui repose sur une hypothèse totalement erronée. Désolé pour vous.

Affaire à suivre.

Photos © Force Aérienne Belge, Koninklijke Luchtmacht, et Lockheed-Martin.


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

9 réponses

  1. Suite au discours remarqué de Mark Carney à Davos, Trump lui a retiré son invitation pour siéger à ce ridicule Conseil de la paix. Bien content, Mark Carney n’avait de toute façon pas vraiment l’intention de participer à ce dîner de cons. Pour ce qui est du F-35, le Canada laisse toujours planer le doute sur la commande des 72 appareils additionnels, au-delà des 16 exemplaires initiaux dont les premiers seront livrés en 2026. Le lobby suédois autour du Gripen est pendant ce temps très actif au Canada.

  2. Comme commercial, Trump est plutôt catastrophique, des clients fidèles se posent de plus en plus de questions , Canada ( comme le fais si bien remarquer Marcel) mais aussi le Portugal, en Belgique des députés demandent l’annulation, etc etc;
    Pour faire du commerce, il faut établir un climat de confiance et c’est exactement l’inverse que fais l’agent immobilier orange de la Maison Blanche.

  3. Trump chez Foxnews.
    3615 qui n’en veut, pour les pays qui n’en veulent.
    (pour ceux qui ont la référence)

    Si il savait de quoi il parle, ,ils les auraient cités ces fameux pays. Mais comme il confond Islande et Groenland, faut pas trop lui en demander.

  4. Trump est un voyou qui se la pète et emploie un vocabulaire de voyou qui se la pète… Je ne suis pas certain qu’un commercial dont les seuls arguments de vente sont le chantage et la menace aide à rameuter d’autres clients que les voyous qui sont déjà sous sa main et ceux qui rêvent d’y être (Netanyahou, Milei, Orban et autres phares de l’humanité « occidentale »).

    Et pour ce qui est d’appeler un chat un chat, il serait plutôt du genre à appeler un chat une chatte *…

    * © Sacha Guitry, qui en matière de gougnaferie misogyne était autrement plus inventif que l’illettré de la Maison Blanche.

  5. Trump avec ses méthodes de mafieux a surtout étalé au grand jour que le gouvernement US n’est désormais plus fiable en quoi que ce soit à part peut-être le chantage, la torsion des bras, l’extorsion, l’intimidation et j’en passe.

    Notre gouvernement a fait preuve de beaucoup de naïveté et d’amateurisme lors de la négociation des contrats d’achat du F-35. L’idée était certainement de s’insérer en catimini dans l’OTAN, du moins au yeux du peuple helvétique. A leur décharge, on pourrait dire que les US paraissaient encore fiables au moment du bouclement du dossier.

    J’aurais volontiers défendu l’achat de l’avion si le gouvernement américain n’était pas si versatile mais, avec le recul, le retrait des US des affaires européennes était annoncé depuis longtemps. La seule différence est le ton et la manière tonitruants de l’agent orange et les doutes qu’il fait peser sur les prétendus avantages du package autour du F-35.

    On pourra également regretter le peu d’allant des européens à développer leurs propres solutions même si le Rafale, le Typhoon ou le Gripen ont le mérite d’exister. J’espère toutefois que mes concitoyens reviendront de leurs songes et mettrons la pression sur le gouvernement pour arrêter les frais et passer à des armements européens.

    En cela Trump est d’une grande aide puisqu’en foulant aux pieds ses anciens alliés il les forcent bien malgré eux à ouvrir les yeux.

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